CHAPITRE XVII
EST-IL VRAI QUE LE CAP.DIMAL DE LORRAINE AIT CONÇU, AU CONCILE DE TRENTE, l"iDÉE DE LA LIGUE?
Le concile avait été convoqué dans le double but de réunir les protestants à l'Eglise et de réformer l'Eglise elle-même 5 mais on n'avait obtenu qu'une partie du résultat qu'on en attendait. La réunion n'eut pas lieu 5 la réforme seule fut accomplie. Quoiqu'elle ne répondît pas encore aux espérances du cardinal de Lorraine et à l'attente de la France , cette réforme , tout incomplète qu'elle fut, n'en a pas moins exercé une prodigieuse influence sur les destinées de l'Eglise catholique. Et d'abord , elle contribua a raffermir son gouvernement général , en resserrant les liens de la hiérarchie , en concentrant plus que jamais dans Rome la direction de la catholicité entière. Le clergé reçut une discipline
plus sévère ^ le sacerdoce fut soumis k des conditions d'instruction , de moralité , qui relevèrent peu a peu sa dignité et rétablirent son ascendant sur les peuples. On fonda des séminaires, et l'on prépara dans ces établissements des générations de Jeunes prêtres vertueux et instruits. Les paroisses furent régularisées, l'administration des sacrements et la prédication réorganisées , et la coopération des moines soumise à des lois déterminées. Les évêques furent astreints a la résidence, et la surveillance du clergé leur fut imposée comme un de leurs principaux devoirs. Les décrets du concile enfin opérèrent une véritable restauration.
Nulle part la réformation ne produisit de plus beaux effets qu'en France. Grâce aux réserves faites par le cardinal de Lorraine au nom de l'épiscopat français , grâce aussi à cet esprit de soumission respectueuse et d'indépendance modérée qui l'animait depuis des siècles , l'église gallicane ne reçut de ces décrets que ceux qui pouvaient l'épurer , la fortifier, sans porter atteinte a sa constitution 5 et c'est ainsi que , quand la tempête du \\f siècle fut apaisée, on vit se produire en France , dans le siècle suivant , la plus magnifique alliance du savoir et de la piété , qui se puisse rencontrer dans l'histoire du christianisme.
L'église de France, au xvif siècle, avec ces grandes et modestes vertus , avec ces génies si forts et si culti-^ Vés qui répandirent tant d'éclat sur celte immortelle époque , fut le fruit le plus pur , le plus parfait de ce
grand travail de réddification qui s'opéra dans les dernières sessions du concile de Trente. Or, (juand on songe à tous les obstacles qu'il fallut vaincre pour amener la réunion de cette assemblée , à toutes les luttes que l'épiscopat français eut à soutenir , h tous les combats qu'il fallut livrer pour en venir enfin a la réforme , on est forcé de reconnaître que le cardinal de Lorraine, par la frayeur même qu'il inspirait aux ultramontains, et par la puissante impulsion qu'il donna aux affaires du concile, rendit un immense service à l'Eglise (0, Quand la papauté désespérait de la France et se résignait presque 'a la voir aussi se séparer du Saint-Siège, quand les éclatants démêlés de la France et de l'Espagne , quand les protestations énergiques de nos ambassadeurs , quand les tendances mêmes du gouvernement semblaient rendre un schisme inévitable (2) , le cardinal de Lorraine a eu la gloire non- seulement de soutenir les droits du royaume dans le concile , mais encore de maintenir la France elle-même dans l'unité catholique. Il a su conserver l'église française indépendante, sans rompre avec l'Eglise romaine et sans l'ébranler.
(1) « Personne , écrivent les ambassadeurs Du Ferricr et Pibrac, n'avoit plus faict instante poursuite de faire une rigoureuse rcfor-' mation que le cardinal de Lorraine. » (Mém.pour le concile , p. 509.)
(2) « Partout on parloit de la France comme d'un royaume déploré, de la royiie qui gouvernoit comme d'une femme sans religion, des princes de la maison royale et des grands du royaume comme de véritables hérétiques. » (Addit, aux Mémoires de Castelnau , 1. 1 ., l. III , p. 789.)
On ne connaîtrait qu'imparfaitement le rôle de Charles de Lorraine au concile, si nous n'examinions pas la valeur d'une opinion très-généralement répandue , suivant laquelle le cardinal aurait conçu a celte époque l'idée de la Ligue , et aurait jeté au concile même les premiers fondements de cette puissante association .
Il n'y a pas de fait plus accrédité que celui-ci , et tous les historiens, catholiques et protestants , l'ont admis. ' Les opinions les plus opposées , Voltaire et M. de Chateaubriand sont d'accord sur ce point.
Mais, ici encore , on a attribué au cardinal de Lorraine une conception qui ne lui appartient pas, et nous devons faire justice de cette mensongère tradition. D'abord cette pensée de la Ligue ne fut pas une conception du génie des Guises , ainsi que l'a fait remarquer M. de Chateaubriand. Cette association des catholiques pour la défense de la foi ne fut qu'une imitation des ligues protestantes (0. Elle naquit du besoin qu'éprouvait la multitude de mettre ses croyances a l'abri des incertitudes et des vacillations du pouvoir. « Les principaulx, dit Tavannes, d'instinct juste et naturel pour la conservation de la religion et de Testât royal , n'estant poussés ny aydés de Leurs Majestés , se deffendirent d'eulx-mesmes(2),)) Tavannes lui-même organisa une association de
(1) « Les premières ligues, dit Tavannes, proviennent des huguenots. " [Mém., ap. collection Petitot , t. xxv, p. 5-6.;
''2) Idem , ibidem.
ce genre dans son gouvernement en Bourgogne , souâ le nom de Confrérie du Saint-Esprit. Le cardinal d'Armagnac oi Gascogne, Montluc en Languedoc, Henri de Guise en Champagne , firent également signer un formulaire de foi catholique par la plus grande partie du clergé et de la noblesse de ces contrées. Ces premières ligues partielles étaient placées sous l'autorité immédiate des lieutenants du roi , et elles n'avaient pas d'autre but que de subvenir , par des contributions volontaires , aux besoins de la religion et de la royauté. Il paraît que le cardinal de Lorraine donna d'abord la main à ces sortes d'associations , qui pouvaient être d'un utile secours au gouvernement. Mais on ne manqua pas de s'apercevoir bientôt que des forces ainsi organisées ne tarderaient pas a échapper a l'action de la royauté , et ces ligues furent dissoutes par les traités de paix qui vinrent mettre fin aux premières guerres.
Elles reparurent en 1576 et se concentrèrent en une confédération puissante qui embrassa bientôt toutes les provinces , et qui prit pour chef le jeune duc de Guise. Destinée d'abord a maintenir les lois et la religion de la monarchie, la Ligue fut bientôt détournée de son véritable but , et ne fut plus qu'un instrument dont se servit Henri de Guise pour supplanter les Valois. Les protestants, qui, depuis le règne de François II, accusaient le cardinal de Lorraine de convoiter la couronne pour sa famille , ne pouvaient pas manquer de le regarder comme
l'inventeur de cette formidable machine dirigée contre eux, et ils supposèrent que le plan en avait été trouvé dans les papiers qu'en mourant il avait laissés a son neveu. Ils ajoutent que ce fut a Trente que le cardinal de Lorraine conçut et arrêta ce projet pour l'extirpation des hérétiques (1).
En effet , le bruit courut, pendant le concile, que le cardinal songeait à former une ligue catholique dont la direction devait appartenir aux princes lorrains (2). On disait que la proposition lui en avait été faite par les agents du pape, à l'époque de labataille de Dreux, et qu'il y avait consenti. « Il mordit à l'hameçon, dit Le Laboureur v3), et il se raonstra un peu plus complaisant au Sainct-Père. » Ce bruit, répandu a dessein par les protestants pour semer la déQance, parvint aux oreilles de Catherine de Médicis, qui en écrivit immédiatement à ses ambassadeurs, pour savoir d'où avait pu venir celte idée d'une ligue contre les hérétiques, u II en a esté faict de grandes et diverses poursuites, dit-elle, et il importe de descouvrir de qui en est procédée la première ouver-
(1) Tavannes dit la même chose , et il ajoute que l'association dont le cardinal de Lorraine jeta au concile de Trente les prenaiers fondements , prit d'abord le titre de Confrérie du Saint-Esprit. {Mém., t. xsiv , p. 456 ; t. xxv, p. 7. )
(2) " Le cardinal de Lorraine ne dort pas à Trente , où le concile général a esté clos et arresté par sa diligence. Le bruit est qu'il sollicite le pape, les Vénitiens et le roy d'Espagne à la ruine des huguenots. » (Pasquier , 1. IV, p. 110.)
(3) Addit. aux Mcm. de Castelnuu, t. ii , 1. iv, p. 69.
58Î tiire, qui sont ceux que l'on a recherchés et qui s'y sont accordés ou non pour y entrer (0. »
Il est évident que Le Laboureur n'a fait que reproduire les bruits répandus parles historiens protestants^ car la bataille de Dreux , nous l'avons vu , n'avait nullement modifié la situation du cardinal au concile. Loin de songer a faire une ligue contre les hérétiques , le cardinal de Lorraine s'opposa toujours à toute entreprise de ce genre, et son premier soin , à son arrivée au concile, fut de recommander aux pères, dans sa harangue, de s'abstenir de toute menace , de toute démonstration hostile à l'égard des protestants (2) .
Les légats du pape s'efforcèrent pourtant de convaincre quelques prélats de l'utilité et de l'opportunité d'une confédération des princes pour la défense de l'Eglise catholique ; mais ils n'avaient pas osé en faire la proposition formelle , pensant bien qu'elle ne serait agréée par personne, excepté peut-être par le roi d'Espagne (3). Quant h Catherine de Médicis, elle était fort éloignée d'un semblable projet, et elle se plaint souvent, dans ses lettres, de ce qu'on lui prête de pareilles inten-
(1) Addit. aux Mém. de Castelnau , 1. 1 , p. 769. — Mém. pour le concile de Trente, p. 134.
(2) ■< Primùm dissidia vitemus, et quantum licet, curemus ut principes et provinciœ ab armis abstineant, ne qui à nobis discesserunt exisliment magis hoc conventu principes ad arma excitari, et societales ctfœdera iniri ad hélium quantumcunque sacrum.» [Mém. pour le concile^ p. 328 , 329.)
(3) Mémoires pour le concile de Trente, p. ictt et suiv. Mémoire envoyé de Trente par M. de Morvillers.
lions. Elle ordonna a ses ambassadeurs de s'opposer a toute résolution violente contre les protestants, « ayant par trop expérimenté les calamités d'une guerre intestine, et trop clairement connu que ce n'est pas par la force des armes qu'il faut establir la religion. Tant s'en faut , ajoute-l-elle , que je me voulusse constituer auteur d'un tel trouble en la chrestienté. Un tel projet ne peut que me rendre odieuse à tout le monde (0. »
On trouve, au surplus, dans la collection des mémoires sur le concile de Trente , un document important , et qui ne laisse aucun doute sur les dispositions du cardinal à l'égard des protestants. Ce document ayant été rédigé par l'évêque d'Orléans , son conseil particulier, peut être considéré comme la véritable expression de sa pensée. « On a bien senti, écrit Jean de Morvillers à la reinemère , quelques traits d'aulcuns des légats tendant à persuader que les catholiques devroient faire une ligue chrestienne ensemble pour ladeffense de lafoy ; mais on ne s'aperçoit pas qu'il y ait encore délibération de la proposer, et encore moins que l'empereur ny les autres princes y voulussent entendre. Telle recherche de la part du pape le rendroit, et tous les ecclésiastiques, trop odieux, car ce seroit allumer un feu universel en toute la chrestienté 12). ,)
(1) Instruction baillée à M. de Lansac , quand il est parti pour le concile. Avril 1562. {Mém. pour le concile, p. 168, 169. — Addit, aux Mém. de Castelnau , t. ii , p. 540)
(2) Yojez Mémoires pour le concile , p. 472, 473.
« En tout événement, quand tout cela seroit pratique, il ne réussiroit rien. L'empereur le voutlroit et y consentiroit moins qu'un autre 5 le roy des Romains le trouveroit encore pire. Si eeux-la ne commencent, nul des autres n'y entendra. Ils savent assez que toute ligue , encore qu'elle n'ait nom que de delTcnsive, est commencement de guerre, car elle engendre déûance ; la déliancc fait que chacun s'arme et s'allie 5 les armes prises, celuy qui se pense le plus fort , ou trouve son occasion , commence (0. »
Voilà, ce semble, des paroles claires, positives, et qui témoignent suffisamment des intentions pacifiques des représentants de la France au concile.
On était si loin de songer à se confédérer , a s'armer contre les protestants , que l'on cherchait alors les moyens de suppléer 'a l'insuffisance des mesures décrétées par le concile , et a compléter l'œuvre des Pères dans une entrevue générale des princes catholiques , où on tenterait encore une fois cette réunion tant désirée et qui avait échoué à Trente. Il y avait longtemps déjà qu'on pensait à remplacer le concile , ou plutôt à le continuer par une sorte de congrès pacifique , dans lequel les princes, de concert avec le pape, pourvoieraient aux besoins de chaque état particulier. Dès le mois d'Avril, le cardinal de Lorraine , comprenant que la France ne pourrait jamais atteindre son but à Trente , avait entre-
(t) Voyez Mémoires pour le concile , p. 472 , 473.
tenu Catherine de Médicis de ce projet. La régente en informa l'évêque de Rennes , ambassadeur du roi auprès de l'empereur, c Je fais grand double, lui dit-elle , que cette affaire du concile ne se puisse si bien traicter et résoudre par le moyen des ambassadeurs , qu'il feroit si Dieu nous donnoit une fois la grâce que le pape , l'empereur , le roy catholique, le roy des Romains et nous , nous puissions entrevoir et aboucher ensemble , en quelque lieu commode , choisy et accordé d'un com-^ mun consentement. J'ay escrit a mon cousin , le cardi-^ nal de Lorraine , pour avoir son advis , et , s'il le trouve bon , en faire ouverture a mondict bon frère l'empereur et le roy des Romains (0, » Le cardinal, en effet , com^ muniqua ce projet h Ferdinand et en conféra avec le pape pendant son séjour a Rome. Le nonce Prosper de Sainte- Croix vint aussi de la part de la reine-mère proposer cette entrevue au souverain pontife , et arriva à Rome quelques jours avant le cardinal (2). Quoique Pie IV jugeât la chose impossible , il accueillit cette proposition , dans l'espérance qu'elle pourrait l'aider a terminer le concile , et il envoya en conséquence des ambassadeurs a l'empereur et au roi d"Espagne (3).
(1) Mém. pour le concile. Lettre de la reine-mère àlevêquede Renues. Avril 1563.
(2) Son départ fortifia encore les bruits de ligue qui couraient. L'évêque de Rennes en écrivit à la reine-mcre, qui lui répondit en ces termes : « Qu'il m'ait parlé de ligue, je vous puis asseurer qu'il ne s'y engagera jamais; comme aussi m'eust-il trouvée bien éloignée d'une semblable pratique. » {Mém. pour le concile, p. 540.)
(3) Fra Paolo, 1. viH, p. 739.
Catherine de Médicis attachait la plus grande importance h cette entrevue générale des princes , « lesquels pourroient , estant ensemble , ployer le pape à plusieurs choses raisonnables, auxquelles il s'est monS' tré dur jusqu'icy (0. »
Ces choses auxquelles Catherine de Médicis fait allusion étaient toujours le mariage des prêtres , la communion sous les deux espèces, l'administration des sacrements en langue vulgaire , que l'on s'obstinait à regarder comme des remèdes infaillibles pour concilier les partis et rétablir la paix (2), Mais c'était , il faut l'avouer, une grande illusion de croire que le pape se relâcherait jamais sur ces différents points. Le roi d'Espagne s'en tenait rigoureusement , lui aussi , aux décrets du concile de Trente , et ne voulait entendre à aucune transaction. Son ambassadeur a Paris , Chantonney fit tous ses efforts pour empêcher cette réunion (3). Catherine de Médicis n'en persista pas moins dans son projet , et elle résolut de faire servir l'occasion du baptême du fils du duc de Lorraine a son exécution. On recula la cérémonie de trois mois pendant lesquels l'évêque de Rennes ménageait a Vienne cet abouchement , qui devait aussi servir à terminer le ma-
(1) Mém.pour le concile, p. 557. Lettre de la reine-mère à 1 evéque de Rennes. 27 Février 1503.
(2) AddiL aux Mém. de Casielnau si. 11, 1. v, p. 343. — Dom Calmet, Hist. de Lorraine, 1. xxxiv, p. 739.
(3) Addit. aux Mémoires de Castelnau , 1. 11, 1. v, p. 34s.
liage du jeune Charles avec une des filles de Maximilien. Le roi d'Espagne s'agita encore pour empêcher cette alliance avec l'Allemagne , dont le cardinal de Lorraine avait jeté les premières paroles (0 , et le mariage ne s'accomplit que six ans plus tard. Quant à l'entrevue, elle manqua comme toutes les autres tentatives de conciliation. L'empereur Ferdinand I" mourut , le roi des Romains s'excusa sur d'autres affaires , et le voyage de Nancy n'eut pas lieu.
Tel était le motif et le véritable but de cette entrevue. Il ne s'agissait pas, comme le disent les historiens duxvi^ siècle , et comme on le répète encore maintenant , de faire une ligue générale pour l'extirpation complète du calvinisme , mais, au contraire, de rechercher de nouveaux moyens de satisfaire les protestants. Au lieu de s'entendre pour l'abolition de l'édit d'Amboise , pour l'extermination des hérétiques (2) , on se proposait de terminer pacifiquement , s'il était possible , le différend qui partageait l'Europe chrétienne. «On avoit faict en France, disait la reine-mère , trop triste expérience que la foy ne se plante pas a la pointe de l'espée , et on se trompoit fort si , pour conserver la religion et la tran-
(1) « Et, parce que je n'ai trouvé un plus digne personnage pour faire parler à mondict bon frère du mariage que savez , je lui mande qu'il entre en propos avec luy, avec sa dextérité accoustumée. » {Addit. aux Mém. de Castelnau, 1. 1, 1. iv, p. 763. Lettre à l'évéque de Renues.)
(2) Mém. de Condé , t. v, p. 45. — Mëm, de Castelnau , I. v, ch. ix, p. 33 5. — Dk Tnou , 1. xxxvi , p. 501.
quillité (lu royaume , on chcrchoit les remèdes ailleurs que dans une bonne réformalion. Le concile de Trente l'avoit promise 5 mais, au jugement des plus gens de bien, et mesme des meilleurs catholiques , celle qu'on y avoit faicte ne suiïisoit pas aux manx présents. A défaut de concile , c'estoit aux princes h y travailler (i). » On voulait donc arracher a la papauté , par le concours des grandes puissances , des concessions qu'elle n'avait pas voulu faire au concile. Et , pour cela , on s'appuyait sur l'empereur Ferdinand et sur Maximilien, son fds , roi des Romains, dont les habitudes de tolérance étaient parfaitement conformes aux vues du gouvernement français. Ce projet d'entrevue ne réussit pas : qu'importe? Il n'en est pas moins vrai qu'il n'y a rien de commun entre un pareil projet et celui qu'on prête à Catherine de Médicis et au cardinal de Lorraine. Il n'en est pas moins certain non plus que leurs intentions, ici encore, ont été complètement dénaturées. Ce qui est triste , c'est que ces calomnies entretenaient les défiances , les soupçons, les haines, et que celui qui en était l'objet ne pouvait rentrer en France sans se voir de nouveau livré à toutes les malédictions , exposé à toutes les vengeances du calvinisme. On ne saurait se défendre d'un profond sentiment de tristesse, quand on voit le cardinal de Lorraine , dont la renommée , agrandie encore par le rôle brillant qu'il avait joué au concile , remplissait le
(1) Addit. aux Mém. de Castclnau , t. ii . p. 343.
monde chrétien , dont la voix puissante n'avait fait entendre que des paroles de conciliation, obligé maintenant de cacher sa tête , et réduit à se mettre sous la protection d'une garde particulière pour échapper aux poursuites homicides de ses adversaires. « Le cardinal a bien besoin d'estre sur ses gardes , écrit l'ambassadeur d'Espagne, quelque temps après son retour de Trente j car, si on peut , on le fera mourir (i). » La cour même , oii ses ennemis triomphent depuis son départ , ne lui épargnera pas les déboires. On le fera attendre deux heures (2), avant qu'il lui soit permis de parler au roi et à la reine. Quand la voix delà justice et le cri du sang lui feront demander la juste recherche et le châtiment bien mérité des meurtriers du grand duc de Guise, il ne sera point entendu. Enfin, quand il réclamera la mise 'a exécution des décrets de ce concile que la France a si ardemment désiré , on lui répondra qu'il vient bouleverser le royaume. Telle est l'injustice et l'ingratitude des partis.
(1) Lettre de Chantonuey, dans lesM^m. de Condé, 1. 11, p. 19a.
(2) Mé7n. deCondé, 1. 11 , p. 193.