‹ Le cardinal de LorrainChapitre 22 sur 23 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Maintenant que nous avons étudié le cardinal de Lorraine dans tous les grands actes de sa vie publique, nous sommes en mesure d'exprimer un jugement sur son compte.

Pour résumer plus clairement notre pensée, nous l'apprécierons sous le double point de vue de sa politique intérieure et extérieure.

Il y a deux périodes bien distinctes dans la direction qu'il a imprimée à la France pendant qu'il fut au pouvoir. La première embrasse le règne de Henri II , et la seconde, les règnes de François II et de Charles IX.

Pendant la première période , il pousse incessamment à la guerre contre l'Espagne , parce que, sous Charles^ Quint et Philippe II , l'ambitieuse maison d'Autriche travaille sans relâche a abaisser la France et a fonder sa suprématie en Europe. Il est tour à tour l'allié et l'ennemi des papes, suivant que ceux-ci prennent parti pour ou contre la France dans la lutte. Libre et indépendant à l'égard du chef de l'Eglise, quand il s'agit des intérêts temporels du royaume , il obéit , dans tous ses actes , à un sentiment profond de la dignité nationale , et il est faux qu'il ait précipité la France dans des guerres continuelles , sans autre but que celui d'élever sa maison et de se maintenir au pouvoir.

Il est également faux qu'à une certaine époque il ait conseillé la paix au roi de France et imposé au pays de honteux sacrifices pour procurer a sa famille l'alliance et la protection de l'Espagne. Ami de la paix , dont mieux que personne il appréciait les avantages , disposé pour la rétablir à faire des concessions, jamais , même dans les plus fâcheuses extrémités, il n'admitla pensée de l'acheter au prix de conditions qui eussent déshonoré la France.

4ôi C'est pour cela qu'il s'opposa tant (ju'il put au traité de Cateau-Camhrésis. Il fut jusque là un des représentants les plus intelligents et les plus fermes de celle politique éminemment française qu'inaugura François I"", que continua Henri IV, et qui , sous Richelieu et Mazarin, établit définitivement la prépondérance de la France en Europe.

Aussi longtemps que des circonstances impérieuses ne vinrent pas entraver le développement naturel de cette politique, le cardinal de Lorraine s'en montra le chaud partisan. Mais quand de graves motifs eurent déterminé Henri II à faire la paix , quand la mort imprévue du roi eut placé la couronne sur la tête d'un prince à peine sorti de l'enfance, et que les troubles religieux commencèrent à agiter le royaume, il fallut ménager avec soin un rapprochement qu'on avait acheté si cher -, l'alliance espagnole, quelque dangereuse qu'elle fût, devint une nécessité pour la France. Comme on ne pouvait avoir Philippe II pour ennemi , il fallut le subir comme ami.

ÏV.

Le cardinal de Lorraine ne fut point , comme on l'a dit, le représentant delà politique espagnole en France.

il reçut des conseils, jamais des ordres de Philippe U. Tant que le cardinal tint en main le pouvoir , il accepta les secours du monarque espagnol , mais non sa protection. Ses relations avec l'Espagne ne furent point fondées sur des intérêts de famille , mais commandées par les besoins de la France , à qui il fallait un puissant allié pour combattre le protestantisme soutenu par la reine d'Angleterre et les princes d'Allemagne. Sans doute ces relations ont fini par être utiles à Henri de Guise , chef de la Ligue , et funestes à la France ; mais ce fut a mie époque où le mouvement catholique s'organisa en dehors de la royauté , où la France n'eut plus un homme assez fort pour contenir le mouvement , et le diriger au nom et sous l'influence du roi. Or, tel avait été précisément le rôle du cardinal de Lorraine sous Charles IX , et on pourrait presque affirmer que, s'il eût vécu, jamais le Balafré, son neveu, ne fût devenu chef de parti contre la royauté.

La politique intérieure du cardinal de Lorraine fut la continuation de celle de Henri H et de François ?% politique qui consistait à maintenir en France la religion catholique et la royauté absolue. La réforme, en fait , était hostile a l'une et à l'autre , et son triomphe les entraînait infailliblement dans une ruine commune. Quand,

k l'avènement de JFrançois II, le catholicisme se trouvai sérieusement menacé par les tentatives audacieuses des réformés, et, sous Charles IX, par l'esprit même du gouvernement 5 quand la royauté fut d'ahord attaquée dans ses ministres, puis circonvenue , fourvoyée par les chefs protestants, le cardinal soutint énergiquement ces deux institutions fondamentales du pays contre des innovations que repoussait le génie national et contre la réaction aristocratique qu'avait provoquée rétablissement de la monarchie absolue sous les règnes précédents. Sous ce double point de vue , il a rendu un véri^ table service au pays , car il l'a maintenu dans la seule voie où il pouvait trouver la puissance et la grandeur^

La France pouvait-elle devenir protestante.^ Non : elle ne le pouvait ni ne le devait. En embrassant le protestantisme, elle se jetait hors des routes naturelles où la poussaient ses antécédents et son génie particulier. Chaque nation a , ce semble , son rôle historique et traditionnel qu'elle ne peut abandonner sans cesser d'être elle-même. En renonçant au catholicisme, qu'elle avait toujours défendu et qui s'était identifié avec ses institu-* lions, la France reniait son passé et compromettait sort avenir.

Page 1