CHAPITRE XIX
DEUXIÈME Eï TROISIÈME GUERRES CIVILES (1567-1570).
Le traité d'Amboise était loin d'avoir rétabli la paix dans le royaume. Ce n'était qu'une simple trêve que les partis devaient rompre bientôt pour reprendre les armes. Tout le monde prévoyait que cette paix ne pourrait durer au-delà de trois à quatre mois , et que le désordre redeviendrait plus grand qu'auparavant (0. Il y avait des provinces qui menaçaient de se donner au roi d'Espagne, si on y tolérait les prédications protestantes (2). Les grandes villes du royaume, telles que Toulouse, Paris, Marseille, ne pouvaient supporter les huguenots dans leur sein, et on préludait par le meurtre et le pillage aune
(1) Lettre du nonce Prosper de Sainle-Croix. Mars 1563. Dans le» Arch. curieuses , t.vi, p. J37, 166.
(2) Idem , ibidem.
nouvelle guerre civile (0. Le sang coulait dansleMaine^ dans l'Anjou , dans la Touraine. Des réclamations arrivaient de toutes parts au conseil : les catholiques se plaignaient d'être troublés dans la jouissance de leur culte et dans les fonctions de leur charge 5 les protestants, de leur côté, ne pouvaient obtenir justice des violences de leurs adversaires (2). Le gouvernement , ne pouvant satisfaire les uns sans mécontenter les autres, restait dans l'inaction , et chacun prenait ses sûretés. Les catholiques se liguaient, les protestants tenaient des synodes , faisaient des collectes , contrairement a l'édit dAraboise ; des deux côtés on se préparait à la guerre.
C'est alors que le cardinal reçut l'ordre du roi de se rendre à Moulins, où devaient se rassembler les princes et les grands seigneurs du royaume, pour délibérer sur les moyens de maintenir la paix et de réformer les abus. Il n'y avait pas de tranquillité durable a espérer , tant que ces puissantes maisons qui ralliaient autour d'elles des partisans si nombreux et si passionnés , resteraient divisées ; tant que les Châtillons , les Montmorency, les Lorrains ne seraient pas réconciliés. La mort du duc de Guise , qu'on attribuait à Coligny , n'avait pas été vengée , et la maison de Lorraine , depuis deux ans , en demandait justice au parlement et au roi sans pouvoir
(1) Etienne Pasquie^ , 1. iv, p. lOS.
(2) Méni. de Castelnuu, 1. v, ch. \\, p. 334.
l'obtenir. Le cardinal de Lorraine . qui ressentait de cette mort une douleur incroyable , faisait de nouvelles instances pour qu'on recherchât et châtiât les coupables. Mais il était impossible de lui donner salislaction sans atteindre de puissants personnages , sans frapper Coligny, et , par conséquent , sans irriter les prolestants et altérer la tranquillité du royaume.
Le cardinal de Lorraine dut faire céder ses ressentiments particuliers au bien général du royaume, et tenir Coligny pour innocent du meurtre qu'on lui imputait. Le chef des protestants embrassa le représentant du parti catholique , et ces deux hommes se promirent réciproquement de ne pas garder de ressentiment l'un contre l'autre.
Malheureusement l'héritier du duc de Guise, le jeune Henri restait étranger a la réconciliation. Il ne se crut point lié par le serment de son oncle , et il n'attendit qu'une occasion favorable pour venger le sang de son père. Le cardinal de Lorraine fit aussi sa paix avec le maréchal de Montmorency, et toute inimitié sembla avoir disparu parmi les chefs de ces grandes maisons. Mais au-dessous d'eux s'agitait la multitude , assez indifférente aux intérêts qui les divisaient , opiniâtrement attachée à ses croyances et ennemie de toute transaction en matière de foi. « Le peuple, qui ne peut aysémenl tolérer deux religions , remue en plusieurs endroits , » écrit Pasquier(0. « Il se parloit mesme de voir bientost
(1) Et.PASQUIER , 1. IV, p. 109.
un soulèvement universel de tous les catholiques de France pour abolir les huguenots. Si le roy et son conseil ne vouloient leur prester faveur , ou s'en prendroit à luy-mesme , en danger de diminuer son aucthorité et l'obéissance de ses subjects (0. » De leur côté, les hérétiques menaçaient la cour : ils disaient qu'il est licite de tuer un roi ou une reine qui s'oppose à la réformation de l'Evangile (2). Catherine de Médicis comprit que ce système de neutralité qu'elle suivait depuis quelques années était impraticable , et elle se rejeta du côté des catholiques. Il fallait toutefois user de prudence et de ménagements, de peur de provoquer un nouveau soulèvement des protestants. Quoiqu'elle fût convaincue qu'il n'y avait pas de repos à espérer , tant que le pays serait partagé entre deux religions , rien ne prouve que , dès cette époque , elle songeât a extirper la religion calviniste. Le duc d'AIbe avait bien pu, dans les conférences de Bayonne , lui conseiller de faire tomber les têtes des principaux chefs ^ mais sa modération naturelle l'éloignait d'une semblable politique , et ce ne fut que beaucoup plus tard qu'elle regarda cette mesure comme indispensable au salut du royaume. Elle se bornait , en ce moment , a arrêter le développement du protestantisme, à le renfermer strictement dans les limites fixées par l'édit d'Amboise, et elle cherchait surtout à rallier
(1) Mém. de Castelnau , 1. vi , ch. x, p. 3^9. ,2) Davila , t. 1, p. 195.
les catholiques, en n'accordant les emplois de la judn cature qu'a ceux qui étaient de leur religion , en interdisant la célébration du culte protestant dans les villes où séjournait la cour , en détendant les synodes , les collectes (0 , enfin , suivant l'expression de Pasquier , en rognant chaque jour les ongles à ceux de la religion (2). En même temps , elle faisait construire des forteresses dans les villes du Midi ; elle démolissait les fortifications dans les lieux où les huguenots avaient été les plus forts ; elle s'efforçait par tous les moyens de montrer au peuple qu'elle voulait maintenir le catholicisme dans le gouvernement , et mettre le pouvoir à l'abri des surprises , des conspirations du parti huguenot (3). Cette politique, qui était celle du cardinal de Lorraine , devait nécessairement le ramener au pouvoir. L'ambitieux prélat ne tarda pas, en effet, a reparaître à la cour, et bientôt il s'y retrouva tout-puissant. Attentif à plaire à la reine-mère (^) , afin de maintenir le gouvernement dans cette direction et de ménager les intérêts de sa famille , il recouvra bientôt assez d'influence pour exciter de nouveau les soupçons des protestants. Mais en même temps que son retour a la faveur rendait à Catherine de Médicis la confiance du clergé ,
(1) Prosper de Saikte-Croix. Ap. Arch. cur., t. vi , p. 67.
(2) Pasquier, 1. v, p. 117.
(3) Mém. cU Castelnau , 1. vi , ch. x , p. 341.
(4) Mém. de Tavannes, p. 450.
d'une partie de la noblesse et du peuple (') , les huguenots , qui lui prêtaient toujours les plus sinistres projets afin de justifier leurs violences , se mettaient sur leurs gardes et concertaient entre eux les moyens de recommencer la guerre. Ils publièrent qu'on voulait casser l'édit de pacification , faire mourir les uns , emprisonner les autres , et abolir entièrement la religion calviniste (2). L'arrivée de 6,000 Suisses , le pouvoir dont jouissait le cardinal de Lorraine servirent de fondement à leurs accusations , qui se reproduisirent dans des requêtes, dans des libelles où ils menaçaient Catherine de Médicis du sort du duc de Guise (3). Enfin , les chefs du parti se réunirent a Châtillonsur-Loing, séjour de Coligny , et là , malgré l'opposition de quelques ministres qui blâmaient cette prise d'armes , on résolut de s'emparer de quelques places importantes qui serviraient de boulevard à la cause , d'organiser une bonne et forte armée, d'exterminer les Suisses et de chasser de la cour le cardinal de Lorraine (^).
Ainsi, c'était toujours au cardinal qu'on s'attaquait comme au plus ferme rempart de la royauté catholique. Cette fois les protestants étaient tellement sûrs du succès, qu'il se faisait jusqu'en Allemagne des gageures que
(1) Mém. de Castelnau , 1. vi , ch. xi , p. 365.
(2) Jdem , ibidetn.
(3) Davila, t. I, p. 195.
(4) Mém. de Lanoue, coUect. Petitot , ch.xii, p. 185 etsuiv. — DbThou, l.XLii, p. 349.
pour la Saint-Michel (on était alors au mois de Septembre), le roi serait entre les mains du prince de Condé , et le cardinal de Lorraine à la discrétion de l'amiral tO. Cependant la cour était en pleine sécurité , et elle songeait si peu à ces projets d'extermination qu'on lui prétait gratuitement , qu'elle n'avait rien fait pour se mettre en état de défense. Quand Castelnau , un des premiers qui furent avertis du complot , vint donner l'alarme à Monceaux , il fut très-froidement accueilli , et le chancelier L'IIospital dit au roi et h la reine que c'était un crime capital que de donner un faux avis à son prince , pour le mettre en défiance de ses sujets (2). On apprit pourtant que les conjurés approchaient 5 et alors la cour se retira à Meaux , d'où on envoya faire des propositions au prince de Condé, qui répondit par de nouvelles insultes contre le cardinal de Lorraine. On délibéra sur le parti le plus avantageux à prendre dans ces conjonctures difficiles , et, tandis que L'Hospital , avec son calme ordinaire, disait que le mal n'était pas grand , qu'il fallait entendre les plaintes des réformés : u Voyez pourtant , lui dit la reine-mère , le prince présente au roy une requeste d'une main , et il a l'espée dans l'autre (-).« Le connétable de Montmorency voulait qu'on restât à Meaux , et qu'on attendît les événements. Le cardinal de Lorraine représenta avec sa vi-
(1) Mathieu , Histoire de France, 1. v, p. 2y5<
(2) Mém. de Castelnau, 1. vi , ch. iv, p. 377.
(3) Hist. de France , 1. v, p. 995.
Vacilé habituelle « que le mal était trés-pressant , et qu'il ne fallait pas en différer le remède ; qu'il était ici question delà souveraine autorité du prince et de l'entière obéissance du sujet 5 que c'en était fait de la royauté si cette hardiesse était tolérée ; que son avis était que la personne du roi fût conduite en lieu plus assuré que Meaux , et que son autorité fût rendue si puissante , que ceux qui la voulaient attaquer ne reçussent que de la confusion et du repentir de leur témérité Ci). » Cet avis, qui était certainement le plus sage, l'emporta , et le roi marcha sur Paris. Comme le prince de Condé et l'amiral publiaient qu'ils ne s'étaient armés que pour tirer le roi de captivité et éloigner les Guises du conseil , le cardinal de Lorraine n'attendit pas qu'on le priât de lever ce prétexte : il offrit de se retirer de la cour et partit emmenant avec lui ses neveux (2). Mais les protestants prouvèrent encore une fois qu'ils étaient peu disposés a se contenter de cette satisfaction , et depuis Meaux jusqu'à Paris, ils livrèrent au cortège royal une multitude de petits combats dans lesquels les Suisses déployèrent un courage admirable , et sauvèrent la liberté, et peut-être la vie au roi 0).
(1) Mathieu , Hist. de France , 1. v, p. 296,
(2) Mathieu , ibidem. — Mém. de Tavannes , p. 459.
(3) « Lorsque les 6,000 Suisses qui sauvèrent tout en France furent arrivés à Meaux, dit Jean Correro, j'avoue qu'ils m'avaient l'air de la j)lus vilaine canaille que j'eusse jamais vue: on les aurait pris pour des portefaix , tant ils semblaient embarrassés , non-seulement à manier, mais même à porter les armes; mais, rangés en bataille ,
Tandis que la cour s'acheminait ainsi vers Paris . au milieu des menaces des protestants , le cardinal de Lorraine, de son côté, n'échappait que par miracle aux mains de ses ennemis. En se retirant dans son archevêché de Reims , il tomba dans un gros de protestants qui allaient rejoindre le prince de Condé : son cortège fut dissipé , sa vaisselle pillée , et il n'évita lui-même la mort qu'en fuyant de toute la vitesse de son cheval. Il ne reparut a la cour qu'au commencement de l'année suivante , sur les instances réitérées de la reine , qui ne pouvait se passer de lui dans les conjonctures présentes.
C'est a peine si , pendant ce temps-la , la bataille de Saint-Denis avait suffi pour rassurer les catholiques , que la hardiesse des huguenots avait glacés d'épouvante. Le prince de Condé, qui venait d'opérer sa jonction avec Jean Casimir, assiégeait Chartres et poussait ses bandes jusqu'à Essonne , a quelques lieues de Paris. Les partisans de la paix conseillèrent a la reine-mère de traiter. Le roi , a l'instigation de L'Hospital . proposa aux rebelles de rétablir l'édit d'Amboise, au moment où l'arrivée des secours d'Espagne . où l'ardeur des catholi-
ils me parurent d'autres hommes. Trois fois ils se retournèrent contre l'ennemi , ils lui lancèrent tout ce qui leur venait à la main , jusqu'aux bouteilles; et, baissant leurs piques, ils coururent à lui comme des chiens enragés , tous en bon ordre , sans que l'un mit le pied avant l'autre , et animés d'un tel désir de combattre , que l'ennemi n'osa pas attaquer ouvertement. Ainsi le roi put se réfugier dans Paris. Les Suisses sauvèrent sa couronne et sa vie.» (.Tean Corrf.ro, Relation des nmhassadeum vénidfns , t. ii, p. 187.)
il 6 ques de France semblaient promettre une victoire certaine. La paix de Longjumeau accorda aux protestants tout ce qu'ils demandaient, et beaucoup plus qu'ils n'avaient osé espérer. L'édit d'Âmboise fut rétabli sans restriction , et la liberté du culte accordée jusqu'à ce qu'il plût à Dieu que tous les sujets du roi fussent réunis en une même religion (i). Les protestants promirent de poser les armes , de rendre les places qu'ils occupaient , de renvoyer leurs alliés d'Allemagne , a la condition qu'ils seraient payés par le roi , « comme si Sa Majesté les avait fait lever pour son service et par ses commissaires. Et c'est ainsi que cette guerre , qui avait commencé par la terreur, Unit par la honte (2). »
On ne pouvait immédiatement payer les sommes qu'on avait promises à Jean Casimir. L'orgueilleux prince menaça la cour d'aller rejoindre le prince de Condé et de marcher sur Paris , si elle ne remplissait ses engagements. Le cardinal de Lorraine , qui s'était vivement opposé à cette paix humiliante , représenta au roi qu'il ne devait pas endurer cette bravade d'un étranger, et qu'il fallait le chasser de la France les armes à la main. On aima mieux ajouter l,oOO écus à ce qu'on lui avait promis , et , à ce prix , les reîtres évacuèrent la France.
Il en fut de la paix de Longjumeau comme de toutes les tentatives de conciliation qu'on avait essayées jusque
(1) Mémoires de Casielnau , I. vi , ch. m , [>. 415.
(9.) Jean Coiîrep.o , Belat. desamh. vénit., t. n , p. 121.
lîi -, elle ne lut qu'une suspension d'armes entre les deux partis, nne guerre couverte, suivant l'expression de Lanoue. Les violences des catholiques se renouvelèrent dans les provinces contre les huguenots, dont beaucoup furent massacrés dans les villes d'Auxerre, d'Amiens , etc. Déjà même on pouvait apercevoir dans leur irritation quelques symptômes menaçants pour la royauté des Valois. Les calvinistes n'ont que trois mois a vivre , disait-on de toutes parts , et si le roi veut l'empêcher, il sera détrôné et mis dans un couvent. Ainsi la contagion de la révolte avait gagné les catholiques eux-mêmes , et Catherine de Médicis , avec toute son habileté , avec toute sa finesse, n'était parvenue qu'à mécontenter tout le monde. Les nobles , dans plusieurs provinces, restaient toujours armés pour la défense de leur religion et de leur vie ; les ligues s'étendaient de province en province j les municipalités chassaient les prédicateurs huguenots , ou les traitaient plus mal encore ; partout le mouvement catholique grandissait et s'organisait avec un ensemble presque aussi menaçant pour la royauté que pour le protestantisme lui-môme.
Dans de telles circonstances, il eût été difiicile à la royauté d'échapper a l'entraînement qui se manifestait de toutes parts. C'était, d'ailleurs, l'époque où l'avènement et les premiers actes du pape Pie V excitaient une nouvelle ardeur dans toute la catholicité Élu par le crédit du cardinal Borromée, sous l'influence de ces idées de réforme que le concile de
Trente avait propagées , Pie V montrait dans le gouvernement de l'Eglise toute la piété d'un saint et toute la rigidité d'un ancien grand-inquisiteur. Poursuivant avec la même ardeur la restauration du catholicisme et la destruction de l'hérésie , il ne cessait d'exhorter les souverains à poursuivre et a châtier sévèrement les protestants dans leurs états. « Si Pie IV , dit Ranke , avait déclaré que l'Eglise ne peut plus prospérer sans les princes , les princes étaient persuadés que , pour eux , leur union avec l'Eglise était indispensablement nécessaire. Pie V ne cessa de le leur prêcher. » C'était surtout la France qui préoccupait le nouveau pape ; il pensait , comme tous les souverains , que le triomphe des huguenots dans ce pays entraînerait infailliblement la ruine du catholicisme, et il avait les yeux toujours fixés sur le gouvernement français. Il correspondait activement avec le cardinal de Lorraine , et lui montrait le salut du royaume indissolublement lié a la conservation de l'unité catholique. Fatigué des incertitudes et des vacillations de Catherine de Médicis , c'était dans Je cardinal qu'il plaçait désormais toutes ses espérances.» Personne, lui écrivait-il , s'il persistait dans sa conduite , n'aurait plus contribué que lui au maintien du catholicisme et de la monarchie (0. Tout ce qui s'était fait de bien dans lo royaume, c'était a lui qu'on le devait: on se trompait
(1) « Nemo est enini omnium ad quem servati islius regni reli-. gionisque catholicae major quàm ad te laus perventura est. » (Pu quint, pontif. max. cpisl. liber m , p. 141 .)
fort, du reste , si ou croyait qu'il pourrait y avoir une paix durable avec les huguenots ; il n'y avait pas de réconciliation possible entre les fds de Satan et les enfants delà lumière (1). » En conséquence, il exhortait le cardinal et la reine-mère a n'épargner en aucune façon les hérétiques qui n'ont épargné ni Dieu , ni la reine elle-même ('^). Il accordait au roi la permission de vendre et d'engager les biens de l'Eglise ; il lui écrivait : «Agissez , je vous soutiendrai toujours ^ dussé-je y mettre la vie (3). ))
Cette politique répugnait a la cour de France , et on trouvait le pape trop sévère, trop absolu. Et pourtant la conduite des huguenots semblait justifier les craintes de Pie V. Ils refusaient de rendre au roi, conformément au traité de pacification , les villes dont ils s'étaient emparés , et entre autres , Sancerre , Monlauban , Cahors, etc. La Rochelle ne voulut pas recevoir la garnison que le roi y envoyait sous le commandement de Jarnac , et les catholiques ne purent rentrer en possession de leurs biens. Dans la prévision d'une nouvelle guerre, les réformés relevaient les fortifications de la ville , équipaient des bâtiments , songeaient a faire de cette place le boulevard du calvinisme. Des capitaines huguenots , sans pouvoir, sans commission du roi , en-
M) Pli quint, pontif. raax. epist. liber m , p. 141.
(2) « NuUo modo , nuliisque de causis bostibus Dei parcendum est , qui neque Dec neque tiliis tuis pepercerunt. » {Idem , p. 155.)
(3) Jean CoRHERO, Relut, des amb. vénit., t. ii , p. 105.
•i50 râlaient des volontaires et les condnisaient au service du prince d'Orange contre le ducd'Albe(0. Et, comme il fallait justifier ces mesures, on publiait que le roi, a l'instigation du cardinal de Lorraine, avait voulu faire arrêter le prince de Condé dans sa terre de Noyers -, on disait que la noblesse protestante se voyait contrainte , pour le salut du royaume , de prendre les armes contre « ce prêtre infâme , ce tigre de la France, et contre ses complices ; qu'elle devoit les poursuivre a outrance comme bêtes carnassières et dévorantes , infracteurs de la foy publique, ennemis delà paix et de la maison royale(2). »
Dès lors, le roi ne vit plus que des rebelles dans ses sujets, et il songea a révoquer tous les édits qui avaient été rendus en leur faveur. On regarda comme décidément impossible la co-existence de deux religions dans le royaume , et on se rejeta encore une fois dans la politique catholique. La reine-mère s'abandonna de nouveau aux conseils du cardinal de Lorraine (3).
« Le cardinal de Lorraine est en faveura présent , dit l'ambassadeur vénitien Jean Correro , mais c'est par nécessité , car tant que la reine n'a pas eu besoin de lui , elle n'a pas été fâchée qu'il restât éloigné du pouvoir. Mais ayant été surprise par la guerre , et voyant qu'il était dif-
(1) Mcm. de Castdnau, 1. vu , ch. i , p. 429.
(2) De ThOU , 1. XLIV, p. 525.
(3) « La reine ne vouloit se disjoindre du cardinal de Lorraine ny des Guises, entretenant son authorité par leurs forces. » {Mémoires de l'estatde France sous Charles IX , 1. 1 , fol. 4.)
ficile de clisliugiicr les amis des ennemis véritables , la reine pensa que personne ne pouvait mieux la servir , ni avec plus de dévouement que les Guises, parce que leurs intérêts, après ceux du roi, y étaient le plus compromis. Sa Majesté comprit également que nul autre aussi bien que ledit cardinal ne pourrait trouver l'argent nécessaire, car nul n'avait plus de crédit à Paris. Or, Paris a toujours été l'espoir et le trésor des rois de France dans les plus urgents besoins. C'est pourquoi le fardeau des affaires fut mis sur les épaules du cardinal. Son autorité est cependant contestée et haïe ; on lui tend des embûches , on le trouve trop hautain, trop occupé de ses propres intérêts. Les Montmorency, entre autres, maison puissante et qui compte beaucoup de partisans, professent pour lui une inimitié mortelle , et ils entraînent avec eux tous ceux qui se croient offensés ou qui sont mécontents.
« Malgré toutes ces passions si funestes au bien public, il est à souhaiter que le cardinal de Lorraine continue a gouverner , parce qu'il est complètement engagé dans cette affaire des huguenots , et qu'il s'y agit de son salut personnel. Ainsi , son intérêt tourne dans ce cas au profit du royaume, et même de tout l'univers chrétien (0. » Comme les prolestants avaient déjà commencé la guerre, avant même qu'elle ne fût déclarée , le roi, a l'instigation du cardinal de Lorraine, rendit un édit qui défendait à toutes personnes , sous peine de perdre la vie et les biens,
(1) Relations des ambas. vénitiens. Jean Correro, t. ii , p. 153^
l'exercice de toute autre religion que la religion catholique romaine , et ordonnait aux ministres protestants de quitter la France dans un délai de quinze jours (0. Du reste , il était expressément défendu de rechercher ceux des huguenots qui voudraient vivre paisiblement en leurs maisons. L!n autre édit enjoignait a tous ceux de la religion réformée de se démettre de tous les emplois publics. Le parlement de Paris, plus avancé encore dans le mouvement , ajouta aux lettres royales que tous ceux qui , dans la suite , seraient reçus officiers royaux , jureraient de vivre et de mourir dans la religion catholique.
Ces mesures décisives ne pouvaient être mises a exécution que par la force des armes ; la guerre éclata surle-champ. Elle fut entreprise avec une ardeur inouïe par les catholiques et les protestants. Les premiers , voyant le gouvernement sortir de ses incertitudes , se levèrent sur tous les points pour la défense de leur religion , de l'unité nationale et de la royauté des Valois. Les protestants, ne comptant plus sur la cour , allèrent jusqu'à se donner un roi , et proclamèrent le prince de Condé sous le nom de Louis XIIL De leur côté, les puissances catholiques offrirent leurs secours au roi de France. Le pape lui-même lui envoya des troupes sous le commandement du comte de Sanctafiore , auquel il recommanda expressément de ne faire aucun quartier aux hérétiques.
La cour, qui reculait toujours devant cette terrible ex-
(I) Dr^ T»or , 1. si.iv, p. 534.
trémité delà guerre civile, aurait voulu la prévenir, el négociait avec le prince de Condé pour le détacher de la ligue protestante. Maislepape poussait le roi et le cardinal à poursuivre avec vigueur les hostilités. « Tout délai serait dangereux , écrivait-il 5 il n'est pas seulement ici question de la religion catholique , il s'agit du salut de la monarchie (O. »
Ce ne fut , toutefois, qu'au printemps de l'année 1569 que la guerre prit un caractère sérieux. Après avoir d'abord emporté un grand nombre de places dans le Midi , les protestants furent vaincus a Jarnac (16 Mars 1569) par le duc d'Anjou , lieutenant-général des armées du roi , et y perdirent leur chef, le prince de Condé. Le roi , qui était alors à Metz avec le cardinal de Lorraine, se rendit aussitôt à l'armée. Il arriva pour être témoin de la défaite des troupes royales a La Roche-l'Abeille. Heureusement, la faute que commirent les protestants en mettant le siège devant la grande ville de Poitiers, et l'échec que leur fit éprouver le jeune duc de Guise, qui s'annonçait alors comme le continuateur des exploits de son père , permirent aux catholiques de se refaire et de reprendre l'avantage. La nouvelle victoire de Montcontour (3 Octobre 1569) paraissait avoir ruiné le parti protestant , et tout le monde le croyait perdu , lorsque les discordes qui régnaient dans l'armée royale , et la défaite éprouvée sous les murs de Saint-Jean-
(1) Pu quint, pontif. niax. epist. lib. m , p. 141-14.^.
42i d'Aiigély renversèrent de nouveau toutes les espérances des catholiques. 11 aurait fallu profiter de la terreur et du désordre produits par deux grandes batailles perdues , pour poursuivre sans relâche l'ennemi vaincu , et le refouler jusqu'à l'une des extrémités de la France; mais des intrigues de cour vaguement signalées par les historiens empêchèrent l'exéculion de ce plan. Cherchons a éclaircir ce point. Aussi bien on a accusé le cardinal de Lorraine d'avoir arrêté les progrès de l'armée catholique pour obéir a une misérable jalousie qu'auraient excitée en lui les succès brillants du duc d'Anjou. « Le cardinal et le roi étaient, dit-on, presque aussi oftusqués l'un que l'autre de la renommée toujours croissante du jeune lieutenant-général (0, » et ils n'auraient pas voulu lui fournir une nouvelle occasion d'acquérir de la gloire en ruinant complètement le parti protestant. On ajoute que dans le conseil qui se tint à Niort , quelque temps après la bataille de Montcontour , il s'opposa a ce qu'on poursuivît l'amiral jusqu'au fond de la Gascogne , où on aurait pu le réduire à s'enfermer dans quelque place forte, l'y assiéger, et terminer la guerre d'un seul coup. C'est ce que voulaient Tavannes et d'autres capitaines aussi expérimentés que lui. « Mais plusieurs contrarièrent son advis , qui estoit gain de cause : ceulx de Montmorency, qui n'eussent désiré la victoire de l'amiral ny sa ruyne 5 aultres ne vouloient la
(l) Histoire de France par Henri Mautin , t. x, p. 298, 301.
réputation entière de M. d'Anjou, craignant que les capitaines près de luy vinssent plus en faveur près du roy. ]c cardinal do Lorraine , de cette mesme insinuation , voyant par cette grande réputation ses neveux exclus du commandement , souffle à Sa Majesté que la réputation de son frère doit luy estre suspecte , qu'il ne luy devoit permettre d'achever la ruyne des huguenots (0. ))
Le cardinal de Lorraine était si pou jaloux de la réputation du duc d'Anjou , qu'il aurait voulu , au contraire, que la guerre se continuât avec vigueur, et qu'au lieu de songer a recouvrer les places des bords de la Loire ou du Poitou , l'armée royale poursuivît les rebelles , avant qu'on leur eût donné le temps de réparer leurs forces. Il écrivait au duc d'Albe pour l'engager à empêcher l'arrivée des secours que les huguenots attendaient d'Allemagne et d'Angleterre. Il faisait représenter au roi d'Espagne par l'ambassadeur Fourqueveaux qu'il ne tiendrait qu'à Sa Majesté catholique d'accabler les protestants de Flandre , en procurant au roi les ressources nécessaires pour vaincre ceux de France (2). La reine-mère , qui était déj'a lasse de la guerre et qui songeait à revenir à son système de conciliation et de paix à tout prix , s'inquiétait de ces démarches (3) , et
(1) Mém. de Tavamies , p. 146.
(2) Mém. de Castelnau , 1. vu , cli. x , p. 4l)l ,
(3) Idem , ibidem.
Voùlail en prévenir l'effet. Habituée U regarder la guerre comme le plus grand des maux, el ne pouvant se décider à voir le triomphe complet de l'un des deux partis , elle avait , dès le lendemain de la victoire de Montcontour , offert des propositions de paix à la reine de Navarre. C'était rendre inutiles les victoires qu'on venait de remporter. Le pape , en ayant été informé par les agents du cardinal de Lorraine , écrivit encore a celui-ci pour l'engager a n'accorder aucune trêve aux rebelles, u Nous tenons pour certain , lui dit-il , qu'il ne peut y avoir de paix solide avec les huguenots. » Il l'excite donc à s'opposer de toutes ses forces aux desseins de la reine ; il lui rappelle tous les bienfaits dont il a été comblé par le Saint-Siège : il le supplie de ne pas se ralentir dans son zèle pour l'Eglise , il invoque le serment qu'il a fait , quand il a été revêtu de la pourpre, de répandre son sang pour elle (0.
Le cardinal de Lorraine, fidèle à ces instructions, voulait maintenant pousser à bout les hérétiques et ne leur laisser ni place de sûreté , ni un pouce de terrain (2). Mais cette politique n'allait pas a Catherine de Médicis , et le jeune roi , d'ailleurs , esclave des mobiles volontés de sa mère , « eût mieux aimé les huguenots a naitre que la victoire entière à sou frère (3) . »
Peut-être le jeune Charles avait-il aussi de graves
(0 Epist., lib III, p. 210, 225.
(2) Capefigce, Hist. de la réforme et de la Ligue , t. u , p. 473.
(3) Mémoires de Tavannes ,]). l46.
motifs (le se défier du duc d'Anjou ; et ces motifs , qui ont échappé à la connaissance des écrivains contemporains , sufliraient pour expliquer les dispositions du cardinal a l'égard de ce prince. Il savait que les calvinistes faisaient des propositions secrètes au duc d'Anjou , cherchaient a le circonvenir et a l'attirer dans leur parti. C'étaient vraisemblablement les Montmorency , parents et amis de l'amiral , qui se faisaient les agents de ces misérables intrigues. Des lettres curieuses de la duchesse de Guise , trouvées dans les archives de Simancas , assurent « que l'amiral pratiquait ledit sieur d'Anjou , pour mettre division entre les deux frères , sous ombre de partage et accroissement de grandeur , lui oflVant que, s'il voulait se mettre de leur côté et le recevoir en sa bonne grâce , il l'assurerait faire seigneur de toute la Guyenne , de tous les Pays-Bas , et d'une grande partie des villes maritimes. De quoi la France est pour cejourd'hui tant ébranlée qu'elle fut oncques , vu les conséquences qui dépendraient de pareilles divisions, et surtout en cette saison , avec les secrètes et presque incroyables intelligences qui se découvrent chaque jour. Avec raison on ne peut plus se fier a personne ('). »
Il n'en fallait pas tant pour déterminer Catherine de Médicis à la paix. D'ailleurs , les secours d'Espagne n'arrivaient pas, et l'armée royale s'épuisait au siège de
U; Capkfigij'e, Hist. de la réforme et de la Ligue , t. ii, p. 48.5.
4^28 Saint-Jean-d'Angély. L'échec éprouvé sous les murs de cette ville amena Catherine de Médicis a accorder la paix aux protestants. Le conseil ne voulait d'abord accorder que la liberté de conscience , sans exercice public du culte 5 mais les chefs des réformés ayant rejeté cette condition, la reine-mère se relâcha peu a peu, et leur accorda de plus grands avantages que ceux qu'ils avaient obtenus jusque l'a : amnistie pleine et entière; exercice du culte protestant dans deux villes par province, et dans toutes celles où il était déjà établi ; quatre places de sûreté pour deux ans -, admission des calvinistes a tous les emplois ; restitution des biens confisqués, etc. Cette paix, si avantageuse aux calvinistes, si humiliante pour l'autorité royale , souleva les clameurs de l'Europe catholique. Dans une lettre adressée au cardinal de Lorraine , le pape Pie Y se plaint de ce qu'il n'a pas empêché la conclusion d'un pareil traité. « Nous considérons cette paix , dit-il , comme un coup plus funeste à la religion que tous ceux qu'elle a soufferts pendant les années écoulées depuis qu'elle est agitée par les désordres et les guerres avec les hérétiques. »
On peut se demander , en effet , comment le cardinal de Lorraine, qui exerçait une si grande influence sur les affaires, n'eut pas assez de crédit pour détourner Catherine de Médicis d'un pareil traité. Mais on sait que la reine-mère ne recourait au cardinal que dans les circonstances difficiles , et quand elle ne pouvait se passer de son concours. Cette femme ambitieuse savait bien
4'29 qu'elle ne pouvait conserver la suprême autorité dans le gouvernement et maintenir sa puissance sur le roi , qu'en maintenant ré([ui!ibre entre les deux partis, et en tenant en échec , l'un par l'autre , les représentants des deu\ croyances. Le triomphe complet des catholiques ramenait inévitablement le cardinal de Lorraine au pouvoir, lui rendait sa toute-puissance. Or, elle ne pouvait se décider a subir l'ascendant de cet homme , qu'elle détestait. Quelques-uns des membres du conseil pensaient de même , et croyaient qu'il était de leur utilité que les rebelles ne fussent pas entièrement ruinés , aOn ùe conserver leurs places et d'éloigner de la cour les princes de la maison de Guise (0. De là ces mesures fausses , contradictoires , qui ne remédiaient au mal présent que pour charger l'avenir de plus grands embarras , et qui ne délivraient le gouvernement d'une crise actuelle que pour le faire retomber un peu plus tard dans une crise plus violente encore. Quand les menaces , les insultes des huguenots forçaient la royauté a sévir contre eux , on les poursuivait comme des rebelles, puis on s'arrêtait tout-a-coup, comme si on eût craint d'en avoir trop fait-, on se retirait du combat, abandonnant à l'ennemi des avantages plus grands que ceux dont il jouissait avant la guerre.
C'est ainsi qu'on habituait peu à peu les catholiques aussi bien que les protestants 'a chercher leurs chefs
(1) Relations des ambassadeurs vénitiens, t.ii, p. 119.
et leurs protecteurs ailleurs que dans la famille royale . qu'on excitait le mécontentement de la nation , et qu'on humiliait le gouvernement. Le tort irrémédiable d'une pareille politique était de perpétuer le désordre et de rendre les réactions inévitables. La Saint-Barthélemy devait être la conséquence de ce système.
CHAPITKE XX.
lîST-iL VRAI QUK Lis CARDINAL DE LOKRAINE SOIT UN DES PRlNCU'AUX AUTEURS DE LA SAlNT-b AUTHÉLEMY (1570-1572) i'
Le cardinal de Lorraine était trop intéressé a la destruction du calvinisme pour qu'on ne lui assignât pas un rôle dans le drame épouvantable de la Saint-Bartliélemy. Un poète du dernier siècle a trouvé beau de le représenter , dans une tragédie médiocre , bénissant les poignards qui devaient frapper les protestants (0. Si les fictions des poètes pouvaient être acceptées comme des faits historiques, il nous suffîrait, pour détruire celle-ci, de dire que le cardinal était h Rome depuis quelques mois , quand la Saint-Barthélémy éclata -, mais nous ne pourrions pas invoquer cet alibi contre les historiens qui le font complice de ce grand crime , car ils prétendent que ce voyage n'avait d'autre but que de couvrir
(1) CuÉNiER, dans son Charles IX.
les desseins de la reine-mère , de donner le change aux protestants, aûn de nnieux les attirer dans le piège qui leur était tendu parla cour. « On accuse universellement le cardinal de Lorraine d'avoir été un des auteurs du complot dont l'exécution approchait , » dit M. de Sismondi (0. En eflet, la plupart des historiens catholiques et protestants . habitués a le considérer comme le plus ardent promoteur de toutes les mesures violentes , affirment qu'il n'accorda la paix de Saint-Germain, de concert avec Catherine de Médicis, que pour se débarrasser d'eux par la trahison. « M. de Lorraine, dit Tavannes ^ avoit consenti au traité sous espérance d'attraper les huguenots désarmés (2). » L'auteur des Mémoires de l'eslat de France assure, de son côté, qu'il était du conseil secret dans lequel le massacre de la Saint- Barthélémy fut résolu (3) . Comme on ne voulait donner aucun soupçon aux protestants , il fallait dissimuler , et « le cardinal de Lorraine se porta tellement , que rien n'a esté découvert de son costé (*) . »
Pour mieux tromper les protestants , il s'élevait hautement contre le traité de Saint-Germain (0) , blâmait la
(1) Histoire des Français , t. xix , p. 138.
(2) Mém.de Tavannes , collection Petilot , t. xxvii, p. 192, 214.
(3) Tom. I, p. 95-158. — V. aussi \& Satire Ménippée : « Encore que M. vostre oncle fust à feuilleter son bréviaire en Italie , si estce que le jeu ne se fist sans son entremise. •> (T. i , p. 12 2. )
(4)^3/cHi. de l'estat de France, 1. 1 , p. 35.
(;.) Df. Tiinr, 1. \i.! , p. 51. — D*viL\, 1. v, p. 30'J.
conduite du roi , ses relations avec les chefs du parti , et enfin il se retira de la cour et partit pour Rome , afin de ne pas se trouver îi Paris quand le sang coulerait. A son départ, il avait eu soin de transmettre ses instructions a son neveu . et ayant appris a Rome « que les oiseaux estoient au filet , il envoya mémoire aux siens, tant de ceulx qu'il vonloit expressément qu'on saccageât que de ce qu'ils auroienl a faire après. Il leur recommanda bien expressément les quatre frères de Montmorency (0. » On surprit des lettres que lui écrivait l'archevêque de Sens , (( contenant en somme que le roy ne fust jamais mieux délibéré , et que pour le bon train auquel il voyoit ledict sieur roy. la royne , sa mère, et le duc d'Anjou , il estoit en très-grande espérance d'un heureux succès -, qu'au retour de l'amiral en cour, le roy s'estoit montré si accort, que les plus intimes en estoient estonnés -, que l'amiral estoit hors du soupçon : que c'esloit le moyen d'exécuter ce que le cardinal sçavoit bien ^ qu'on parloit de la guerre contre le roy d'Espagne , a quoy le roy auroit preste volontiers l'oreille : que l'amiral estoit en tout résolu et arresté-, qu'il falloit user de telles ruses, en attendant l'exécution de l'arrest du conseil secret ; que le roy d'Espagne avoit esté adverti de tout ; partant , prioit ledict cardinal de Lorraine ne doubter aulcunement , quelques pacquets qu'on luy envoyast , que le roy voulust changer la résolution; que
(1) Mémoires de l'estat de France, t. i , fol. l«fi-18y. — V. encore : Tocsain contre les massacreurs , l.wf). Ap. Arcli. cur., l. vu , p. 5.
dès quil y auroit quelque affaire exécutée , le cardinal en seroit adverty par homnie exprès et fidèle ; touchant les nopces du prince de Navarre, il espéroit qu'elles se feroient bientost, et que c'estoit l'entrée de l'exécution (1). »
Pour que ces accusations fussent fondées, il faudrait admettre que la Saint-Bartbélemy fût le résultat d'une froide et atroce combinaison préparée deux ans d'avance par Catherine de Médicis et ses conseillers. Ce système, adopté par la plupart des écrivains des deux derniers siècles , a été réfuté victorieusement de nos jours , et nous croyons inutile de reproduire ici les preuves nombreuses sur lesquelles s'appuie l'opinion de nos historiens modernes (2). Disons seulement , avec deux contemporains parfaitement dignes de foi, «que ce furent les insolences et les menaces que faisoient ceulx de la nouvelle religion qui donnèrent subject et occasion au roy (après l'assassinat de l'amiral) d'entreprendre contre eulx plus avant, et furent cause qu'il se résolut à l'effect de la Sainct-Barthélemy (3) -, qu'il y eut beaucoup de peine 'a faire consentir le roy, et, sans ce qu'on lui fit entendre qu'il y alloit de sa vie et de son estât , il ne l'eust jamais faict W. »
(1) Mémoires de l'csiat de France , 1. 1 , fol. 158.
(2) Voir \e Précis d'histoire de France par M. Poirsox, p. 182, 183.
(3) Mémoires de Chevesny, t. xnxvi , collection Pctitot , p. 48.
(4) Mém. de Marguerite de f^alois, t. xxxvii , p. 43. — Brantôme, t. III , p. 278 et suiv.
La Sainl-Bartliélemy ne lïit autre chose que l'explosion (les haines populaires contre les calvinistes. Elle lut la plus violente des réactions qui suivaient ordinairement les traités de paix et les édits de tolérance , parce que les haines s'accumulaient depuis longtemps , et surtout parce que la royauté se mit cette fois a la tête du mouvement. Les huguenots étaient généralement détestés, et ils étaient particulièrement odieux au peuple de Paris. Dès l'année 1561 , nous l'avons vu, le peuple les aurait écrasés , si les triumvirs ne l'avaient contenu par leur présence. La royauté n'avait qu'à donner le signal , elle n'avait qu'à lâcher la bride aux passions de la multitude , et le massacre commençait 5 les volontés étaient unanimes , et chacun était prêt , « quand le roi dirait : Frappez! à tirer son poignard de son sein et à frapper (1). »
Si tel est le véritable caractère de la Saint-Barthélémy , si elle fut un coup de désespoir de la royauté , exécuté par les mains du peuple , la conduite du cardinal de Lorraine après la paix de Saint-Germain s'explique facilement. Ce mécontentement , que les historiens protestants disent simulé , devait être l'effet naturel d'une paix qui lui semblait , ainsi qu'aux catholiques , le triomphe des rebelles et l'humiliation de la royauté. Cependant, la reine, qui poursuivait toujours le chimérique projet de concilier les deux reli-
(1) SiSMONDi , llisl. des Français , t. \ix, p. 88.
gioiis , invitait les princes , l'amiral et les autres chefs des protestants aux noces du jeune Charles IX, qui eurent lieu vers la fin de l'année lo70. Le cardinal de Lorraine , qui avait négocié ce mariage , refusa d'y assister, pour ne pas voir à côté de lui le meurtrier de son Irère et les autres ennemis de sa maison. Le roi ayant insisté pour qu'il y vînt , il dut obéir , et il s'y rendit avec ses neveux. Mais la haute faveur dont jouissaient les Montmorency , l'arrivée de l'amiral lui firent bientôt comprendre que sa politique allait être encore une fois abandonnée. En effet Charles IX parut se livrer complètement a Coligny, et Ton ne parla plus bientôt à la cour que de la guerre contre l'Espagne. Ce jeune roi , mobile , exalté dans ses sympathies comme dans ses haines, ne parlait plus des princes lorrains qu'avec mépris. Le cardinal de Lorraine refusa de s'associer a la politique protestante , qui semblait prévaloir alors , et il quitta la cour «sans artifices (i), » et pour les mêmes motifs qui avaient déjà amené sa retraite au commencement de ce règne.
Loin de croire que le cardinal de Lorraine prépara la Saint-Barthélémy par ses conseils , nous pensons , au contraire . que . s'il eût été en ce moment a la cour, il aurait épargné a la France la honte de cette épouvantable trahison. Il est certain, en effet, que ce fut l'assassinat de Coligny qui fut l'occasion du massacre,
(1) Mém de Tavonncs , année 1571, p. 197.
et que la reine-mère , qui voulait s'en débarrasser , « croyant tout le party huguenot consister dans sa teste (U, » prolita de l'absence du cardinal pour réveiller dans l'âme du jeune duc de Guise l'amour de la vengeance, et armer son bras contre l'amiral. Il n'était que trop facile d'amener Henri de Lorraine a tuer le meurtrier de sonpère. Dans ces temps malheureux où la vengeance était « une des vertus courlisanesques , » le duc de Guise devait accepter avec joie le rôle qu'on lui confiait. Depuis longtemps il demandait au roi la permission de vider la vieille querelle de sa maison avec l'amiral dans un combat singulier , et , tout récemment encore , il avait fallu que le roi intervînt pour apaiser leur animosité. Suivant l'auteur des Mémoires de V estât de France (."i) , qui ne voit en cela qu'une ruse , il paraît que le cardinal avait, a son départ , recommandé à son neveu « de vivre paisiblement , afin d'attirer à soy les cœurs de ceulx de la religion ; » mais, a la voix de la reine-mère , qui donnait un libre cours à sa vengeance , Henri de Guise eut bientôt oublié ce conseil. L'assassinat de Coligny fut résolu. Bientôt on alla plus loin qu'on n'aurait voulu. Au milieu de la fermentation produite dans Paris par cet assassinat, la reine-mère, n'ayant autour d'elle que des fanatiques comme Tavannes et des Italiens comme Retz et Biragues , se jeta , sous une im-
(lj Mcm.. de Tavanm-s , année Ij?!, p. 293. {?.) Tom. 1, fol. 54.
pression de terreur, dans une résolution violente , sans en avoir calculé la portée : elle fit ordonner la mort des calvinistes, ^'ous n'avons pas à retracer ici l'histoire de ces funèbres journées ^ nous tenons seulement à démontrer qu'il n'y a rien de commun , quoi qu'on en ait dit . entre la politique du cardinal de Lorraine et celle qui enfanta la Saint-Barthélémy. Qu'au temps de François Il . il ait provoqué la condamnation d'un prince rebelle qui avait allumé la guerre civile dans le royaume , et qu'il ait voulu faire tomber sa tête : qu'il ait eu l'intention de punir les autres chefs de la rébellion , c'est ce qui est incontestable. Il est certain aussi qu'à moins d'admettre que la révolte est permise quand il s'agit de la liberté de conscience , ces mesures étaient commandées par une impérieuse nécessité , et regardées par la majorité comme un moyen infaillible de rétablir la paix. « C'est une opinion commune , dit l'ambassadeur vénitien Correro , qu'il aurait suffi , dès le commencement , de se débarrasser de cinq ou sis têtes, et pas davantage. On aurait brisé par ce moyen l'organisation si compacte de la conspiration ^ on aurait intimidé la noblesse et découragé le peuple; après leur avoir enlevé les chefs principaux, les nobles se seraient soumis d'eux-mêmes, et le roi n'aurait eu besoin que de ne pas les regarder avec faveur et de ne pas les employer a son service, pour que l'ambition et l'avarice qui les dominaient les eussent poussés a changer d'opinion. Quant aux pauvres gens , dénués de l'autorité et de l'appui de leurs chefs, ils au-
raient été poussés à la messe comme un troupeau qu'on chasse avec le bâton Oh »
Catlicriuo de Médicis parut vouloir appliquer ce remède en 4572, et elle disait elle-même qu'elle n'avait voulu faire périr que six hommes. Mais frapper ainsi les calvinistes en pleine paix, au milieu des fêtes de la cour, où on les avait conviés dans un but de pacification ; livrer Coligny au ressentiment du duc de Guise, parce qu'après l'avoir accablé de faveurs , on commençait à redouter son ascendant 5 égorger ses coreligionnaires, parce qu'on redoutait une vengeance provoquée par un assassinat inutile ; transformer ainsi le gouvernement en un sombre conspirateur qui tue son ennemi désarmé au milieu des ténèbres de la nuit, quand on l'a rencontré si souvent au grand jour, les armes à la main et en pleine révolte ; mettre le poignard ou larquebuse entre les mains de la royauté, quand elle aurait pu tant de fois se défendre par un loyal emploi de la force , ou par la légitime application des lois : voilà ce qui est en même temps la plus grande des fautes et le plus horrible de tous les attentats politiques.
Jamais Catherine de Médicis n'aurait été amenée la , si elle avait toujours obéi aux conseils du cardinal de Lorraine; si, au lieu de flotter continuellement entre les deux partis qui divisaient la France, au lieu de passer tour a tour des Guises aux Châtillons , ou de gouverner
{\) Fxdat. des ambassacl. vénitiens , Jean Cobrero , t. h , p. tt7.
u\ec les uns et les autres, suivant l'intérêt du moment , elle était restée , dès le commencement , fidèle à la politique des règnes précédents, si son amour excessif du pouvoir ne l'avait pas aveuglée sur les véritables besoins de la nation. Pour réaliser son chimérique système , elle se vit condamnée a subir l'une après l'autre deux intluences rivales et qui tendaient l'une et l'autre à absorber le pouvoir auquel , dans sa pensée , elles devaient servir d'équilibre. Après s'être épuisée en vains efforts pour arriver a son but , qui était de maintenir l'autorité royale sous sa tutelle, elle comprit que le pouvoir n'était tombé des mains du cardinal que pour passer dans celles de Coligny , « et alors , jugeant qu'il n'y alloit pas seulement de Testât de France , mais, ce qui esloit plus proche, du gouvernement d'icelle, de la renvoyer a Florence , » elle résolut de séparer a jamais la royauté du parti protestant. La Saint- Barthélémy éclata.
On croit établir la complicité du cardinal de Lorraine avec Catherine de Médicis , en rappelant les démonstralions de joie auxquelles il se livra a Rome quand il reçut la nouvelle du massacre , et la proclamation qu'il fit attacher 'a la grande porte de l'église Saint-Louis. On ajoute « qu'il donna milleescus d'or à celuy qui luy apporta cette nouvelle tant désirée , et qu'il déclara que non-seulement la France, mais aussi toute la chrestienté avoitreçu un bien incroyable , et qu'il se réjouissoit grandement que ceulx de sa maison, principalement , avoient, par la
singulière clémence de Dieu, esté les exécuteurs d'un faict si grand et si mémorable (0, »
Que le cardinal de Lorraine ait partagé la joie qui éclata dans le monde catholique à la nouvelle des événements de Paris, cela est certain ; s'il en rendit de solennelles actions de grâces a Rome , si Grégoire XIII alla processionuellement de l'église Saint-Marc à celle de Saint- Louis, s'il indiqua un jubilé, s'il lit frapper une médaille, toutes ces félicitations eurent moins pour objet de remercier Dieu et de féliciter le roi de l'extermination des huguenots, que de la découverte et de la punition d'une conspiration formée contre Sa Majesté C^). C'est sous ces couleurs , en efifet , que le jeune roi présenta l'affaire au parlement , et qu'il l'annonça à toutes les cours de la chrétienté. On conçoit dès lors que la nouvelle du massacre, dépouillée de tous les détails qui pouvaient le rendre odieux, fut accueillie avec joie; on comprend ces ardentes félicitations qui furent adressées au jeune roi, dont la couronne et la vie peut-être venaient d'échapper encore une fois aux menaces de ses ennemis. Pour admettre d'ailleurs la vérité de ce récit des historiens protestants, il faudrait accepter le système entier de l'auteur des Mémoires^ qui, comme on sait , a faussé tous les faits , en a même inventé plusieurs pour établir la préméditation.
(1) Mém. de l'estai de France , 1. 1, p. 172. — Arch. cur., t. vu, p. 361 et suiv.
(2) Voyez l'intéressante dissertation de Caveyrac , dans les Arch, cur., t. vil , 1"^ série, p. 478 et suiv.
D'ailleurs , le duc de Guise ne fut lui-même que l'instrument de Catherine de Médicis dans ces sanglantes journées, et les protestants nous apprennent que les princes lorrains donnèrent asile a un assez grand nombre de proscrits. « Quelque semblant qu'ils fissent , ils s'y déportèrent assez doucement , et comme si leur cholère fust apaisée par la mort de l'amiral, ils gardèrent a beaucoup la vie , mesme en leur maison de Guise , où le seigneur d'Acier et quelques autres huguenots se récrièrent , tellement qu'à leur retour le roy leur en fit mauvais visage, croyant que ceulx qui estoient réchappes n'estoient sauvez que parleur faute (0. »
Enfin , et ceci étonnera sans doute ceux qui veulent que le cardinal de Lorraine ait trempé dans la Saint- Barthéleray , loin que le but de son voyage à Rome fût de voiler les desseins de la cour et de faciliter l'extermination des calvinistes, il est certain pour nous que cette démarche était encore une tentative faite pour rapprocher les partis. On sait que le mariage du prince de Béarn avec la princesse Marguerite de Valois fut comme le complément de la paix de Saint-Germain, et que la cour se proposait par la de cimenter a jamais l'union des catholiques et des protestants. On espérait au moins par ce mariage enlever aux calvinistes le jeune et brillant prince autour duquel se ralliaient toutes leurs espéran-
(1) Brantôme, t. m , p. 4G. — Voyez aussi \e Réveille-matin des François, dans le&Arch. cur., t.vi, p. 188, 189. — Le tocsain contre les massacreurs , ap. Arch.cur., t. vu , p. 75.
ces. Le cardinal (Je Lorraine, qui avait autrefois ofl'erl la main de sa nièce , Marie Stuart , au prince de Condé, appuya ce projet ; et , comme l'austère Pie V refusait obstinément les dispenses nécessaires à ce mariage , il se chargea d'aller négocier cette affaire à Rome. Grégoire XIII , qui venait de succéder à Pie Y , se montra moins difficile que son prédécesseur et le cardinal de Lorraine obtint celle dispense si impatiemment attendue. Si donc le mariage du roi de Navarre avec Marguerite de Valois n'était pas un piège tendu aux princes et a la no* blesse calvinistes (0, le cardinal de Lorraine, dans cette
(l) Si , comme le prétendent les historiens protestants , le mariage du roi de Navarre et de Marguerite de Valois était le moment choisi pour l'exécution, on ne voit pourquoi elle fut retardée jusqu'au 24. Le mariage avait eu lieu le 18 : pourquoi laisser passer six jours pendant lesquels un grand nombre de gentilshommes huguenots avaient déjà quille Paris , et étaient retournés dans leurs provinces ? Si ce fait ne suflit pas pour exclure toute idée de préméditation , au moins il accuse une singulière maladresse de la part de la cour. Pourquoi, d'ailleurs , le cardinal de Lorraine , cet homme si avide du pouvoir, n'cst-il pas là pour recueillir le fruit de la victoire des catholiques ? Comment laisse-t-il son neveu, un jeune homme de vingt-deux ans, le chef de sa famille , au milieu de tous les dangers qu'il va nécessairement courir dans cette elfroyahle mêlée? Pourquoi emmène-t-il avec lui en Italie le jeune Charles de Mayenne et d'autres champions de la maison de Lorraine , au moment où leur présence serait si nécessaire à Paris ? Comment le cardinal de Lorraine, qu'on rappelle toujours à la cour, quand le gouvernement est à la veille d'une crise, s'éloigne à l'heure où le projet qu'il a poursuivi toute sa vie , dit-on , va s'accomplir ! Le cardinal de Lorraine a figuré comme principal acteur dans tous les événements qui se sont passés depuis douze ans , et il déserte le théâtre de la lutte , lorsque le but qu'on prête à sa politique va être atteint! Nous ne pouvons admettre cette hypo-
iU circonstance, resta fidèle a sa conduite antérieure. C'était . en effet , servir les intérêts de l'état et donner à la tranquillité publique un nouveau gage de durée , que de rattacher le jeune chef des protestants à la famille royale, et de l'intéresser, par son mariage, a sa conservation , et par conséquent à celle de la monarchie.
thèse. Le cardinal de Lorraine, d'ailleurs, était assez fort pour ne p<ts être obligé de recourir à la perfidie. Quelque jugement qu'on porte sur sa politique , il faut convenir au moins que ce n'est ni la hardiesse, ni la fermeté qui lui ont manqué. Or , la Saint- Barthélemy est le crime de la faiblesse; c'est une inspiration de la politique italienne , réalisée par le fanatisme de la multitude. Jamais un gouvernement réiiulier n'a procédé en France par de tels moyens.