‹ Le cardinal de Bérulle et le cardinal de Richelieu, 1625-1629Chapitre 5 sur 46 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Arrêts du Parlement contre les prélats de l'assemblée du clergé. — Arrêt du conseil du Roi évoquant l'affaire à sa personne (26 mars). — Le traité du P. Santarelli. — Inquiétudes des PP. Jésuites de Paris et du R. P. de Rérulle. — Quelques piopositions du P. Santarelli. — Irritation de Richelieu. — Les quatre propositions du Parlement. — Déclaration des PP. Jésuites. — Mort du R. P. Coton (19 mars). — Censure de la Faculté de théologie. — Lettre du nonce Spada à Richelieu. — Le P. de Bérulle envoyé par celui-ci chez le nonce. — Plaintes et vivacités des deux cardinaux. — Dépêche de M. de Mai-quemont. — Rref du Pape au P. de Bérulle. — Expédients proposés par le supérieur de l'Oratoire.

— Ils sont repoussés. — Ferm<'té de Spada. — Proposition de Richelieu.

— Le nonce à Limours (3 juin). — Lettre destinée à être signée parles docteurs de Sorbonne, composée par le P. de Rérulle. — Lettre de M. de Marillac à Matthieu Mole. — Arrêt du Roi évoquant l'affaire à sa personne (18 juillet). — Son mécontentement. — Retour du P. de Bérulle à Paris (29 août). — Condamnation par l'Université de la Somme ihéologique du P. Garasse et des thèses du P. Jean Tesîefort. — Le cardinal de Richelieu envoie le P. de Bérulle au nonce. — Celui-ci n'agrée pas la solution proposée par le supérieur de l'Oratoire. — Nouvel arrêt du conseil (2 novembre). — Irritation de l'Université et du Parlement.

— Explication du P. de Bérulle avec Spada. — Lettre de cachet du Roi à la Faculté (27 déceudjre). — Succession de déclarations et d'arrêts. — Le président Le Jay mandé au Louvre. — Nouveau projet de censure.

— Visite du nonce au P. de Hérulle. — Victoiie de Spada. — Bref du Pape au P. de Bérulle (23 février 1627).

De tous les ambassadeurs accrédités auprès de la cour de France, un seul l'avait suivie dans le voyage de Nantes. C'était Mgr Spada, nonce du Pape. Les conséquences que le cardinal de Richelieu et le duc d'Olivarès voudraient tirer du traité récemment conclu à Barcelone;

l'attitude qu'allait prendre le roi de France vis-à-vis de « son beau-frère, bon cousin, ancien et fidèle allié », le roi de la Grande-Bretagne ; le dénoûment de toutes les intrigues qui avaient précédé et accompagné la conclusion du mariage de Monsieur, tels étaient les importants objets qui excitaient la curiosité diplomatique de l'archevêque de Damiette. Néanmoins, un autre motif l'avait décidé à ne pas quitter le Roi. Ainsi que l'écrivait M. d'Herbault à M. de Béthune', Spada était vivement préoccupé des débats qui passionnaient alors, au sujet de l'autorité pontificale et royale, le Parlement et l'Université. Il voulait en conférer à Nantes avec le cardinal de Richelieu et avec le P. de Bérulle, qui, initié à tous les secrets de cette affaire, s'efforçait depuis ])Ius de six mois d'y trouver une heureuse solution.

L'année 1625 n'avait pas vu la fin des agitations suscitées par les pamphlets anonymes contre le roi de France et le cardinal-ministie. On se rapj)elle (jue févêque de Chartres, animé pour la vérité d'un zèle dont la politique augmentait l'ardeur, avait été fort loin dans la critique et dans l'apologie', si loin que les cardinaux de la Rochefoucauld et de la Valette, neuf archevêques, trente et un évêques, quatre abbés et deux agents du clergé avaient cru devoir abandonner sa censure et en rédiger une autre plus simple, plus courte, })lus modérée surtout (jue celle du 13 janvier. Ce n'était point l'affaire du Parlement. Par trois arrêts successifs, il défendit à l'assemblée

* !"■ juillet. Recueil des dépêches d'Hcrùault , p. IV. •^ Voyez plus haut, cli. ii , p. 72 et suiv.

130 LE CARDINAL DE BÉRULLE ET RICHELIEU, de se réunir, déclara ses délibérations nulles et attentatoires à l'autorité royale, prononça la peine de mort contre les imprimeurs coupables d'avoir prêté leurs presses aux prélats, et enfin, le 31 mars, cassa l'assemblée elle-même, qu'il traitait de conventicule, enjoignant en même temps aux évêques d'avoir à rentrer dans leurs diocèses avant quinze jours, sous peine de saisie du temporel. L'archevêque d'Auch, Léonard de Trapes, et l'évêque d'Angers, Charles Miron , répondirent au nom de l'assemblée que le Parlement n'avait nulle juridiction sur ceux qui représentaient le corps du clergé de France, et que « celui-ci avoit droit de s'assembler en tout lieu « pour aviser à ce qui regarde la religion. » Aussitôt, et par un ([uatrième arrêt, le Parlement ordonna que cette réponse serait lacérée par la main du bourreau, et que M. d'Auch et ^l. d'Angers auraient à comparaître pour répondre aux conclusions du procureur général. C'en était assez, c'en était même trop pour venger la politique du cardinal. Il fit rendre, le 26 mars, au conseil du Roi, un arrêt par lequel Sa Majesté évoquait à sa personne la connaissance de cette affaire, défendant néanmoins de rien publier contre la censure des deux libelles, expression équivoque, mais habile, car il était impossible de savoir de quelle censure il s'agissait. Entendait-on par ce mot celle de l'évêque de Chartres, que soutenait le Parlement, ou celle de l'archevêque dAuch, qu'il poursuivait '?

' Mémoires chroiioloi/irfues et doçjmatujues pour servir à C histoire ecclé~ siusti(jue , ilepuis I.GQO Jusiju' en 1716, iii-12, 1739 (|>ar le P. trAvRiG>Y), t. I'"", p. 385 et siiiv. — Colleclion des procèt-verbaux des Assemblées du clergé de France. Paris, Desprez , 1768, in-fol., tome II, p. 515 et suiv.

Fort lié avec M. de la Rochefoucauld, avec l'archevêque d'Auch et avec l'évéque d'Angers, le P. de Bérulle se réjouissait de cette évocation de l'affaire au conseil du Roi, manière légale et surtout commode de ne pas répondre aux questions indiscrètes, et il ne se préoccupait que médiocrement d'un cinquième arrêt porté par le Parlement contre les évêques de l'assemblée, lorsque surgit un incident nouveau, d'où pouvait sortir une guerre bien plus redoutable que celle à laquelle on venait d'échapper.

Le 6 février 1G26, le libraire le plus en renom de la rue Saint-Jacques, Sébastien Cramoisy, en ouvrant les ballots qui lui étaient expédiés de Rome, y trouva six exemplaires d'un ouvrage intitulé Traité de Ihérdsic, du schisme, de l'aposlasie, de la sollicitation dans le saci'ement de la pénitence, et du pouvoir qua le Souverain Pontife de punir fous ces crimes. Cet in-quarto était dû à la plume d'un Père de la Compagnie de Jésus, Antoine Santarelli '. Le P. Georges de la Tour, qui se trouvait eu ce moment dans la boutique de Cramoisy, regarda les volumes et donna prudemment l'ordre au libraire d'envoyer les six exemplaires à la maison de Saint-Louis. On n'en apporta

1 Traclatus de liœresi, Schisinulc, apoaltixia , sollicllalionc in sacrainento pœnitentiw et de potestale suntini Puitlificis in /lii punicndis. L ouvrage portait sur le tilre : Ad serenissimuin piincipem Alunriliuin caidiualem a Sabaudia, Romœ, apiid Hivredeni Bartliolomœi Zannelti, MDCXXV. Il v.n existe un exemplaire à la Bihliollic'fjue uatioiialc, D. 7302. — Le P. Ilurl«'r, (le la Conipajjuie de Jésus, dans son Xontenclulor lillei arius lecentiorit iheolorjiw c<itli<di(iv, t. I*""", n. 234, p. 912, se trouipe en donnant pour surnom André au P. Santarel; il se nouuiiait Antoine. Dans le litre ou ne lit y)i\i blu.iplioniri^ matediclione, aim'i <pie le 1'. Hurler l'ajoute par erreur. Le P. Santarelli mourut plus qu'octO|;énaire, le 5 décembre 1049, après avoir supporté ave(; une admirable patience la perte de la vue, et avoir passé la plus grande partie de si vie au tribunal de la j)énitence.

que cinq. Le P. de la Tour, qui était tombé d'abord sur les chapitres xxx et xxxi, — « auxquels étaient comme en- « tassées les propositions scandaleuses » , disait le P. Garasse, — s'inquiéta du sixième exemplaire. Le frère de Cramoisy l'avait prêté à un docteur de Sorbonne. A lorce de démarches, le P. Coton parvint ii le retirer des mains du docteur ; mais celui-ci avait pris note des passages les plus com])romettants. Déjà on en faisait circuler des copies dans le Parlement, et les ennemis des Jésuites s'en allaient dans toutes les boutiques de la rue Saint-Jacques, demandant le volume du P. Santarelli : De omnipolentia pontipcis. Comme le livre, {jrâce au P. de la Tour, ne se vendait pas à Paris, \u\ président de la Grand'Chanibre dépêcha \\n exprès à Lyon, lequel revint avec le fameux traité. Aussitôt le docteur Filesac en fit des extraits et les remit au procureur jjénéral Servin '.

Il suffit au P. de Bérulle de jeter les yeux sur quelquesunes des thèses de Santarelli pour prévoir le parti que les gens du Iloi allaient en tirer contre les Pères Jésuites et contre le Saint-Siège. Entre autres propositions, on y lisait '< que le Souverain Pontife, pouvant j)uuir les princes « hérétiques de peines même temporelles, peut, dès lors, <> non-seulement les excommunier, mais encore les priver « de la royauté et délier leurs sujets du seruient de fidélité "' ; « que le Pape peut déposer les rois non-seulement pour

• Histoire des Jésuites Je Paris. ..^ pnr le F. l'r. Garasse, publiée par le P. Carayon. Paris. Léciireux, 181J4, in-8", § XVI, p. 120 et siiiv.

- Dii'o (piiiito : Smiiimis l'oiitilex potest principes IiuTolicos puiiire etiani poenis teinporalihii.s : qnare potest non soliiin eos e\coininiuiicare, sed L'iiain ic{;no privare eoi'iiinijue subditos ab illoriiiu obedentia Jibcrare (cap. xxx, 293).

« cause d'hërësie, de schisme ou de quelque autre crime « intole'rable, mais aussi à cause de leur incapacité, ou de « leur négligence, ou de leur inutilité ' ; que le Pape peut « faire de nouveaux princes et enlever les anciens^, car, « s'il est le serviteur des serviteurs de Dieu quant à l'hu- « milité, il est le seigneur des seigneurs quant à la puis- « sance , et tout ce qu'il y a de pouvoir sous le ciel se «trouve dans le Souverain Pontife^. Ainsi « de même « qu'au reproche de saint Pierre, Ananie et Saphire expi- « rèrent, Pierre ayant reçu le pouvoir de punir d'une « peine temporelle, même de la peine de mort, ainsi le « pouvoir de punir de peines temporelles les transgres- « seurs des lois divines et humaines a été donné au Sou- « verain Pontife*. » De toutes ces propositions, la plus propre à exciter la guerre était celle (jui reconnaissait au Pape « le droit de punir et de déposer tout prince, « quelque exempt qu'il fût. » Par ces mots, en elfet, le P. Santarelli semblait viser le roi de France, « le seul « en la chrestienté ex(;mj)té de l'excommunication du

' Papa (lotest deponere rcfjcs, non solutn proptcr liicresiin, aut schisina, aiit alind criinen iiitoleraljilc in populo, sed etiain propter insufficientiam, (p. 295). — Potcst deponcro rpj^es ii('{;lij;entes ((7<ù/). — Potest rcjM'm deponere ratioue iniqiiitalis et iiiiuilitaiis siiie pci-sona; (^ibi(l).Ge sont des textes que cite le P. Santarel, mais il se les approprie.

2 Papa... potest... facere novos principes et toUere alios (p. 296).

•' Papa est serviis servoruui Del quantum ad huinilitalem, nam quantum ad potestatem est dominas dominoiuui et qiia'cumipie [)otcstas est sub coelo est in summo Pontifice (cap. xxx, p. 298).

^ Ad increpationem S. Pétri ceciderunt Ananias et ejus uxor... et sicut Pctro fuit concpssa l'acultas punicndi jxena teniporaii, inuno etiam pccna moitis dictas personas... sic etiam credendum est Kccicsia' Summocpu; ejus Pastoi i concessam esse facultatem punicndi pœnis temporalibus transgressores Ic{;um divinarum et humanariim (cap. xxx, 5, p. 290.)

« Pape, » affirmaient les gens du Roi, et « ce par plusieurs « bulles qui sont dans ses chartes ' . »

Si la douleur du P. de Bérulle fut grande à cette lecture, l'irritation du cardinal de Richelieu fut extrême : " Ces maximes, » disait-il, « sont capables de ruiner ' toute l'Eglise de Dieu, à laquelle les puissances terapo-

I relies doivent être soumises par amour, qui est la sou- « mission de la grâce, non par force et contrainte, qui est « la soumission de l'enfer... Appeler (le Souverain Pon-

II tife) seigneur des seigneurs, c'est vouloir faire d'un « Pape un roi de Perse et d'un vicaire de Jêsus-Ghrist un « lieutenant de Mahomet. Il est croyable, » ajoutait-il, « que le Pape établirait mieux son autorité légitime s'il « arrêtait le cours des écrivains qui ne lui prescrivent « point de bornes, d'autant que cela donne lieu à beau- « coup de gens mal affectionnés au Saint-Siège de ravaler « sa puissance au delà de ce qu'elle doit être en effet". »

Les « gens mal affectionnés au Saint-Siège » n'étaient malheureusement rares ni au Parlement, où Servin leur servait d'organe, ni dans l'Univ ersité, où ils avaient Richer pour conseil et pour chef. Depuis longtemps en butte à leur haine , le P. de Bérulle savait par une expérience

^ Papa prlncipein , quantuincumque exemptum, si expedit, punit et deponit (p. 294). La remarque que je cite se trouve dans un Extrait du livre de Anthonius Sanctarellus , pièce curieuse conservée aux Archives des affaires ctran{;ères. (Rome, XL, f'' 312.) Sans entrer dans l'examen du dire de cet auteur anonyme, il est à remarquer que la France se voyait, au moyen â(;e , dans une situation i'\ce|itioniu'lle vis-à-vis du Saiiit-Sie<;e , étant à peu près le seul pays qui ne lui fût pas lié par des rapports de vasselage. Voyez Pouvoir du Pape au moyen âge , par l'abbé Gosseun, directeur au séminaire de Saiiit-Sulpice. Louvaiii, 18V5, II*^ part., cb. n, art. III j t. II , p. 168 et suiv.

- Mémoires de liiclielieu, éd. Petitot, liv. XVII, t. III, p. 24.

personnelle jusqu'où pouvait se porter leur passion ^ Où s'arréterait-elle maintenant que Richelieu semblait la partager ?

Sur le réquisitoire d'Omer Talon, qui venait de succéder comme avocat général à Servin, frappé de mort subite dans l'exercice de sa charge'^, le Parlement condamna au feu l'ouvrage de Santarelli; puis, comme l'auteur était jésuite, que son livre avait été examiné à Rome par trois Pères de son ordre et approuvé par le général Viteleschi^, la cour ordonna que les jésuites qui habitaient Paris comparussent devant elle pour le désavouer et donner leur adhésion aux quatre propositions suivantes : « 1" le Roi « ne tient son Etat que de Dieu et de son épée; 2° le Pape « n'a aucune puissance, ni coercitive ni directive, sur les « souverains; 3° le Roi ne peut être excommunié person- « nellement; 4" le Pape ne peut délier ses sujets du ser- « ment de fidélité ni mettre le royaume en interdit pour

' Voyez les propos cités dans la Vie Je Richer (Licge, 1714) et les accusations calomnieuses portées par l'auteur de cet ouvrage contre le P. de IJérulle.

2 2 mars 1626.

3 L'approbation du {ji'iiéral Vitelesclii est du 25 mai 1624. Dans cet arrêt du Parlement se manifeste hien clairement sa partialité contre les PP. Jésuites. Le P. Viteleschi avait, à la vérité, donné sa permission, mais l'approbation (14 janvier 1623) était signée d'un Dominicain, V . Vincentius Candidus, qui déclarait l'ouvrage du P. Santarelli : « Opus exquisila industria faclum et eruditum... ubi auctor siiam doclrinam clarlxximorutn virorum auctorilutibus cl sententiis manno judicio et ejrejie confirmât... Si tous les PP. Jésuites étaient obligés à rétracter, en France, la doctrine de Santarel, parce que leur général avait permis l'impression du livre, comment ne demandait-on pas le même désaveu à tous les Dominicains, l'un des leurs et le maître du sacré Palais lui-même, ayant si clialeureusement approuvé le livre? Aussi lit -on dans les dépêches de Spada, que « l'on « croyait celte tempête plutôt dirigée contre lus Jésuites que contre le « Saint-Siégo (p. 102). »

« quelque cause que ce puisse être'. » Le P. Coton, qui s'était rendu au palais avec les PP. Filleau, Brossault, Ignace Armand, répondit, après avoir pris l'avis de ses confrères, que « les Jésuites signeraient volontiers les pro- « positions si la Sorbonne et l'assemblée du clergé vou- « laient d'abord les souscrire; car, étant les derniers venus « dans l'Eglise, il n'était pas expédient ni bonnéte qu'en « une affaire de si grande conséquence, ils fissent la loi à « leurs supérieurs et à leurs devanciers, vu nommément « que, l'an 1614, les états généraux et tout le clergé « n'avaient pas osé toucber cette matière'. » Cette réponse ne désarma ni le premier président de Verdun ni le président de Mesmes, qui pensaient faire arrêter le P. Coton; mais ils n'osèrent. Cependant Richelieu commençait à craindre que les choses n'allassent trop loin. Il fit venir le P. Ignace Armand et lui dit : « Le Roi « désire vous protéjjer, mais il faut que vous vous aidiez « de votre côté. Il trouve bon par son conseil de faire « dresser un désaveu du livre de Santarelli, lequel vous « signerez. » Ce fut le plus intime ami du P. de Bérulle, M. de Marillac, qui rédigea cette déclaration. Elle était ainsi conçue : <; Nous soubsignez, religieux profez de la « Compagnie de Jésus, desadvouons la pernicieuse doc- « trine contenue dans les xxx* et xxxi* chapitres du livre « de Santarelly en ce qui tousche la sacrée personne des « roys, recognoissons que le Roy ne tient le tem])orel de

• Le P. d'AvniGNY, de la Compagnie <le Jésus, donne les quatre propositions ^Mémoires clironolor/inues et dogmatiques^ t. I*"", p. 397). M. JoLii- DAiN, Histoire de l'Université, n'indique pas la deuxième (p. m).

- Garasse , p. 159.

« ses Estats que de Dieu seul, promettons de n'enseigner « jamais le contraire et de soubscrire à la censure de la « Sorbonne ou du clergé qui en pourra estre faite ' . » Treize Pères signèrent, parmi lesquels le P. Suffren, confesseur de la Reine, et deux des théologiens les plus justement célèbres de la Compagnie, le P. Sirmond et le P. Petau^. Tandis que le Roi se déclarait satisfait, le Parlement, continuant avec âpreté ses poursuites, ordonnait que nonseulement les Jésuites de Paris, selon leur promesse, mais tous les provinciaux et recteurs et six des anciens de chacun des collèges tenus en France par la Compagnie, souscriraient à la censure de la Sorbonne; qu'en outre ils s'engageraient à faire écrire par quelqu'un de leurs théologiens, dans un temps déterminé, contre les maximes de Santarelli, Quand l'huissier de la cour qui donnait lecture de cet arrêt en arriva à la clause de la fin : « Ou autrement « il sera procédé contre eux, comme ciiminels de lèze- « majesté et perturbateurs du repos public " , le P. Coton, déjà frappé à mort, se prit à sangloter; et l'huissier étant parti : « llélas! » s'écria-t-il, « faut-il que je meure comme « criminel de lèze-majesté et perturbateur du repos pu-

1 II existe une copie française de la déclaration des Jésuites, différente de celle-ri (Bil)l. nat., f. fr. 4825, j). 110) et nièirie une rédaction cti latin un peu plus accentuée (Bibl. nat., fonds italien, 64, p. 2.) ; mais je m'en rapporte au texte et récit du P. Garasse (^Mémoires, p. 10^3 et suiv.), letpiel proteste contre l'inexactitude des détails donnés par le Mercure

françois,

2 Le P. Sirmond, religieux d'une piété et d'une .science admirables, avait su se concilier l'affection universelle, et le P. Petau était réputé par tous pour l'un des (dus savants hommes de l'Eglise de France , et un des prêtres les plus excellents qu'elle ait produits. Du Pin lui-même fait de ces deux illustres Jésuites un bel éloge. [Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques du dix-sepllèine siècle. Paris, Pralard, 1708 , in-8", p. 177 et 201.)

138 LE CARDINAL DE BÉRULLE ET RICHELIEU. « ])lic, après avoir servi deux rois de France, l'espace de « vingt ans, avec tant de fidélité! » Il ne put résister à de si pénibles émotions, et le lendemain, en la fête de saint Joseph, après avoir reçu à genoux la sainte communion, il expirait '.

Une mort si inattendue et si prématurée (le P. Coton venait d'entrer dans sa soixante-deuxième année) causa la plus vive douleur au P. de Bérulle. Depuis près de vingt ans, des liens étroits unissaient ces deux hommes, si dignes de se comprendre et de s'aimer; lors de la disgrâce du P. Coton en 1617, à un moment où les Pères mêmes de Saint-Louis n'osaient donner asile à leur illustre confrère, le P. de Bérulle lui avait ouvert les portes de l'Oratoire". Il avait remarqué, disait-il, dans l'ami de Henri IV, « trois choses qu'il avait vues en peu d'autres dans une h aussi grande perfection : une union continuelle avec a Dieu, une douceur que rien n'aigrissoit, et une si « grande égalité de vie, soit à la cour, soit hors de la « cour, qu'il n'avoit jamais paru un moment différent de « luy-méme^. » De son côté, le P. Coton, on s'en souvient, avait prouvé au P. de Bérulle que son amitié était de celles que la mauvaise fortune n'ébranle pas, et ses efforts pour rétablir la paix entre la Compagnie et l'Oratoire avaient été aussi persévérants que généreux. A l'heure présente, la mort du P. Coton, outre les regrets

1 Garasse, Histoire des Jésuites de Paris, p, 188. — La vie du R. P. Coton, par le P. P. J. (I'OrlÉans. Paris, Micliallet, 1688, 111-4", liv. III, p. 203 et suiv,

2 Voir le P. de Bérulle cl l'Oratoire de Jésus. Pièces justificatives, n» V, II, p. 59».

3 Lu vie du P. P. Coton, par le P. P. J. d'ORi-ÉANS (liv. IV, p. 223.)

qu'elle causait à son cœur, semblait au P. de BéruUe un malheur public. Par sa sainteté, par son autorité, par son esprit de conciliation , l'ancien confesseur du Roi ne serait-il pas parvenu à apaiser les esprits?

Lui mort, la guerre continua. L'ouvrage de Santarelli avait été déféré à la Sorbonne. Dans la réunion du 1" mensis d'avril, les docteurs préposés à l'examen du livre donnèrent lecture de leur projet de censure. La Faculté déclarait que la doctrine de Santarelli « était '( nouvelle, fausse, erronée, contraire à la parole de Dieu, " qu'elle rendait la dignité du Souverain Pontife odieuse, u ouvrait le chemin au schisme, dérogeait à l'autorité « souveraine des rois qui ne dépend que de Dieu seul, " empêchait la conversion des princes infidèles, héré- " tiques, troublait la paix publi(jue, renversait les royau- 1 mes, les Etats et les répui)liques ; bref, détournait « les sujets de l'obéissance qu ils doivent à leurs souve- « rains et les induisait à des factions, rébellions, séditions, <' et à attenter sur la vie de leurs princes '. » A la nou-

' ... Earjue propter die 6 aprilis puhlica, justa, lefjitimarnie animadversione, nota, ceii-vura, postifeii eJLi> lihri propositiones istas iinprobasse, et caiii doctrinam qiiain continent, tancuiani novam, falsam, crroneain, verbo Dei contrariam, Fontitici;e dinnilati odiiim concilianteni, schisinali occa.sionem [(ra-bentem, siiprema; reyum auctoritati, a Deo solo dependenti, dcTOganteni, principum infideliuin et ha.'reticuniin cOnver.sioneni iinpudientem pacis publicae perturbativain, reijnorum, statuum, reriim(pie publicaruni coersivam, subditos ab obedientia et siilijectione avocatantem et ad faetiones, rebelliunes, seditiones et principum pariicidia c\citanteni danniassc. (Censura sacrée facultatis theolog. Parisiensis... De mandato rectoris , P. DuiiAM), 1G26, in-12, p. 11.) Dans cet opuscule, chacune des (pialifications de la censure est appuyée par des textes tirés des Pères et des théologiens. (Bibl. nat., inventaire D. 29500.) Voyez aussi Histoire ecclésiasti(/ue du dix-septième siècle, par du Pin (Paris, Pralard, 1714, in-8", t. I", p. 461.

140 LE CARDINAL DE BÉRULLE ET RICHELIEU, velle de cette censure, le P. de Bérulle, consterné, se rendit en toute hâte auprès du P. Joseph et le conjura d'user de sa puissante influence sur le Cardinal pour lui représenter quelles conséquences pouvait avoir la déclaration de la Faculté'. Quant au nonce, très-ému, il écrivit le soir même à Richelieu en ces termes : « Monseigneur, « nous voici plongés dans le plus grand embarras qui fut « jamais, nous voici à la veille d'un schisme, nous voilà u au serment d'Angleterre. Si Votre Seigneurie illustris- « sime n'y met pas la main et ne se déclare pas ouverte- « ment, si elle n'y remédie pas avant demain matin, il ne " sera plus temps. M. Filesac a amené le syndic de " la Sorhonne à une réunion extraordinaire. On a en- « voyé un petit nombre d'examinateurs, et parmi ce peu « beaucoup de richeristes. Sur un simple et premier rap- « port le coup a été porté, et demain matin, en une nou- « velle assemblée extraordinaire, on se propose d'ordon- « ner la publication de ce qui s'est fait. Bon Dieu ! est-ce « donc avec cette précipitation et tous ces manèges que Cl doivent se décider des points de doctrine de cette im- « portance? Est-ce ainsi qu'on prétend donner le coup " mortel au Saint-Siège, dans un temps où le proviseur « de la Sorhonne est un cardinal de Richelieu? Et c'est « un M. Filesac, ouvertement connu pour la créature de « Sa Seigneurie illustrissime, qui a le front de s'en faire .1 le promoteur sans craindre de nuire à la réputation du « cardinal! Un cardinal du Perron a eu le courage, en

1 C'est Spada qui l'écrivit lui-même à Rome. Lettre autographe du P. Bertin au P. de Bérulle. (Rome, 8 mai 1626; appartient aux Pères de l'Oratoire.)

■ «présence de tous les états, de défendre les droits de « l'Église apostolique aux applaudissements de tout le a royaume, et aujourd'hui on n'entend parler de la cause « de Dieu qu'avec des gémissements par ceux qui ne « peuvent l'aider autrement que par des gémissements. « Je supplie humblement Votre Seigneurie illustrissime « d'ôter le masque de honte à tous les gens de bien et de « donner de si bons ordres, que demain il ne se parle de ii rien à la Sorbonne. Je crois qu'il n'est ni du service de « Dieu ni de celui du Koi qu étant aussi juste et aussi « pieux qu il est, il se commette sous ses yeux ces im- « piétés et <ju'on lasse croire ce (|ui n'est pas. J'ai « envoyé mon auditeur à Sa Seigneurie illustrissime le « jour d'avant rassemblée, et aujourd'hui j'y suis venu en « personne sans j)ouvoir la voir. Je suis obligé de pleurer u dans ce billet et de lui dire (jue la tournure de cette '> affaire me rendra véridique ou menteur par rapport à ce « que j'ai écrit à Rome, en conformité avec le discours « que j'ai tenu peu auj)aravant à Votre Seigneurie illus- « trissime, au ])etit Luxembourg '. »

Néanmoins, le 4, malgré la résistance de (juelques docteurs des plus considérables, tels que du Val et Isambert, la censure, violemment appuyée,' par Kicher, Filesac et autres ennemis du P. de Bérulle, passa à la pluralité des voix. Spada s'étant rendu au Louvre sur ces entrefaites et ayant déclaré à la Heine mère cpie le cardinal-ministre s'était nui considérablement en cette affaire et qu'il en serait parlé à son grand désavantage dans tous les pays

* BiLl. nat., fonds iul., GV, fol. 28.

étrangers, la Reine lui répondit qu'après tout le mal qu'on avait déjà débité sur son compte, on défiait bien ses ennemis d'oser davantage. Ce peut être vrai pour la France, repartit Spada, mais non pour les autres royaumes. A Rome surtout, j'ai rendu jusqu'à ce jour au cardinal de fort bons offices, hormis en cette affaire, dont l'importance ne me permet pas de me taire, ni la publicité, de le servir '.

La crainte d'être dénoncé à Rome intimida-t-elle Richelieu ? Trouva-t-il, sans avoir besoin de recourir aux conseils du nonce, « qu'il fallait réduire les Jésuites en un «état qu'ils ne pussent nuire par puissance, mais tel « aussi qu'ils ne se portassent pas à le faire par déses- « j)oir ' », et que ce lésultat était suffisamment atteint? Avec son profond esprit de gouvernement, jugea-t-il qu'il n'était pas dans les intérêts de l'autorité royale d'accepter trop longtemps la protection de la Sorbonne et du Parlement? Il est difficile de le savoir. Ce qui est sûr, c'est que, le lendemain de l'adoption de la censure par la Sorbonne (5 avril), il envoyait au nonce le P. de Rérulle. Celui-ci devait exprimer à Spada tous les regrets du ministre de n'avoir pu empêcher la censure et lui faire entendre que le Roi était circonvenu par des gens qui remplissaient son esprit de craintes et de soupçons dont il était impossible de triompher. Bien loin de satisfaire le nonce, ces excuses ne servirent qu'à exciter sa colère. Il les traita de pur jargon, et employa des ternies si vifs

1 BibL nat., fond- ital., 64, fol. 28.

2 Mémoires de Richelieu. Ed. Pelitot , li\ . XVII, l. III, p. 2(i.

à l'égard du cardinal, en chargeant le P. de BéruUe de répéter ses paroles, que celui-ci se défendit « d'être porteur de tels compliments » .

Par malheur, l'évéque d'Angers, Charles Miron, ne fut pas aussi prudent, et le nonce lui ayant donné la même commission qu'au P. de Bérulle, il eut la maladroite simplicité d'ohéir. Aussitôt Richelieu envoya chercher le supérieur de l'Oratoire, et, après lui avoir reproché son silence, il s'emporta d'une étrange sorte contre Spada', protestant qu'il ne fallait plus s'aviser de penser à lui et que tout commerce était rompu entre eux deux. Richelieu voulait que le P. de Bérulle rapportât cette déclaration au nonce. Le P. de Bérulle refusa nettement de retourner à l'hôtel de Cluny, si ce n'était pas pour donner des assurances de paix. Richelieu se calma et y consentit.

Mais le nonce, se laissant aller comme le cardinal h une colère calculée ou sincère, répondit aux avances du P. de Bérulle par de nouvelles plaintes contre Richelieu. Après l'avoir traité de lâche et d'indolent pour les intérêts de l'Eglise, Spada ajouta qu'il se piquait de faire le « bon « Français » près de la personne du Roi quand les intérêts « de Rome et du Pape étaient en jeu, mais qu'il manquait « à faire le « bon catholique » , ou qu'il ne le faisait (pie « peu rondement et par manière d'acquit; qu'à la vérité il « estimait Richelieu et le tenait pour homme de tête, de « ressource et d'un grand crédit, mais qu'il voulait bien u qu'il sût qu'il ne cesserait de faire retentir partout ses » reproches, jusqu'à ce qu'il lui eût donné sujet d'attendre

* S'era lasciato andaie in mille sinanie (fol. 42).

« de sa part un remède prompt et sérieux. » « De tout te » discours, » re'pliqua aussitôt le P. de Be'rulle, je ne rap- « porterai au ministre que la dernière partie, et encore «■ bien adoucie, de sorte que Son Éminence sache surtout « que vous fondez un grand espoir pour l'accommode- « ment de cette affaire sur sa prudence et son autorité ' . » Cette paix, que le P. de Bérulle désirait avec tant de passion , ne lui semblait pas à la veille d'être conclue. A Home, le Saint-Père et les cardinaux étaient sous le coup d'une émotion extrême. « La censure de la Sor- « bonne » , écrivait M. de Marquemont au cardinal de Richelieu, i' n'a pas moins scandalisé la cour de Rome « que le livre de Santarelli (n')a iirité la France. Le caret dinal Magalotti a dict à monsieur lambassadeur que .< cette occurrence a plus touché et affligé le Pape que ne « fist la prise des forts de la Yalteline, et certes j'ay raoy- « mesme ouy Sa Sainteté, en public dans sa congrégation « du Sainct-Office et en particulier dans sa chambre, en t parler avec beaucoup de douleur et de sentiment... Il K est (piasi impossible, » ajoutait M. de Marquemont, « (au jugement mesme des Vénitiens et des autres qui ne « flattent pas le Pape) (ju'il ne se fasse quelque... rupture ic à nos liaisons si l'on n'apporte quelque linitif à ces «t aigreurs ' . » Dans une dépêche remise au Roi par le même courrier, l'archevêque de Lyon transcrivait les

* CU'io liauiîuu yran' sjjeranza nell' aiilorità e nella prudenza di sua signoria illtistrissiiiia per raccoiiiiiioJaineiUo cl! questo affare c che jierô le viuerô et viuerel servitore come prima. (Ital. 64, fol. 43.)

- M. (le Mar(|ueiiiont au carilina! do Riclielieu, auloyr. 7 mai. (Arcli. des affaires étrangères, Umiie, XXXIX, p. 9.)

discours modérés, mais fort énergiques, tenus par le Pape, soit dans la con^rpégation , soit en particulier. Urbain VIII avait été jusqu'à dire que « cette censure « était de telle qualité, que d'une façon ou d'autre il étoit «nécessaire qu'il en apparût quelque réparation, qu'il u en faudroit |)arler en une congrégation de bon nombre « de cardinaux ou en plein consistoire, et, si cela ne suffi- " soit pas, qu'il faudroit assembler un concile. » Du reste, le Saint-Père se montrait plein de bienveillance pour le Roi et animé d'un véritable esprit de conciliation. Il avait fait défendre par le général des Jésuites à tous ceux de sa Société d'agiter de vive voix ou par écrit des questions du genre de celle qui soulevait tant d'orages; il avait également interdit au maître du Sacré-Palais d'autoriser l'impression d'aucun traité sur ces matières". De son côté, le général Viteleschi ne ménageait pas les protestations à M. de Béthune. « Il est, quant à luy, homme très-sage et « prudent, » écrivait l'ambassadeur h M. d'Herbault, « et « duquel je suis obligé de rendre tesmoignage qu'en tout « ce qui a regardé le service du Roy, il s'y est toujours « comporté comme l'on le pouvoit désirer, et M. le mar- « quis de Cœuvres m'a dit en sa faveur, en d'autres « occasions, l'avoir recogneu tel que ie vous en fais foy'^. » Ce qui impressionnait le cardinal, pins encore (jue le diplôme de dévouement à la France délivré par M, de Béthune au général Viteleschi, était cette simple réflexion

* yi. de Marquemont au Roi, 6 mai, pièce orijjinale. (Arcli. des affaires étrangères, Rome, XXXIX, p. 5.)

2 M. de Réttiune à M. d'Herbault, 2 avril, pièce originale. (Ari:h. des affaires étrangères, Rome, XXXVIII , p. 236.)

146 LE CARDINAL DE RERULLE ET RICHELIEU, qu'il avait faite longtemps avant de l'avoir lue clans une dépêche de M. de Marquemont : u Le corps des Je'suites « est puissant et épars en tant d'endroits, que ce sera <i touiours bon conseil de les ménager et entretenir'. »

Les mêmes courriers qui apportaient au Louvre le tableau fidèle de l'effet produit à Rome par la censure de la Sorbonne étaient chargés de déposer à l'Oratoire des lettres du P. liertin, supérieur de la maison de Saint- Louis. En les ouvrant, le P. de Bérulle fut bien surpris d'apprendre que, tandis qu'à Paris il travaillait avec tant d'ardeur à un accommodement, à Rome et jusque dans le Vatican on le faisait passer pour un des promoteurs de la censure, à laquelle il aurait poussé en « havne des Jésuites'^. » A la vérité, le propos n'était rapporté que par M. de Béthune, et celui-ci était bien capable de l'avoir dit dans l'espoir que le P. de Bérulle, informé des bruits qui couraient sur son compte, travaillerait d'autant plus énergicpiement à les démentir. Le supérieur de l'Oratoire était peu sensible à des intimidations de ce genre; la calomnie était d'ailleurs trop grossière pour pouvoir être soutenue. Le cardinal de Sainte-Suzanne, le cardinal Bentivoglio rassurèrent pleinement le P. Bertiu sur les dispositions du cardinal Magalotti et sur celles du Saint- Père^. Quant au P. de Bérulle, il recevait, en même temps que la lettre du supérieur de Saint-Louis des Français, un bref du Pape qui lui prouvait combien ses

* M. de Marquemont à M. tl'IIerbaiilt, 7 avril. (Aicli. des affaires étran- j

{]ères, Rome, XXXV III, fol. 217.) '

2 Lettre autographe du V. Rertin (appartient aux VV. de l'Oratoire).

3 Id., ibid. I

ennemis auraient de peine à ébranler la confiance dont le Pape l'honorait. « Cher fils, salut et bénédiction apostou lique. Les parricides des rois n'ont pas d'ennemi plus « déclaré que le prince des apôtres, lequel reçut l'ordre de « remettre au fourreau l'épée qu'il avait dé^jaînée contre « les bourreaux du Christ. Aussi ne peut-on supporter les « cris de ces hommes pleins d'iniquité qui, dans vos « quartiers, ne font montre d'une si grande tendresse « pour la personne du Roi qu'afin d'attaquer plus libre- « ment l'autorité de Pierre. La reli^jion orthodoxe est la « gardienne des rois et la mère de leur félicité. Les der- « niers décrets portés en France contre son chef sacré « préparent, si on ne s'en inquiète, pour ce royaume un « schisme : or, le schisme, c'est la division des royaumes « et ce doit être la terreur des rois. Le mortel qui, en ce « moment, balayerait de notre ciel les nuages sanglants « d'une si sombre tempête mériterait que l'Église l'appelât « son défenseur, la France, son sauveur. Ces beaux titres, « nous ne vous les souhaitons pas seulement, nous vous « les prédisons. Depuis longtemps vous savez unir la « prudence à la piété ; or quiconcjue forge ses armes, des « armes de lumières, en une telle manufacture, objet « d'admiration pour les rois, triomphe facilement quand il « prend place dans leuis conseils. Le cardinal Spada vous «exposera, en notre nom, comment nous désirons que « cette affaire spirituelle soit traitée. Rome ne place pas « dans vos bons offices un médiocre espoir, Rome qui n'a « pas voulu (jue vous revinssiez en France sans un grand « et public témoignage de sa bienveillance. Nous attendons

« avec certitude les effets de votre dévouement, qui seront

« une consolation à notre douleur, un soutien à la relifjion « menacée, et nous vous envoyons notre bénédiction apo- " stolique. Donné à Rome, à Sainte-Marie Majeure, sous <i l'anneau du pécheur, le 7 mai 1626 '. •>

La commission dont le Pape chargeait le P. de BéruUe était extrêmement délicate, car, si les convictions intimes du supérieur de l'Oratoire lui facilitaient le rôle de médiateur, les concessions que son esprit modéré aurait voulu obtenir le rendaient peu apte h plaire aux esprits alors échauffés par la lutte. Très-opposé à quelques-unes des maximes de Santarelli et les déplorant, il regardait comme plus dangereuses encore celles que les disciples de Richer, sous couleur de défendre le Roi, s'efforçaient, ainsi que le disait très-sagement le Pape, de faire triompher au détriment et déshonneur du Saint-Siège. En définitive, si Santarelli semblait sacrifier l'Etat à l'Église, Richer immolait l'Eglise à l'Etat. Faiie prévaloir les doctrines de Santarel n'était pas chose facile, et nul n'v songeait sérieusement en France; réduire en axiomes de gouvernement les thèses de Richer était une entreprise commode et dont nombre de magistrats étaient tout prêts à se faire les exécuteurs. L'œil ouvert sur les périls d'une telle lutte, sachant au milieu de quels écueils on navigue, quand on traite ces questions si difficiles par elles-mêmes et qu'enveniment encore les passions politiques, le P. de BéruUe eut désiré ensevelir cette discussion dans le silence et enlever ainsi tout prétexte aux parlements de s'ingérer

1 On trouvera !e texte ilc ce bref aux Pièces justijicatives de ce volume.

dans les affaires de l'Eglise. Pour obtenir cet heureux résultat, il fallait qu'au moment ou la Sorbonne se prêterait à un accommodement, lu nonciature, de son côté, fît preuve de conciliation. Comme il le croyait nécessaire, il eut le courage de le dire.

Avant même d'avoir reçu le bref du Pape, le P. de BéruUe avait proposé qu'à Rome on désavouât le livre de Santarel, tandis qu'on adoucirait la censure en France. Le nonce et le cardinal repoussèrent également ce premier projet. Le P. de Bérulle en offrit alors un second : c'était que le Pape supprimât jjar un même décret la censure de la Sorbonne et le livre de Santarel. A cette ouverture, Spada répondit que le confesseur du Pioi , le P. Gaspard de Seguiran, l'en tenait quitte à meilleur marché, puisqu'il était seulement d'avis qu'à Rome on censurât la censure sans parler du livie censuré. Le cardinal Magalotti lui mandait d'ailleurs ((ue les agents du Roi auprès du Saint-Siège se montraient de bien plus facile composition. M. deliétliune, fort dévoué, comme on le sait, à la Compagnie, ne demandait autre chose sinon un décret (jui renouvelât le canon du concile de Constance contre les meurtriers des rois. Moins exigeant encore, le cardinal de Mar<|uemont se contentait d'une défense que ferait le Pape aux théologiens d'écrire sur ces matières dans le sens de Santarel, à moins qu'on ne les y provoquât par des écrits où l'on soutiendrait des maximes contraires aux leurs.

La rétractation de la Sorbonne, tel était donc le but que poursuivait, avec une fermeté et une persévérance inébranlables, le nonce Spada. Elevé depuis peu au cardinalat, il

150 LE CARDINAL DE BÉRDLLE ET RICHELIEU, s'était dit qu'il ne quitterait la France qu'après avoir Ob'tenu cette victoire. Malgré les apparences, elle lui semblait possible. Il voyait fort bien que le cardinal de Richelieu était menacé dans sa faveur et dans son autorité. A la vérité, le maréchal d'Ornano venait de lui être sacrifié; mais la Reine régnante, Monsieur, la duchesse de Chevreuse, nombre de courtisans, soudoyés par l'Angleterre ou l'Espagne, continuaient à conjurer sa ruine. L'issue des négociations entamées avec le duc de Buckingliam d'un côté, avec le duc d'Olivarès de l'autre, à la suite du traité de Mouçon , n'était pas certaine. En de telles circonstances, Richelieu ne devait-il pas craindre de s'aliéner la cour de Rome? Spada le crut et ne se trompa point. De son côté, en effet, le cardinal-ministre avait réfléchi. Dans un entretien qu'il eut avec jNI. le Prince en présence de l'évêque d'Albi , Alphonse d'Elbène', il parla trèsouvertement de son désir d'entrer en accommodement. Sa seule crainte était, disait-il, d'aigrir la Sorbonne et le Parlement, et c'est pourquoi il souhaitait que le nonce se contentât d'une simple déclaration , ou tout au plus d'un arrêt du conseil du roi. Mais S])ada, auquel l'évêque d'Albi rapporta la proposition de Richelieu, ne l'accepta pas. Il exigeait que la même main qui avait porté le coup pansât la blessure. Richelieu dut céder.

Ce fut au P. de BéruUe qu'il confia d'abord le plan qu'il avait formé. Il se proposait de faire dresser par la Sorbonne une nouvelle censure du livre de Santarel qui,

» Évêque d'AlM de 1608 à 1635. Ce fut le 3 octobre 1678 seulement qu'Innocent XI érigea AIbi en métropole.

quoique forte et précise contre les maximes pernicieuses répandues clans l'ouvrage, fût conçue cependant en termes généraux et ne condamnât aucune de ces maximes en particulier. Pour en venir là, il fallait qu'un certain nombre de docteurs, choisis parmi ceux qui avaient protesté contre la censure, lui adressassent, en sa qualité de proviseur de Sorbonne, une lettre par laquelle ils se plaindraient de la manière dont la première censure avait été faite. Le cardinal ajouta cpi'il le chargeait de composer cette lettre et de la faire signer; fju'il l'autorisait même, afin d'obtenir plus aisémeïit la signature des docteurs, à leur insinuer que ce plan était son œuvre. Qu'après cela, il faisait son allaire de trouver les biais propres ii réussir. « Vous pouvez, " conclut-il, " vous en ouvrir de ma part

« au nonce ' . »

La commission était agréable, et le P. de Bérulie n'en avait point encore reçu de pareille. Spada, ravi, demanda audience au cardinal, alors à Limours. Elle lut fixée au 3 juin. Dès <pie le nonce entra, Richelieu courut <iu-devant de lui, et l'embrassant : « Que voule/.-vous qu(; « je fasse, lui dit-il, pour devenir votre serviteur? Parle/, " que désirez-vous de moi? Pourquoi me donne^^-vous « sujet de me lamenter de vos actes et de ce que vous « écrivez à Rome? Tout m'est rapporté, et par des gens « qui savent bien les choses. » A une invitation si pressante, Spada répondit que sa plus grande ambition était d'être et de paraître son serviteur. Si en dernier lieu il avait semblé tenir à son égard une autre conduite, il en

1 lîibl. nal., fonds ilal., 6V, fol. 00, 61.

avait eu le plus sincère déplaisir; mais il n'aurait pu s'en départir sans manquer à ce qu'il devait à Dieu, au public et h l'honneur même de Sa Seigneurie illustrissime , laquelle, comblée déjà de tant de gloire pour avoir abattu les huguenots, arrêté les séditions intestines et donné la paix, pouvait s'immortaliser h l'heure présente en rendant quelque signalé service au Saint-Siège dont il était un des principaux ornements. « Quant aux mauvais offices que «je vous aurais rendus à Rome, ajouta Spada, ils sont « loin d'être tels que j'ai voulu vous le faire entendre par " le P. de Bérulle et par l'évêque d'Angers, amis de Votre « Seigneurie : pour vous en convaincre, je n'aurais qu'à « vous communiquer les minutes de mes dépêches, ce « qui serait très-facile. » Un peu rassuré par cette déclaration, Richelieu répliqua assez brusquement que, « pour ne pas porter quatre chapelets à la ceinture comme certains autres » ', il saurait bien prouver cependant qu'il ne le cédait à personne en dévouement pour le Saint- Siège; mais en France, dans le moment actuel, pour le sujet dont il s'agissait, il n'était point aisé de faire tout ce que l'on voudrait; il priait néanmoins le nonce de lui dire quelle satisfaction particulière le Saint-Père demanderait. Avec une finesse pleine de courtoisie, Spada se défendit de répondre à la question du ministre. Il était veiui le chercher à Limours uniquement pour l'assurer qu'il était sincèrement son serviteur, nullement pour parler d'affaires, ni entrer en discussion avec lui sur le

1 Clie se hene egli non portava quattio corone alla cinliua corne alui... (Op. cit., fol. 67.)

LE LIVRE DU P. SA^TARELLL 15i

' point qui Içs intéressait le plus l'un et l'autre. « Sa « Sainteté, je le sais », ajouta Spada, « a tant de conh fiance en votre bonne volonté et une si haute idée de « votre pouvoir, que je ne pourrai jamais être blâmé « pour m'en être trop rapporté à Votre Seigneurie et « avoir fait trop d'avances à un esprit si généreux. » A ces mots, Richelieu, qui ne voulait pas demeurer en reste d'amabilité, « inonda le nonce » , ce sont les expressions de Spada, « d'un déluge de remerciments et de belles paroles ' » , et couronna le tout par cette déclaration non équivoque : « Je ferai tout ce que vous voulez de « moi. Donnez-moi seulement du temps. Laissez-moi « arriver à Blois avec M. de Marillac, et rendez grâces à « Dieu de ce que vous n'avez plus affaire avec le chance- « lier (M. d'Aligre). Cependant tenez-vous pour satisfait « d'avoir le P. de Bérulle pour médiateur entre vous et « moi, et envoyez-le-moi ici, chargé de toutes les instruc- « tions que vous jugerez nécessaires^. » Le nonce rentra triomphant à Paris, tandis (jue le cardinal paitait en litière pour rejoindre Marie de Médicis.

Cependant le P. de Bérulle avait achevé la lettre difficile

que les docteurs de Sorbonne devaient signer et remettre

au cardinal de Richelieu. Dans cette épitre assez longue,

après avoir protesté qu'aucun docteur de Sorbonne n'était

j capable de refuser la censure « d'un écrit aussi pernicieux

* Il cardinale liaiiendo prorotto iii un mare di ringratiainenti e belle parole. (Fol. 67.)

2 Frà tanto contentatevi clie il P. Rernlle sia iiUerpreso fr.'i voi e me, e iiiandalemcio quà cou tuUe l'istruttioni clic stimarete necessarie. (Fol. 67.)

154 LE CARDIISAL DE BERULLE ET lilCHELIEU. « et d'un auteur aussi téméraire » , les sijjnataires protestaient d'abord contre les termes de la censure. « Les « chefs de cette action les entendent bien et les choisis- " sent exprès pour former division dans la Faculté, dans « l'Estat et dans l'Eglise, et régner en ce trouble ou « plustôt faire régner le trouble et la division, et renou- « vêler par cette voye obliquement leur mauvaise doc- « trine condamnée publiquement en la face de l'Eglise n par un concile provincial, il v a quelques années, et l'ar- « ticle du Tiers Estât condamné par le corps de l'Estat « mesme environ le mesme temps. Tellement que, sous « le prétexte de la condamnation de Santarel, ils veulent « condamner l'Eglise qui les a condamnés et remuer les » troubles qui estoient assoupis dans l'Estat. » Et à quel propos, continue l'auteur de la lettre, « parler ainsi de « l'hérésie à présent et à la France? A quel propos dis- « puter si l'Eglise peut ne point recognoistre pour roys « les hérétiques et si les suiets sont obligez par serment « indispensable de leur obéir au préjudice de la relligion « qu'ils ont sucée avec le lait, et que leurs majeurs ont « plantée et arrosée avec leur sang? A quel propos, dis-je, " tenir des propos et esmouvoir le dedans et le dehors du « royaume sur cela, maintenant que la France a un roy " si pieux, si iuste, si catholique, que depuis saint Louis » iusques à lui, on n'en a point eu de plus iuste, plus «' craignant Dieu et plus esloigné du blasme de l'hérésie, « et que tout le sang royal est cspuré de l'hérésie? « Cette censure qui renouvelle ainsi des doctrines condamnées et attire à la .Sorbonne le désaveu solennel de toutes les Universités de la chrétienté, « ne sert qu'aux brouillons

LE LIVHE DU p. SANTARELLI. 155

« de la France et aux hérétiques de l'Angleterre » , lesquels

citent avec joie une pièce « qui authorise et fortifie le ser-

« ment d'Angleterre dressé par les hérétiques et effacé

« par le sang de tant de prêtres et de cathoUques. » En

finissant, le P. de Bérulle réclamait avec d'autant plus

d'insistance une nouvelle délibération de la faculté, que,*

lors du premier vote, les voix contraires ayant été en

majorité, la censure avait été surprise frauduleusement.

« Nous vous supplions donc, Monseigneur, que, puisque

i< par les édits de ce royaume il est permis à l'hérésie de

« professer son impiété, il nous soit permis de déclarer

a nostre innocence' et nostre sentiment, et qu'estant tous

« légitimement advertis, convoqués et assemblés, nous

« puissions, en la présence des plus vives lumières de

« l'Église, dire librement nos pensées...; ce faisant, vous

« aurez une action légitime et une censure de Santarel

« authentique, solennelle et approuvée de tous, au lieu

« d'une surprise et d'une artificieuse censure qui nous

« censure plus que Santarel, qui nous expose à la censure

« publique que les autres Universités veulent faire, fait

« division entre nous, et nous met en opprobre à tout le

« monde ^ . »

* Le P. de Bérulle revient voloiiliers à cette pensée, et il est assez curieux de retrouver en 162G sous sa phuiie hîs mêmes expressions qu'en 1599. (Voyez M. de Bérulle et les Carmélites , cli. v. Discussion avec le docteur Alarescol, p. 171.)

2 Le P. Ikutercl, qui n'a pas trouvé cette lettre parmi les papiers du P. de Bérulle conservés à l'Oratoire, au moment où il écrivait (1733), l'a vainement chercliée dans les manuscrits de la BiMiotVièque du Hoi. — J'ai été a«sez heureux pour en découvrir une copie du temps chez les Pères de l'Oratoire, qui ont hieu voulu me la confier. En tète on lit : Lettre de la Sorbonne à Mons. le cardinal de Richelieu dressée par Mons. le cardinal de Bérulle.

Cette lettre causa un sensible déplaisir au nonce. Il la retint un jour entier, raturant de sa main plus d'une lipfne et cherchant surtout à modérer les expressions qui lui paraissaient beaucoup trop vives à l'égard de la personne et de la doctrine de Santarel. Mais quand il montra les corrections au P. de Bérulle, celui-ci lui objecta que les expressions qui l'avaient froissé n'offraient aucun inconvénient sérieux, en raison même de leur généralité, et qu'elles avaient l'avantage de donner quelque satisfaction aux Sorbonistes, fort surexcités en ce moment, que les moins suspects à la nonciature ne jugeaient pas le livre, n'en parlaient pas d'une manière favorable, et que, si l'on voulait faire adopter la lettre par ces docteurs, il était indispensable d'y exprimer quelque peu leurs sentiments. Spada n'insista pas.

En très-peu de jours, le P. de Bérulle obtint vingtquatre signatures, et des docteurs les plus justement renommés, tels que Du Val, Isambert, Lescot, Froger; il en aurait eu facilement davantage si , d'accord avec le nonce, il n'avait cru plus prudent de ne demander leur suscription qu'à un très-petit nombre de religieux. C'était sur ces entrelaites que le P. de Bérulle avait été mandé à Nantes où se trouvait la cour. Le nonce , ainsi quon l'a vu, était venu la rejoindre.

Aussitôt arrivé, Spada fit demander audience à Richelieu. Trois fois il réitéra sa demande, sans pouvoir obtenir d'être reçu. Si grandes que fussent les occupations du cardinal, il est à croire qu'il eut trouvé assez de loisir pour recevoir Spada s'il n'eût voulu gagner du temps. Le P. de Bérulle cependant et le garde des sceaux, Marillac,

rassurèrent le nonce, qui commençait à s'elïrayer. Ils lui affirmèrent que les dispositions de Richelieu étaient toujours aussi favorables; qu'à la vérité il n'avait pas encore eu le loisir de jeter les yeux sur la lettre de la Sorbonne, pas même d'en lire les signatures, mais que les ordres n'en avaient pas moins été donnés pour faire présenter et passer au premier conseil du Roi un arrêt déjà tout minuté et dressé, dont il ne serait pas mécontent. Comme le P. de Bérulle, le (jarde des sceaux désirait ardemment en finir avec toutes ces discussions. « Le Roi » , disait-il, « est fort pressé touchant les contentions de la Sorbonne, «et craint bien qu'il ne s Cn allume un [jrand feu, <! selon le soin que l'on a d'y alarmer toute la France i< ainsi que nous avons découvert à An^jers, et que l'on « sollicite toutes les Universités. Il me semble que cela " seroit bien en silence'. » Le lendemain même du jour où M. de INIarillac écrivait ces lifjnes au procureur général Mathieu Mole, l'arrêt, promis par lui et par le P. de Bérulle au nonce, était publié (18 juillet). Le Roi évoquait la cause à sa personne; il faisait défense au recteur de l'Université, à la Sorbonne et au Parlement, de s'immiscer dans cette affaire ni dans celle des réguliers qui étaient docteurs, et dont le Parlement voulait restreindre les voix à deux de chaque ordre pour les décisions concernant la doctrine. Par le même arrêt, le Roi commandait expressément au syndic de la Faculté de lui envoyer les actes et les oppositions des docteurs qui demandaient la réforme

* Mémoires de Mathieu Mole, publiés par A. Ciiampoi.lion-Fickac. Renouaid, 1845, in-S", t. I"", p. 370.

158 LE CARDINAL DE BÉRULLE ET RICHELIEU, de la censure. Dans le préambule, Louis XIII disait qu'il avait été porté à évoquer cette affaire par les divisions et les factions que suscitaient les termes employés dans ladite censure, « divisions et factions très-préjudiciables, « tournant à scandale et faisant vaciller l'authorité des « actes portant condamnation de la mauvaise et perni- « cieuse doctrine contenue audit livre '. »

Croire qu'un arrêt du conseil mettrait fin immédiatement h tous les débats, était une espérance dont le P. de Bérulle ne pouvait se bercer. Dès le lendemain de la sifjnification de l'arrêt, le Parlement décida que de trèshumbles remontrances seraient adressées au Roi relativement à cette évocation , et que, sans préjuger la question dé fond , les supérieurs des quatre Ordres mendiants ne pourraient envoyer chacun en Sorbonne plus de deux de leurs religieux docteurs, jusqu'à ce qu'il y eût été autrement pourvu.

Tout en maintenant énergiquement la demande d'une réparation, Urbain YIII se montrait fort conciliant. Il connaissait « la piété, vertu et probité » de M. de Marillac^. Il témoignait publiquement la plus haute estime pour le P. de Bérulle; le cardinal Magalotti avait même chargé le P. Berlin d'écrire au supérieur de l'Oratoire que Sa Sainteté lui confierait ses plus importantes et secrètes affaires, et qu'en cette circonstance, elle se jetait entre ses bras. Spada, du reste, ne cessait de répéter à sa cour qu'il

' Arrest du Conseil d'Estat... (Mercure françois, niin. 1626, t. XII, p. 530 et siiiv.)

2 M. de Marquemont à M. d'Herbault, 30 juin 1G26. (Archives des affaires étrangères. Home, XXXIX, fol. 91.)

recourait toujours aux conseils du P. de Bérulle'. Néanmoins on ne se faisait pas une idée exacte à Rome des obstacles très-réels dont Richelieu avait à triompher pour terminer ce différend. Après avoir montré au consistoire une grande joie de l'évocation faite par le Roi à sa personne de toute l'affaire ''^, le Pape était blessé du préambule de l'arrêt, et il ne comprenait pas que le Roi n'interposât pas son autorité pour maintenir en Sorbonne les droits des docteurs réguliers'^.

Dans ses conversations diplomatiques, Spada, lui aussi, affectait de ne pas croire aux difficultés; dans ses dépèches il était plus équitable et tenait compte des obstacles que les hommes les plus affectionnés au Saint-Siège, le P. de Bérulle et iNI. de Murillac, rencontraient non-seulement dans le Parlement, mais à la cour. Le Roi se montrait tellement irrité, qu'un jour, s'adressant à l'évéque d'Autun , Claude delà Magdelaine, qui blâmait la censure, il lui avait dit avec amertume : « Vous autres, Messieurs « du clergé, vous ne savez donc pas parler en véritables « Français? » Une autre fois, connaissant les sentiments du docteur Du Val, il avait demandé à Ricbelieu s'il n'était jamais d'usage d'ôler leur chaire ii des professeurs qui pensaient comme lui.

Ce fut néanmoins le docteiu' Du Val (pie le cardinal-ministre choisit pour rédiger une nouvelle lettre

* Lettre du P. Bertin. Mss. de l'Oratnire.

2 M. de Marqiiemoiit à M. d'Herbault, 27 août 1626 (A ich. des affaires étrangère:?, Rome, XXXIX, fol. 172).

3 M. de Marquemont an (.aidinal de Richelieu, 12 août. (Id., ibid., fol. 157.)

au Roi destinée à la publicité. Mais si le nonce trouvait trop modérée celle que le P. de BéruUe avait composée, le Mémoire du docteur Du Val parut si vif dans le sens contraire, que Richelieu renonça à en faire aucun usage '.

Sous le coup de ces préoccupations et de bien d'autres, le P. de BéruUe quitta Nantes et, tandis que le Roi rentrait à Paris, en passant par Rennes et le Mans, il revint par une voie plus directe. Il était chargé par Louis XIII d'affirmer au comte de Soissons que, nonobstant l'arrestation du maréchal d'Ornano et de MM. de Vendôme, l'exécution de Clialais, l'exil de madame de Chevreuse et le mariage de Monsieur, il pouvait demeurer en sécurité à la cour. Mais, quelque diligence que fit le P. de Bérulle pour apporter ces promesses rassurantes, il apprit en arrivant à Paris le 29 août que, depuis deux jours, le comte de Soissons, à la nouvelle de l'approche du Roi et du cardinal, avait pris prudemment le chemin d'un de ses châteaux situé en Bresse, d'où il gagna sans délai la frontière de Savoie.

Vers la mi-septembre, la cour rentra à Paris. Le nonce du Pape ne la quittait pas, toujours préoccupé de la même affaire; le P. de Bérulle partageait ses inquié-

1 Le docteur Du Val cependant était loin d'approuver le livre censuré par la Sorbonne. Il avait déclaré, rapporte son neveu, « n'y avoir aucun docteur 11 qui ne condanniàt la doctrine de Sanotarelle, tous l'ayant rejetée comme « mauvaise, pernicieuse et détestable. " (^La Vie de M^ André Duval, prêtre, docteur de Sorlninite, ctc.^ etc., par Robert Duval, son neveu, docteur de Sorbonne et pro/esseur royal en théologie , I" jiart., ch. M, p. 27. M>s. appartenant au grand couvent.) Dans son livre De suprema Romani Pontijicis in Ecclesiam potcstate , Parisiis , ap. Lan;;l;cum, KîiV, qua-st. III, p. 91, A. Du Val disait: « Ret/cs isti (leges Gallix) rjuoad res civiles et administrationem rcynia nullo (juani a Deo dépendent, ne</ue ulli alteri de faclis suis rutionem reddere tcnentur. »

tudes. Bien loin en effet de se calmer, la Faculté de théologie s'animait de plus en plus. En même temps qu'elle maintenait sa procédure contre le Jésuite italien Santarelli, elle continuait ses poursuites contre un Jésuite français, François Garasse, auteur d'une Somme théologique qui, dès le 2 mars, avait été dénoncée à la Faculté. Dans l'assemblée du 1" septembre, Touvrage fut censuré comme renfermant « plusieurs propositions hérétiques, « erronées, scandaleuses, téméraires, et plusieurs passages « de l'Escriture saincte et des saincts Pères mal citez, « corrompus et détournez de leur vray sens, et des bouf- « fonneries sans nombre qui sont indignes d'estre escrites « et lues par des chrestiens et par des théologiens '. » A la censure du P. Garasse vint s'ajouter celle d'un Dominicain, Jean Testefort. On avait relevé dans une de ses thèses la proposition suivante : « L'Écriture sainte est « renfermée partie dans la Bible, partie dans les décré- « taies des souverains Pontifes, en tant que celles-ci « explifjuent l'Ecriture sainte, partie dans les saints Cannons. » M* Elie du Fresne de Minée ayant attaqué cette proposition comme attribuant aux décrétales des Papes la même autorité qu'à la Bible, la Faculté de théologie, sans tenir compte des explications présentées par Testefort, déclara sa thèse intolérable. Sur cet avis, le tribunal de l'Université le condamna : 1° à la désavouer en assemblée générale; 2° h déclarer, dans une lettre (urite de sa main, sous peine d'être à tout jamais ])rivé des degrés académiques, que les décrétales, surtout celles

' Mercure français ^ t. XII, 1626, (). 529.

162 LE CARDINAL DE BÉRULLE ET RICHELIEU, qui présentaient des maximes contraires à l'autorité temporelle, ne contenaient pas le sens et l'explication des Livres saints. Ainsi que plusieurs prélats en firent la remontrance à Louis XIII, le tribunal de l'Université, composé en partie de laïques, outre-passait manifestement sa compétence, en se permettant de définir des points de doctrine '. Malgré les réclamations des évéques, Louis XIII se montrait hésitant. Dans une audience accordée aux gens du Roi, ceux-ci s'étaient plaints de l'évocation faite par le dernier arrêt du conseil et de l'entrée des réguliers dans la Faculté. Le Roi avait répondu à la vérité qu'il voulait être obéi, mais d'un air et d'un ton qui laissait supposer à ces officiers que leur démarche ne lui déplaisait pas. Ils ne s'étaient liés d'ailleurs par aucune promesse. Aussi Richelieu paraissait-il préoccupé. Son esprit politique lui montrait l'inutilité et le péril de pareilles contestations; puis il voulait tenir la parole qu'il avait engagée au nonce. Pour en arriver la , quelle voie devait-il prendre? De nouveau il manda le P. de Bérulle.

Le supérieur de l'Oratoire sentait toutes les difficultés de la position : il crut avoir trouvé un moyen sinon de les résoudre, au moins de les tourner, et il l'exposa au cardinal. Celui-ci approuva son projet et voulut qu'il le proposât lui-même au nonce.

C'était une commission difficile. Sans insister beaucoup sur un point que Spada ne pouvait contester, le P. de Bérulle lui représenta cependant à quelles vives oppositions il fallait s'attendre de la part des docteurs et du

• C. Jourdain, Histoire de rUniversilé , liv. I""', i.li. v, ji. 112.

Parlement, lorsque l'on viendrait à délibérer en Sorbonne sur l'annulation, révocation ou suspension de la censure. Après quoi il lui demanda si, pour éviter ces inconvénients, pour ne point exposer le Pape et le Roi à essuyer quelque affront, il ne trouverait pas plus h propos qu'au lieu de délibérer sur cette affaire dans une assemblée tenue exprès, on cherchât sans bruit des signatures particulières qui, réunies, pourraient surpasser de beaucoup le nombre de celles qu'on lisait au bas de la censure. Dans cet acte en forme de désaveu de la censure, disait le P. de Bérulle, les signataires déclareraient que « c'est une « conduite téméraire et contraire à la charité chrétienne » de prétendre ôter à l'Eglise le pouvoir de corriger les princes qui se révoltent contre elle. Par la manière dont cette pièce serait rédigée, on laisserait dans le doute si elle était l'ouvrage du corps ou seulement celui du très-grand nombre des membres. Enfin, pour donner à la nouvelle déclaration plus d'autorité, le cardinal de Richelieu, comme proviseur de Sorbonne, se chargerait de l'adresser au Pape, en l'accompagnant d'une lettre. On supplierait en même temps Sa Sainteté de se contenter de cette déclaration et d'attendre même, pour la publier, que l'effervescence des esprits fût calmée, ce qui demanderait peutêtre plusieurs années.

Un tel expédient ne pouvait plaire à Spada. Il repartit sur-le-champ au P. de Bérulle que « sa proposition lui cau- « sait à première vue beaucoup de scrupules, parce que qiiœ « col/egialiter fada sunt nonnisi coUegialiter toUuntur ' . »

' Ce qui a été fait par le corps doit être défait par lui.

Quand bien même tous les docteurs de la Faculté condamneraient la censure, chacun dans un acte à part, ils ne répareraient pas le dommage qu'ils avaient fait tous ensemble au Saint-Siège par la censure émanée du corps. Ils n'empêcheraient point que la censure ne fût maintenue dans les registres de la Faculté, tandis que la déclaration n'y serait pas même mentionnée. Le public, voyant qu'on ne parlait pas de la Faculté, jugerait bien vite que la déclaration n'était point son ouvrage. Le nom du proviseur de Sorbonne placé en tête de cet acte ne lui donnerait pas l'autorité qu'on s'en promettait, tout le monde sachant que la maison de Sorbonne n'était pas la Faculté qui avait souscrit la censure. Demander en outre au Pape un délai de trois ou quatre ans avant de rendre l'acte public, était une condition que ni l'intérêt des âmes ni l'honneur du Saint-Siège ne permettaient d'accepter. Il fallait de plus prompts remèdes. Cette déclaration d'ailleurs, prise en elle-même, ne le satisfaisait nullement. En traitant simplement de « téméraire » la proposition qui dénie h l'Église le pouvoir de corriger un prince apostat, on laissait entrevoir qu'on ne la regardait pas comme fausse, la note de témérité se rapportant surtout au grand nombre de docteurs opposés '. Par la même raison, on se contentait de dire qu'elle « était contraire à la charité chrétienne » , comme si elle ne l'était pas également à la vérité et à la justice. On affectait aussi d'attribuer à l'Eglise

* Iri le nonce allait un peu loin. La note de témérité avait, dans les traditions de la Sorbonne, un sens beaucoup plus strict qu'il ne le supposait. Voyez IMoMAioNE, De ceiimi'n;, art. 2, § 6. ^.Migiie, Theologiœ cursus complet., t. 1", col. 1502 et suiv.)

le droit de correction sans nommer le Pape, concession fâcheuse au déplorable esprit qui soufflait en France. Enfin, de toutes les propositions spécifiées dans la censure, le prétendu désaveu n'en relevait qu'une seule, et encore en termes tels (|ue les docteurs, signataires du désaveu, semblaient partager sur les autres points le sentiment des rédacteurs de la censure.

Dans des questions de ce genre, celui qui critique a toujours le beau rôle. Le P. de Bérulle ne pouvait se dissimuler que le nonce avait vu juste sur la plupart des points, et qu'en réalité le désaveu , sous la forme proposée , était peu de chose. Mais pouvait-il obtenir davantage? Esprit pacifique et éloigné des extrêmes, sachant à quels excès l'Université et le Parlement réunis étaient capables de se porter, ne sachant pas encore peut-être quelle persévérante et invincible énergie Richelieu était susceptible de déployer dans une affaire quand il avait résolu d'obtenir sa réussite, le P. de Bérulle cherchait, sans rien briser, à ménager un accommodement. Au risque de tout rompre, Spada voulait une victoire '.

Tandis que le P. de Bérulle rentrait à l'Oratoire, le nonce se rendait chez le cardinal. Dans un entretien Ion/; et animé, il lui représenta que six mois entiers s'étaient

* « Il faut rendre justice à Spada, p dit un liistorieii d'ordinaiie l)ien passionné contre tous les catholiques, i. c'était un homme d'esjirit qui savoit « soutenir son caractère. >i (Histoire du rèf/nc de Louis Xlll , par MiciiKi. Le Vassor. Amsterdam, liruuel, 17():J, iii-12, t. V, liv. XXII, p. 234.) Maison lui reprochait sa finesse tout italienne. " Vous aurez bientost monsieur de Bajjnv qui s'accommodera mieulx à notre franchise, » écrivait M. de Mar(|uemont au cardinal de Richelieu eu lui parlant du successeur de Spada. (Dépêche du 21) juillet 102(1. Arc!i. {\c> aflaires étr.niyères, Rome, XXXIX, fol. 148.)

166 J.E CARDINAL DE BÉRULLE ET RICHELIEU, passes à se regarder sans rien faire, au {jrand scandale du public et au grand de'triment de la bonne cause; que les promesses dont on s'était montré prodigue à son endroit n'avaient point été tenues; qu'il était temps de s'exécuter, et qu'avant la fin de l'année cette affaire devait être terminée, de telle sorte qu'on n'en parlât plus. Ricbelieu promit tout.

On prépara donc un nouvel arrêt. Prévenu par le P. de Bérulle que le référendaire cbargé de la rédaction en avait étendu et modifié les termes d'une manière si captieuse que M. de Marillac avait dû la réformer, Spada désirait vivement obtenir communication de la minute. Il sonda à ce sujet le P. de Bérulle. Mais M. de Marillac ne jugea pas à propos que le nonce parût à Saint- Germain « durant cette crise » : il s'engagea seulement à lire lui-même l'arrêt avant qu'il fût porté au conseil, et à l'envoyer à Spada aussitôt après.

En effet, le soir même du jour où il avait été signé au conseil, le nonce en reçut copie j)ar l'entremise du P. de Bérulle'. Dans cet acte, rendu, le 2 novembre, sur la requête présentée au Roi par les supérieurs des quatre maisons des religieux mendiants de Paris, Louis XIII, après avoir rappelé son arrêt du 18 juillet, en ordonnait l'exécution selon sa forme et teneur, sans avoir égard à celui du Parlement rendu le 20 du même mois, et défendait à tous ses sujets, de quelque qualité qu'ils fussent, de composer, disputer, traiter, soit pour l'affirmative, soit pour la négative, aucune question concernant sa

' Bibi. nat., fonds ital. 64, fol. 134 et 135, dépêche du 10 novembre.

puissance et son autorite ou celle des autres rois et princes souverains, sous peine d'être punis comme séditieux et perturbateurs du repos public. Il ordonnait, en outre, que les docteurs réguliers de la Faculté de théologie de Paris tiendraient leurs assemblées en la manière qu'ils l'avaient fait avant les arrêts dont ils se plaignaient, et ce jusqu'à ce qu'il en fût autrement ordonné par Sa Majesté.

Cette nouvelle intervention du Roi excita un tel mécontentement dans l'Université et dans la magistrature, que le procureur général, ami du docteur du Val, l'engagea à faire une démarche auprès du nonce, alin d'en obtenir qu'il suspendît la signification de l'arrêt. Du Val ne fut pas écouté, et l'arrêt fut signifié à la Faculté dans l'assemblée du pritna mensis de décembre.

Après délibération, les docteurs conclurent qu'on insérerait dans le plumitif qu'ils avaient reçu avec respect les ordres du Roi; puis ils décidèrent iVcn donner avis au Parlement, afin d(; savoir s'ils se devaient encore regarder comme liés par l'arrêt précédemment rendu, qui leur défendait d'accepter dans leurs assemblées plus de deux docteurs de chaque ordre mendiant. Un ami du P. de Rérulle, le syndic Froger, avait requis qu'on inscrivît au jiioins l'arrêt du conseil sur le registre, et qu'on ne fit point de dépntatioii au Parlement. On n'eut aucun égard à sa réquisition. (Juoi(jue l'assemblée se fût engagée à garder le secret, un des membres le viola, (;nleva furtivement le plumitif et le porta au nonce. Spada, indigné, se rendit chez M. de Marillac, lui représenta la conduite de la Faculté comme un attentat inouï à l'autorité

du Iloi, et le conjura « d'y porter remède proiiij)tement « et fortement, et de punir en la personne de deux ou « trois des plus séditieux la malice, l'irrévérence et la « désobéissance de tous les richeristes ' » . Celui qu'il avait en vue était le docteur Filesac, homme probe et savant, mais qui, excité par la lutte, s'était laissé entraîner beaucoup trop loin. Dans des lettres écrites à un de ses collègues, le docteur le Bossu, alors à Rome, il énonçait des opinions aussi dangereuses qu'inexactes^. Le P. de Bérulle avait cru devoir en informer le nonce, pour qu'il agît en conséquence, tandis que, de son coté, il s'assurait des intelligences auprès du Roi. On commençait à murnmrer à l'oreille de Louis XIII « (pie l'exil de Filesac et d'un de ses collègues pour deux ou trois mois produirait plus d'effet que dix arrêts » . C'était le maréchal de Schomberg qui, sur la demande du P. de Bérulle, avait le premier donné ce conseil au Roi. Il est bien vrai que le maréchal avait affecté un ton fort dédaigneux, ayant l'air de dire « qu'il (allait à tout prix se débarrasser de « ces pédants qui chaque jour mettaient aux prises Sa « Majesté avec le Pape » . Mais enfin le conseil était donné, et le P. de Bérulle pensait qu'on le suivrait, car il informait dès lors le nonce qu'avant les fêtes de Noël la cour se serait déterminée à quelque vigoureuse résolution *.

1 Op. cit., fol. 191.

2 M. de Rélliuiic, clans sa dépêche du 10 juillet 1026 à M. d'Hcrbault, jjarle fort sévèrement de cette coirespoiulaiice. (Arcli. de» alT. étran^;., Rome, XXXIX, fol. 123.)

"• Il 11 Padre Berullo ini fà sperarcclie forsi prima di Natale vedremo qnalclie dccreto e nsoiiilione forte e di qiièi si è cominciato à istillaie nell' orecchie del Rè, che l'esilio di Filsae e d'un compajjno per due o tie mesi farebhe più effelto che dieci arresti, e riehiedeiebbe inanco manifat-

LE LIVr.E DU P. SAMARELLI. 169

Le 27 décembre, en effet, le Roi envoya à la Faculté une lettre de cachet ordonnant dans les termes les plus impératifs l'enregistrement de l'arrêt du conseil. De crainte que ses ordres ne fussent pas exécutés, Louis XIII commanda à Philippe de Gospéan, évêque de Nantes, de se transporter dans la Faculté, afin de s'assurer que ses intentions seraient fidèlement suivies (2 janvier 1G27). L'assemblée était composée de soixante-quinze docteurs, dont douze religieux. Il fut conclu à l'unanimité que l'arrêt du 2 novembre serait enregistré; mais, quand on vint à l'arrêt du 18 juillet, lequel ordonnait aux docteurs d'envoyer à Sa Majesté, fermés et cachetés, les actes et délibérations, motifs et raisons de leurs contestations et de leurs plaintes touchant le livre de Santarelli, la Faculté conclut à l'unanimité que ledit ouvrage devait être défendu et condamné comme mauvais et pernicieux. Il n'y eut partage que sur la forme de la censure ellemême. Cinquante docteurs protestèrent contre celle qui avait été faite le 1*"^ avril et confirmée le -4, refusant de la reconnaître pour un acte émané de la Faculté et sollicitant

tura (l'un rnezzo. Il m;ir(;sciallo di Sciornbcrjjh e stato qiicllo clie j)cr siiggestione» del P. Benillo, il giorno del 13 corrente, ne fece il primo motivo al Re, ma con nn tal modo casiiale di ievarsi d'atturno questi pedanli che mettono ogni di aile mani Sua Mii col Papa. » (Fonds italien, ()4, fol. 191.) Hatterel, puis Goujet et Tabaïaud, aveuglés tous les trois par l'esprit de parti, entassent contre-sens sur contre-sens dans la traduction des dépèches. Jls font tenir au P. de liérulle des discours (ju'ils mettent entre guillemets, et dont il n'a pas dit le premier mot. Ils le représentent connue opposé à l'exil de Filesac, tandis qu'au contraire il le conseille et y travaille. Poin- un |>eu, ils transformeraient le f(jndatein- de l'Oratoire; eu disciple de Piiclu-r. Je prie donc le lecteur qui s'étonnerait de voir le P. de liérulle jouer un tout autre rôle dans mes récits que dans ceux du P. Batterel, du P. Gouj(!i et de Tabaraud, do recourir aux sources manuscrites et de constater ainsi par lui-même de quel côté se trouve la véiité.

du Roi l'autorisation d'en dresser une nouvelle; dix-huit docteurs seulement, obéissant au mot d'ordre de Richer et de F'ilesac , persistèrent à maintenir la première censure.

A peine instruit de cette délibération, le Roi envoya l'évéque de Nantes en apprendre l'issue au nonce. Celui-ci, dans la joie, expédia aussitôt un courrier à Rome, où elle ne fut pas accueillie avec une moindre satisfaction. Néanmoins le Pape redoutait une nouvelle censure, et Spada reçut le commandement de s'y o})poser de tout son pouvoir.

Tandis qu'à Rome on trouvait encore insuffisante la

délibération du 2 janvier, elle excitait au plus haut point

l'irritation du Parlement, qui, par un arrêt rendu le 4,

la cassait, l'annulait, et ordonnait des informations. Le

Roi répondit, le 13, par une interdiction à la Faculté de

traiter encore de ces matières. Dès le 25, le Parlement,

revenant à la charge, déclara que « son arrêt du 4 janvier

« aurait son exécution selon sa forme et teneur, et faisait

« défense h toute personne d'v contrevenir et à tout

« docteur de la Faculté de signer quelque acte que ce pût

« être, contraire à la censure déjà nommée, sous peine de

« punition exemplaire. »

Au comble de l'inquiétude, Spada écrivit à Richelieu pour le supplier de couronner son œuvre et de mettre un terme aux attentats sacrilèges du Parlement. Il n'était plus besoin d'exhorter Richelieu. La contradiction l'indignait; il était décidé désormais à tout briser plutôt que de reculer. Un nouvel arrêt, rendu le 20, fit défense au Parlement de connaître de cette affaire et ordonna

qu'il « serait décidé et jugé par les sieurs cardinaux, « prélats et autres, que Sa Majesté députerait à cet effet, « en quels termes serait conçue la censure de la perni- « cieuse et détestable doctrine contenue au livre de San- « tareili. » Le Parlement ne se regardait point encore comme battu. Trois jours après, la Faculté de théologie, tenant son assemblée du prima mensis, venait de déclarer qu'on se soumettrait aux arrêts du Roi, lorsque tout à coup le président le Jay, accompagné de quatre conseillers de la grand'chambre, entra dans la salle. Il se présentait, disait-il, pour promettre toute aide et toute protection à ceux qui défendraient les droits du royaume; et, après un long discours sur ce thème, appuyé par le docteur Filesac, il sortit, emportant avec lui l'original de la conclusion que les docteurs avaient prise au commencement de la séance. Cette démarche parut à Louis XIII une véritable entreprise sur ses droits. Il manda au Louvre le premier président, le président le Jay, MM. de Fortiade, de la Noue, quatre autres conseillers et les gens du Roi. Là, en présence des cardinaux de Richelieu et de la Rochefoucauld, de M. de Marillac et du maréchal de Schomberg, Louis XIII leur dit : « Je vous commande, « et sous peine d'encourir mon indignation, de ne plus " vous mêler des affaires de la Sorbonne. Si vous conti- " nuez de vous y ingérer, je vous ferai voir qui est le >( maître de vous ou de moi. » M. de Marillac et Richelieu tâchèrent plutôt d'adoucir que d'aggraver les paroles de leur maître.

Pour être remise entre les mains du clergé, la censure n'en restait pas moins toujours à l'état de menace, mais

172 LE CARDINAL DE BÉHULLE ET IlICIIELIEU.

si faible, que Spada ne croyait plus avoir à s'en inquiéter. Aussi fut-il bien surpris d'apprendre par le cardinal de la Valette que Richelieu devait se rendre sous peu en Sorbonne avec le cardinal de la Rochefoucauld, l'ëvéque de Chartres et plusieurs autres prélats qui avaient le degré de docteur, afin de procéder ensemble à une nouvelle censure. Spada fit aussitôt observer à M. de la Valette qu'il importait de bien réfléchir avant de s'embarquer dans cette affaire; que Rome étant saisie par lui de la proposition d'une censure, on ne pouvait convenablement essayer du nouveau avant d'avoir reçu sa réponse ; que tel devait être le sentiment de Richelieu, avec lequel il avait agi de concert'. Puis, laissant M. de la Valette méditer sur son discours, Spada courut chez le cardinal de la Rochefoucauld. Celui-ci, fort étonné de la confidence du nonce, protesta ne savoir rien de ce qui se tramait et dont on lui faisait évidemment mvstère. Par son attitude, M. de la Rochefoucauld contribua à rassurer un peu le nonce. Néanmoins Spada désirait des renseignements j)lus précis; il poussa jusqu'à l'Oratoire.

Aussi étonné que M. de la Rochefoucauld, le P. de Bérulle"^ ne dissimula pas ses craintes au nonce. Le long temps qu'il fallait pour avoir une léponse de Rome, l'incertitude de la résolution qu'on y prendrait, l'impatience de ceux qui désiraient la nouvelle censure, la parole publique qu'on avait donnée d'en rédiger une, tout lui faisait redouter que les ministres du Roi ne prissent subite-

» Dépêche du 22 février 1627, lunds ital. 64, loi. 211. - « Il Padre BeruIIo si inostro iiuovo. » (/</., il>id.)

ment leur ])arti d'eux-mêmes, sans attendre ni décision ni lettres de Rome. Par là, ils se flattaient d'échapper aux sollicitations qu'ils avaient à essuyer tous les jours, et surtout aux extrémités où se pouvaient porter les esprits, excités journellement par le Parlement et par les richeristes. Le P. de Bérulle conclut que, s'il avait un conseil à donner à Sa Sei^jneurie, « ce serait que, dans le cas où « l'on viendrait à la pressentir sur les intentions du Pape, « elle laissât entrcA'oir que le Saint-Père, loin de se raon- « trer opposé à une nouvelle censure, n'était pas éloijOiié « d'en envoyer lui-même de Rome le modèle, depuis qu'il « avait appris le désaveu de la première '. »

Le conseil ne plut pas au nonce. Il répondit qu'il n'était nullement disposé à j)rendre cet enjjagement ou un autre analogue, quelque vague qu'il put être; puis il essaya de sonder son interlocuteur sur le fond des pensées du cardinal et du garde des sceaux. Avec sa loyauté ordinaire, le P. de Bérulle ne dissimula point à Spada que Richelieu n'oserait peut-être plus employer contre Filesac les mesures de rigueur dont il avait été autrefois question, dans la crainte d'avoir sur les bras le Parlement et de paraître trahir un docteur qu'en sa qualité de proviseur de Sorbonne il devait protéger.

Quelles inquiétudes dans l'âme du P. de Bérulle, si en toutes ces négociations il n'avait pas purement cherché le bien de l'Eglise et des âmes ! il ne pouvait douter qu'exagérant son influence, le nonce ne le rendît en partie responsable de ce que, malgré tous ses efforts, il ne parvenait

« Dépêche du 22 fovrier 1627, fonds ital. 6h, fol. 211.

pas à empêclier. A Rome on connaissait les projets de conciliation du supérieur de l'Oratoire, et Spada venait de recevoir une dépêche qui le com])lait d'éloges pour les avoir écartés'. Sans doute, la conscience du P. de BéruUe ne lui reprochait rien ; mais n'était-ce point une épreuve cruelle de sentir son dévouement révoqué en doute par un Pape auquel il semblait à la vérité résister, mais uniquement pour le mieux servir, que de paraître ingrat envers un bienfaiteur dont les bontés le remplissaient de la plus vive gratitude? Pour répondre à ce que le Saint-Père et le Roi demandaient de lui, on l'avait vu entrer en rapports avec les principaux docteurs de la Sorbonne, multiplier les visites chez le nonce Spada et chez le cardinal de Richelieu, entreprendre des courses continuelles et un long voyage, lire, annoter, composer, défaire et refaire mémoires sur mémoires. On l'avait vu surtout sortir de cette vie de silence, d'étude, d application à Jésus-Christ et aux âmes, qui était toute son ambition, tout son bonheur. Rien ne lui avait coûté du moment où il s'agissait de défendre « la plus haute autorité qui soit en la terre, » comme il aimait à l'appeler, celle du Vicaire de Jésus- Christ. Et maintenant il passait sans doute, à Rome, pour un homme faible ou politique qui avait sacrifié les droits de l'Eglise aux prétentions de l'Etat! Ce qui consolait alors le P. de Bérulle, c'était, après la conviction d'avoir fait son devoir, l'austère plaisir d'avoir échappé à un honneur.

Depuis la mort du cardinal de Marquemont, Louis XIII

' A la suite des dépêches de Sp.id.i, fol. 213.

sollicitait avec instance le chapeau pour le supérieur de

l'Oratoire'. Dans sa réponse au Roi, Urbain VIII, tout

en témoignant de son estime pour le P. de BéruUe, avait

engagé Sa Majesté Très-Chrétienne à rendre « le sujet

« qu'elle lui proposait plus acceptable encore aux yeux de

» Dieu et du monde en l'employant à la réussite des

« affaires actuellement pendantes ^. » N'était-ce point

insinuer qu'on ne trouvait pas le P. de Bérulle assez docile

aux inspirations de la nonciature? Tout se sait, à Rome

comme à Paris : le Roi et la Reine ij'avaient rien dit au

supérieur de l'Oratoire de leurs intentions à son égard,

mais il en avait été averti, dès le 3 novembre, par le

P. Bertin^. Il n'ignorait donc pas que le Roi songeait h

lui pour le cardinalat et que le Pape trouvait son zèle

* M. de Marqucmoiit était mort le 16 septemlne 1026. Dèsle22 octobre, Louis XIII écrivait à son ambassadiMir : « M. de Bétliiine, je vous fais ce « mot de ma propre main pour vous dire que celuy que je nomme au car- « dinalat est le R. P. de nénille, {jénéral de l'Oratoire, que j'ai choisi H comme ayant toutes les qualités requises et ayant aussi une affection en- « tière à mon service. Vous ferez donc, des instances pressantes pour cet « effet auprès de N. S. Père, qui ne peut, avec justice, sexcuser de me « donner part à sa procliaiiie promotion. A|)portés donc tout votre soin à « ce qne j'aye satisfaction effective dans celte affaire «pie je vous reconi- M mande de tenir très-secrète, de sorte que personne ne saclie la cliose Il qu après qu'elle sera faite. Ecrit à Saint-Germain eu Laye, le 22 octobre « 1(526. » (Hibl. nat. Mss. de Béthune, n» 9169, fol. 4). L'ambassadeur devait prçsenter au Saint-Père une lettre du Roi, dont la minute existe avec les corrections de Richelieu dans les manuscrits de Raln/e, et a été publiée par. M. Aventîl, ainsi qu'une lettre de Riclielieu qui appuie celle du Roi (Lettres du cardinal de Richelieu, t. II, p. 270, 277, 278).

2 ... Di V. M'*, la quale in tanto puô ben rendere (i*" sofjpetto ma{;j]iorer*^ accetto ne {;r occhi di Dio e del iiiondo cou accreditarlo nel buoii suecessu di quelli affari chc liora pendono in honore di Cliiesa sauta... I,ettre d'Urbain VI II à Louis XIII, du 15 novembre 1626. (Arch. des aff. étrang., Rome, XXXIX, fol. 275, pièce originale.)

^ Lettre autogr. appartenant à l'Oratoire.

trop discret. Comment ne pas croire, dès lors, qu'il venait de sacrifier pour toujours cette pourpre que d'autres, moins désintéressés, revendiquaient alors avec un curieux mélangée de souplesse et d'énergie ' ?

Cependant le nonce, sans se laisser décourager par les craintes du P. de BéruUe, redoublait d'instances auprès du cardinal de la Rochefoucauld et de l'archevêque de Paris. Ceux-ci s'adressèrent au Roi, qui se montra favorable à leur demande. Richelieu céda sans peine, et le fameux projet d'ui>e nouvelle censure de Santarelli, si solennellement annoncé, fut abandonné sans retour.

La joie du nonce fut grande. A Rome on ne montra pas moins d'allégresse. La certitude du triomphe fit oublier les derniers incidents de la lutte. Urbain VIIl, s'entretenant des affaires de France avec le cardinal Bentivoglio^, donna les plus grandes louanges à la conduite du P. de Bérulle, et, bientôt après, le même courrier qui apportait au Roi et au cardinal-ministre les témoignages de la satisfaction du Saint-Père remettait le bref suivant à l'adresse du général de l'Oratoire :

« Entre les grands noms dont la France est fière brille « le nom de Bérulle, dont le génie passe pour un astre « salutaire destiné à éclairer les rois et à sauver les « peuples; et vraiment on n'a pas tort de penser ainsi. « De quel bonheur, en effet, et de quelle gloire jouiraient <• les plus puissants royaumes, si l'arbitre tout-puissant

' Entre autres, M. de Harlay, archcvrque de Rouen. Voyez TiBARADD, t. II, liv. V,ch. I, p. 21.

■^ La lettre de Ikntivofjlio est dans le P. Le Rat. Vie manuscrite, liv. III , cil. XII.

LE LIVRE DU l\ SANTARELLI. 177

« des rois faisait réussir vos efforts et écouter vos conseils ! « Continuez, mon cher fils; jetez toutes vos pensées dans « le sein de Dieu, et lui-même vous nourrira de la manne « et des consolations célestes. Votre gloire, déjà solide, « n'a pas reçu maintenant un léger accroissement ; vous >< pouvez vous en féliciter. Si l'autorité de Pierre vient de Il triompher, dans les assemblées de la Sorbonne, de la « sédition excitée par des esprits téméraires, parmi les « causes d'un si grand bienfait, on célèbre les bons con- II seils et les bons offices de votre charité. Le sénat apo- « stolique, pour lequel la victoii'e de la vérité catholique Il est un triomphe, vous applaudit et demande à Celui qui « tient les cœurs des rois en sa main, de vous accorder « dans ce royaume de France une autorité égale à votre Il esprit de religion. Nous voulons que ces lettres aposto- « liques vous portent un témoignage de notre affection " pontificale, et qu'on sache dans votre pays (jue les « prêtres qui, vraiment animés de l'esprit de religion, Il parlent des ordres de Dieu en la présence des rois «s'attirent non-seulement la protection du Ciel, mais « encore les applaudissements de toute la chrétienté '. » Ce qui toucha davantage le P. de Bérulle dans ce bref si élogieux, ce fut la bénédiction promise par le Pape à ses efforts et à ses conseils pour amener le bonheur de puissants royaumes. L'humble prêtre, en effet, sans perdre de vue l'Angleterre, poursuivait toujours les négociations entamées avec l'Espagne à la suite du traité de Mouçon. Pouvait-il maintenant se flatter de les voir réussir?

• Voyez le tevte de ce bref aux Pièce» justiKcntivej de ce volume.

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