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CAXOXISATIOX DU C&RDINAL DE BERfLLE.
I. Tous les historiens du cardinal de BéruUe s'étendent sur les miracles ope'rés par lui, durant sa vie et après sa mort.
Habert, abbé de Cerisv, auquel les Oratoriens avaient confié tous les papiers concernant leur saint fondateur, consacre à ce récit les chapitres xiv et xv du livre III de son Histoire publiée en 1646 (p. 856-907).
En 1649, Louis Dony d'Attichy, évêque de Riez (d'oîi il fut transféré en 1653 à Autun), dans sa vie abrégée du cardinal de BéruUe, résume le récit d'Habert, en y ajoutant toute l'autorité que lui conférait sa haute dignité dans l'Eglise et sa qualité de neveu de M. de Marillac. {De vita et rébus rjestis Emin. ac Rêver. D. Pétri Berulli,... lib. tluo, auctore Rev. in Christo P. ac D. Liul. Domo d'Attichy, Episc. Regiensi in secunda Narbonensi. Parisiis, S. Cramoisy, 1649, liv. II, cap. vm. k Idem plurirais post obitum apparet, ac miraculis claret. " P. 142-145 .)
Le P. Le Rat, dans sa Vie manuscrite du cardinal de Bérullc, liv. II, chap. xsii, rappelle ces miracles.
Tabaraud, (ju'on ne peut accuser d'un excès de crédulité, déclare que « les archives de l'Oratoire de Saint-Honoré contenaient à cet «égard des preuves authentiques et très-précieuses » . (Tome II. liv. VI, chap. m, p. 169.)
Le P. Perraud enfin, aujourd'hui évêque d'Autun, dit que ■< l'on « ne compta pas moins de quarante-cinq miiacles opérés par l'interu cession de ce grand serviteur de Dieu, ou par l'attouchement des a objets qui lui avaient apparteiui •> . {V Oratoire de France au dixseptième et an dix-neuvième siècle, Paris, Douniol, 1855, I" part., chap. IV, ]). 72.)
Les récits et les preuves de ces faits miraculeux ne sont pas tous égarés, comme le croyait Tabaraud. ^Nombre de pièces y ayant trait se retrouvent dans les cartons concernant l'Oratoire, aux Archives nationales (série M. 234). Les relations authentiques et originales de la Mère Marie de Jésus et de la Mère Marguerite du Saint-Sacrement, toutes deux filles de madame Acarie et mortes en odeur de sainteté, contiennent le récit de faits extraordinaires, miraculeux, et dont elles se portent les garantes. (M. 220.)
II. Aussi, comme le remarque Mgr Perraud, le P. Bouigoinç, troisième supérieur général de l'Oratoire, n'étonua-t-il personne en
PIECES JUSTIFICATIVES. 5Ji9
France lorsque, dix-neuf ans après la mort du cardinal de BëruUe, en 1648, il écrivit au pape Innocent X, au nom de la congrégation, pour demander avec la canonisation de François de Sales, évêque de Genève, celle du fondateur de l'Oratoire. En 1661, le P. de Lamirande fut envoyé à Rome pour poursuivre le procès. Mais c'était au moment où la question de la souscription du Formulaire, réclamée par l'assemblée du clergé (1" février 1661), et approuvée par arrêt du conseil du roi (13 avril 1661), passionnait tous les esprits. Ce qui touchait de près ou de loin à Port-Royal et aux Arnauld était justement suspect. Or, on se le rappelle, la tactique des Jansénistes était précisément de représenter le cardinal de Bérulle comme un de leurs modèles et de leurs maîtres. M. de Saint-Amour, docteur de Sorbonne, et tout dévoué au parti, raconte lui-même dans son Journal de ce qui s'est fait à Rome dans l'affaire des cinq propositions (1662, petit in-fol., IIl" part, cliap. v, p. 101), une anecdote qui peint bien cette façon de faire des Jansénistes. Il était question de mettre à l'index les Heures de Port-Royal. >■ La seconde objection qu'on fait contre « cet ouvrage est que le cardinal de Béridle est mis dans le calendrier « avec la qualité de bienheureux. A quoi on répond que ce n'est pas «• la faute de l'auteur, qui sait bien qu'il n'appartient qu'au Saint-Siège « de déclarer les saints et les bienheureux, mais une simple dévotion « que celuy qui corrigea la seconde impression de ce livre avoit envers «h; cardinal.» Malgré rex[)lication, on comprend quelle fâcheuse impression devait résulter d'un fait de cette nature et qui, malheureusement, n'était pas isolé.
Les Jansénistes le sentaient si bien eux-mêmes, que lorsqu'en 1678, sous le généralat du P. de Sainte-Marthe et par l'influence de M. de Ilarlay, archevécjue de Paris, l'Oratoire réagit contre les erreurs de Jansénius, ils ne manquèrent pas d'attribuer à l'intérêt le triomphe des saines doctrines. « Cette congrégation, écrivait le 8 mars 1679 M. de Pontchàteau à M. de Neercasscl, évé(|ue de Casforie, au « moins dans ceux qui la gouvernent, est assez satisfaite de sa dernière « assemblée, et un des sujets de sa joie est qu'elle espère que, s'étant u bien mise avec les Jésuites, elle obtiendra plus facilement la cano- « nisation de M. le cardinal de Bérulle, son fondateur. Elle l'achètera « bien cher, si elle l'obtient à ce prix. >i (Cité par Sainte-Beuve, Port-Royal, 1860, tome V, liv. VI, p. 176, noie.) JNéanmoins, on ne voit pas que les Oratoriens aient tenté alors <le nouvelles poursuites.
Grâce à Dieu, de nos jours la vérité s'est faite, et la canonisation de M. de Bérulle ne serait un triomphe que pour les fidèles enfants de l'Église.