‹ Le cardinal de LorrainChapitre 6 sur 23 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

TRAITÉ l)K CATEAU-CAMBRÉSIS; RÔLE DU CARUliNAL DE LORRAINE DANS LES NÉGOCIATIONS RELATIVES A CE TRAITÉ.

Le traité de Cateau-Cambrésis, qui intervint bientôt , excita les murmures et l'indignation de la France, que cette guerre avaitépuisée. Les étrangers s'en moquaient, dit Brantôme, et ceux qui aimaient le plus la France en pleuraient ('). Pasquier compare celte paix à celle que l'empereur Jovien conclut avec le roi de Perse, « et qui fut tant décriée de toute l'ancienneté (2). » Pour apprécier la légitimité de ces plaintes et de ces réclamations presque unanimes , il faut savoir que le traité de Cateau-Cambrésis enlevait , d'un seul trait de plume , à la France les conquêtes de plusieurs années , et une éten

(1) Brantôme, Femmes illustres , t. v, p. 232.

(2) Et. Pasqiiier, t. II ,1. XV , p. 221.

due de pays qui égalait le tiers du royaume. « Les alliés y furent trahis, les capitaines abandonnés à l'ennemi , la vie de tant de François négligée . cent cinquante forteresses rendues h Tennemi , pour tirer de prison un vieillard connétable, et se décharger de deux filles de France , qui fut une pauvre couverture de lascheté. Paix blâmable dont les flambeaux furent les torches funèbres du roy Henry II CO, »

Il importe , pour l'honneur des ministres qui dirigeaient alors les destinées de la France , de constater la part de responsabilité qui leur revient dans les négociations dont le traité de Cateau-Cambrésis fut le résultat. Or, l'un de ceux qui jouèrent le principal rôle dans ces négociations fut le cardinal de Lorraine. Aussi, cette paix a-t-elle été pour lui le sujet des accusations les plus graves qui puissent peser sur la mémoire d'un homme d'état. Tous les historiens ont placé à cette époque l'origine des relations de la maison d(! Lorraine avec l'Espagne ; et ils ont aflirmé que le cardinal de Lorraine acheta alors la protection de Philippe II pour sa maison , au prix des plus lâches concessions el des sacrifices les plus onéreux pour la France. Comme on ne veut point ici atténuer la gravité de l'accusation , il faut faire connaître l'opinion de nos plus modernes et de nos plus renommés historiens sur ce sujet.

(I) Mcmoircs de Tavnnnes. Collection Petitot , l. \xiv, p. 242.

« Le cardinal de Lorraine avait changé de vue et de direction , dit l'un d'eux , depuis une conl'érence qui avait eu lieu à Péronne , au mois de Mai , entre lui et le cardinal Granvelle. L'évêque d'Arras persuada au cardinal de Lorraine qu'il n'y avait plus que deux partis en Europe ^ que les Guises devaient être les chefs du parti orthodoxe en France, et les alliés de l'Espagne, Dès lors , la foi de Philippe II fut engagée a la maison de Lorraine contre tous ses adversaires ; mais il fallait des gages en échange; il fallait sacrifier à cette alliance toute la grandeur et la dignité de la France, immoler l'état a la faction. Le duc de Guise hésita; le cardinal de Lorraine n'hésita pas ; le pacte fut accepté , et cette liaison des princes lorrains avec l'Espagne , source de tant de calamités , ne fut plus interrompue. Le cardinal de Lorraine , qui avait vendu la France , ne demanda pas mieux que de voir Montmorency se charger de la livrer (0. »

Le savant Sismondi exprime la même opinion et le même jugement : « Les Guises , dit-il , prétendant toujours s'élever à l'aide du fanatisme catholique , ne mettaient plus un grand zèle a cette guerre contre l'Espagne. Ils commençaient a comprendre que Philippe II était l'allié qui leur convenait le mieux. Dans une conférence que le cardinal de Lorraine et le cardinal Granvelle eurent ensemble , ils convinrent que la guerre

(1) Histoire de France par Henri Martin , tom. ix , p. 610 , GH

7^2 n'avait plus d'objet, et que rien n'était plus désirable que la paix. Les deux prélats , complètement d'accord , se lièrent d'amitié intime , et jetèrent les fondements de l'alliance des Guises avec la maison d'Espagne (i). »

Yoila le cardinal de Lorraine transformé en criminel d'état , qui vend son pays pour devenir l'ami du roi d'Espagne! Heureusement, nous ne sommes pas tenus de croire à ces mensonges devenus traditionnels. C'est l'illustre de Thou qui , sans le savoir peut-être , se faisant l'interprète des rancunes du parlement et des calomnies du protestantisme contre la maison de Lorraine, a donné cours a ces impostures qui sont , pour ainsi dire, des axiomes historiques. C'est lui qui, le premier, a prêté la clarté et le charme de sa narration au récit de cette mémorable entrevue , où le cardinal de Lorraine semble avoir été tout a la fois la dupe du cardinal Granvelle et traître envers la France. Il faut citer encore ce curieux récit.

{( La duchesse Christine, mère de Charles, duc de Lorraine, s'était avancée jusqu'à Péronne, avec l'agrément du roi , pour y conférer avec son fils. Le cardinal de Lorraine obtint du roi la permission de se rendre au même endroit avec le duc , son frère. On parla des moyens de faire la paix , et il paraît qu'Antoine Perrenot , évêque d'Arras , qui accompagnait Christine , par l'ordre du roi d'Espagne , eut avec le cardinal des con-

-t) SisMONUi , Histoire des Français , t. xviii , p. 74 , 75,

férences secrètes, dans lesquelles il lui représenta que le roi d'Espagne était très-fàché que des guerres allumées par des motifs d'ambition entretinssent une désunion fatale au vainqueur même-, que l'inimitié, augmentant de jour en jour, épuisait peu a peu les forces des deux nations ; qu'elles devaient plutôt s'unir contre leur ennemi commun et celui de toute la chrétienté ; qu'au reste , les deux nations avaient un ennemi beaucoup plus dangereux 5 qu'elles nourrissaient dans leur sein l'hérésie , qui , à la faveur de la désunion des princes , répandait son poison partout ; qu'on ne pouvait y remédier tant que la guerre durerait, etc., etc.

» Que le cardinal mériterait la reconnaissance et la vénération de tous les gens de bien , s'il engageait le roi à consentir à la paix , et s'il unissait , par ce moyen , deux princes puissants, pour joindre toutes leurs forces en faveur de la religion.

» Perrenot , homme pénétrant , découvrit facilement l'effet de ce discours sur l'esprit du cardinal de Lorraine.

» Il ajouta que le génie tutélaire de la France avait conservé , au milieu des malheurs qui l'avaient accablée , le cardinal de Lorraine et le duc de Guise , son frère , pour exécuter un projet si salutaire à leur roi , et qui intéressait la gloire de Dieu même; si utile au royaume , dont les disputes de religion altéraient la tranquillité , et qui comblerait de gloire la maison de Guise , en lui attirant la vénération des peuples , dont

ils avaient intérêt de ménager ratfection , pour prévenir (les révolutions inopinées.

» L'évéque d'Arras , voyant que la ruse réussissait , et que l'ambitieux cardinal ne pouvait entièrement dissimuler la joie secrète qu'un discours si flatteur lui causait , ajouta encore : Dans les circonstances présentes , je ne crois pas qu'il y ait un plus puissant moyen de remédier à tous ces maux, qu'une paix assurée entre deux princes qui ont autant de puissance que de zèle pour la religion.

» Mon maître ne désespère pas de réussir dans cette grande afi'aire , si vous voulez y concourir avec lui et l'aider de vos conseils ; il vous demande votre amitié comme il vous ofi're la sienne par mon ministère , en vous engageant sa foi qu'il sera toujours votre protecteur et celui de votre illustre maison. Comme une entreprise de cette importance demande un grand secret , je prendrai , dans la suite , de si justes mesures , que , sans donner lieu a des soupçons et sans hasarder votre réputation , nous pourrons agir de concert , en communiquant ensemble par le moyen de certaines personnes qui paraîtront n'avoir de commerce qu'entre elles.

» Le cardinal reçut avec joie des propositions si honorables et, en même temps, si avantageuses a ses frères et à toute sa maison , déjà très-puissante en France ; il remercia Perrenot . en lui disant que son mérite justifiait le choix que le roi d'Espagne avait fait de lui pour êlre l'arbitre et le médiateur d'une aûaire de cette im»-

i)ortance ^ il lui promit de faire pour les intérêts de son maître tout ce qui dépendrait de lui et de ses frères. Telle lut la base de l'amitié , et tel fut le motif des complots des princes lorrains avec l'Espagne. Si les circonstances les ont quelquefois obligés d'abandonner la suite de leurs premiers projets , ils y sont bientôt après revenus. Ainsi , l'on se retira de part et d'autre de Péronne (0. »

Voila l'acte d'accusation : maintenant voici la défense. Il s'agit de prouver : 1" que l'entrevue du cardinal de Lorraine et du cardinal Granvelle fut loin d'être aussi courtoise , aussi affectueuse que le prétend de Thou, et que les deux ministres, représentants de deux puissances rivales , se retirèrent fort mécontents l'un de l'autre -, 2" que le cardinal de Lorraine n'avait nullement changé de direction , ainsi que l'affirment les deux historiens modernes cités tout-a-l'heure , et qu'il voulut la continuation de la guerre jusqu'à ce que la paix pût se faire honorablement ; 3" qu'il est faux que les relations intéressées de la maison de Lorraine avec l'Espagne aient commencé a cette époque , et que le cardinal ait recherché par des moyens indignes la protection de Philippe IL Si , sur ces trois points , nous pouvons parvenir à une démonstration complète , nons aurons éclairci un fait important de l'histoire de France , et en même temps nous aurons détruit une

(1) De Thou, l.xx, p. 225, 226.

des |jl(!s terribles accusations qui puissent être dirigées contre un homme d'état , celle d'avoir trahi son pays. Plusieurs motifs sollicitaient Henri II à conclure la paix avec l'Espagne. La France s'était épuisée pour soutenir cette guerre , et il fallait lui donner du repos. D'un autre côté , l'hérésie , a la faveur de la guerre , faisait de rapides progrès ; elle envahissait l'armée , la magistrature , et se montrait presque aussi menaçante pour l'autorité royale que pour la religion catholique. Ce n'est pas tout : Henri H désirait ardemment revoir son premier ministre , le connétable de Montmorency , prisonnier des Espagnols depuis la bataille de Saint- Quentin. La duchesse de Yalentinois, dont les princes lorrains commençaient à s'éloigner , soupirait aussi après le retour de son ami , qui pouvait seul contrebalancer à la cour le crédit du cardinal et de son frère. Le roi, sous la double influence des conseils de sa maîtresse et de son attachement au connétable . engageait fortement celui-ci , dans une correspondance secrète, à se rachètera quelque prix que ce fût; le faible monarque poussait même la condescendance jusqu'à l'informer de tout ce qui se passait à la cour. Les ministres d'Espagne, qui visitaient souvent le connétable dans sa prison , ne purent longtemps ignorer son intimité avec le roi , et ils ne tardèrent pas à avoir le secret des divisions qui régnaient à la cour de France. Ils conçurent l'espérance d'en profiter pour amener Henri II à une paix avantageuse à l'Espagne.

Le cardinal de Lorraine en lut également informé par ses émissaires dans les Pays-Bas , et par le maréchal de Saint-André qui lui était dévoué; et, comme il voulait savoir ce qui en était , il provoqua cette entrevue de Péronne dont nous avons parlé. La proposition en fut faite a la duchesse de Lorraine , qui amena avec elle à Camhrai le comte d'Egmont , l'évéque d'Arras et le président Viglius. Jusque la le roi d'Espagne comptait si peu sur les intentions pacitiques du cardinal de Lorraine , qu'il écrivait h l'évéque d'Arras , partant pour Cambrai : « que la démonstration que ledit cardinal faisoit de désirer la paix estoit chose feinte à la françoise pour l'abuser ; qu'il n'y avoit espoir que les François fissent rien par vertu , ny qu'ils vinssent à conditions raisonnables de paix (i). »

Cette entrevue , nous allons le voir, ne modifia nullement les dispositions du ministre français. On se montra d'abord très-froid et très-réservé de part et d'autre. Les ambassadeurs d'Espagne , persuadés que les Guises ne voulaient point sincèrement la paix , affectaient de se regarder comme des hommes privés , sans mission et sans pouvoir.

Le cardinal de Lorraine , de son côté , ne voulait faire aucune avance , et il ne s'ouvrit sur le véritable motif de l'entrevue que sur les instances de la du-

(1) Papiers d'état du cardinal Granvelle. Dans la Collection des documenté, inédits, t. v, p. 16*5.

1S chesse de Lorraine. Il dit alors que . lui aussi , il étaiiL sans caractère ofliciel : mais que , comme homme , comme ministre des autels, il devait, autant qu'il était en lui , s'efforcer de faire régner partout l'union et la concorde ; que , dans cet esprit , il allait , comme archevêque de Reims , s'adresser à Monseigneur d'Arras , son suffragant. Il ajouta que le roi , son maître , était disposé à faire quelques sacrifices à la paix ; et que , si le roi d'Espagne était dans les mêmes dispositions, on pourrait immédiatement convenir d'une trêve qui donnerait ouverture à des conférences régulières. Il exposa ensuite les préliminaires d'après lesquels on pourrait établir une paix définitive. Le roi occupait un certain nombre de places dans le Luxembourg et le Hainaut ; le roi d'Espagne en possédait aussi quelquesunes dans la Picardie ; rien n'était plus simple que de procéder à un échange et de le cimenter, si on voulait, par un mariage. Le plus grand embarras provenait desalliés , et surtout du duc de Savoie , dont les états avaient été conquis par la France. Il serait injuste , disait le cardinal de Lorraine , que l'on exigeât la reslitution de la Savoie et du Piémont, si l'on ne consentait a rendre le duché de Milan et la Navarre.

Après qu'il eut proposé les différents moyens qui pouvaient concilier les intérêts des diverses puissances , le cardinal Granvelle conféra un moment avec ses collègues, et répondit d'une manière assez hautaine que l'on s'attendait a quelque chose de nouveau , et non a des pro-

positions dix fois mises en avant , et dix l'ois rejetées : que, sans entrer plus avant dans la discussion, il se contentait de faire remarquer que les derniers traités avaient réglé définitivement ce qui concernait le duché de Milan et la Navarre , et que , ranimer ces vieilles querelles , c'était vouloir éterniser la guerre ; que l'on ne pouvait espérer de paix qu'en prenant pour base le dernier traité -, qu'en se restituant mutuellement toutes les places conquises pendant le cours de cette guerre 5 que la France , en recouvrant les places qui lui avaient été enlevées dans la Picardie , devait rendre au roi , son maître , celles qu'elle tenait dans le Luxembourg et le Hainaut -, aux Anglais, Calais, Guines-, aux Allemands , Metz , Toul et Verdun 5 au duc de Savoie , ses états héréditaires , sauf ce qui pouvait revenir au roi de la succession de son aïeule ; aux ducs de Mantoue , le Montferrat -, aux Génois , l'ile de Corse : au duc de Florence , les places de la Toscane. Ces restitutions, ajoutait-il , peuvent paraître dures ^ mais elles n'en sont pas moins justes, ni moins utiles a la France. D'ailleurs, n'avait-elle pas à combattre dans son sein un nouvel ennemi , l'hérésie , qui grandissait de jour en jour, et qui déjà avait gagné la tête de la société? En même temps , il lui révéla l'existence d'un prétendu complot formé par les calvinistes ; ce qui , du reste , n'émut pas beaucoup le cardinal , qui ne vit la qu'un ëpouvantail dont se servait l'Espagne pour faire acheter la paix a un plus haut prix. Granvelle termina en disant

que les propositions de la France élaient si déraisonnables , qu'il ne croyait pas même devoir les communiquer a son maître (0.

Le cardinal de Lorraine n'était guère plus satisfait de ce qu'il avait entendu , ainsi que le prouve la lettre qu'il écrivait quelque temps après au maréchal de Saint-André :

<( Quant à la négociation , je la treuve en fort maulvais état , et si indignes réponses que M. d'Arras a faites , dont n'espéroye pas moins ; car ils ont une façon de faire , quand on les recherche , et cuydent que nous sommes en telle nécessité , que nous devons les rechercher a mains jointes. Qui m'en croiroit , ils parleroient doresnavant les premiers (2), »

L'entrevue avait eu lieu vers la fin de Mai , et cette lettre est du mois de Septembre. On voit que le cardinal pensait toujours de la même manière.

Tel fut le résultat de cette démarche qui a donné lieu aux. reproches graves que nous connaissons. Ceux qui prétendent faire remonter à cette époque les relations intéressées de la maison de Lorraine avec l'Espagne , n'ont certainement puisé cette découverte ni dans la

(1) Nous donnons ici l'analyse deGarnicr, le seul historien qui paraisse avoir eu connaissance des relations manuscrites du cardinal de Lorraine et du cardinal Granvelle. « Cette dernière , dit-il , est un pamphlet mordant contre la maison de Lorraine. » Voyez Hisl. de France, t.xxvii, p. 485 et sniv.

(2) Papiers d'état de Granvelle, Lotir c du cardinal de Lorraine, du 15 Septembre 1558, t. v, p. 204.

relation du cardinal de Lorraine , ni dans celle de l'évêque d'Arras , les seuls documents qui soient dignes de foi (0.

Malgré le peu de succès de celte entrevue , le cardinal de Lorraine ne se repentit pas de s'y être engagé , parce qu'il en avait lire les éclaircissements qu'il désirait. En pensant 'a la fierté des ministres espagnols et à la dureté des conditions qu'ils venaient de proposer, il conclut que , quelque envie qu'eût le roi de tirer de leurs mains le connétable , il ne consentirait point a le racheter à un si haut prix.

Les hostilités continuèrent -, et , au mois de Septembre, les deux armées se trouvèrent en présence sur les frontières de la Picardie. On s'attendait à une bataille , quand les négociations furent reprises.

Le roi d'Espagne n'était pas moins fatigué delà lutte que le roi de France , et il désirait la paix par les mêmes motifs. Il savait bien qu'il ne pouvait l'obtenir par l'entremise des princes lorrains ; car, outre que le sentiment national ne leur permettait pas d'accepter des conditions désavantageuses à la France , l'intérêt particulier (2) leur conseillait de continuer une guerre , où l'on avait besoin du talent militaire de l'un ;

(1) Voyez GAR^'lfc;n , loc. stip. cit. — Mathieu, Hisl.de France 1. m, p. 186-87. — Mém. de Rabutin, collect. Pelitot, t. xxxm, p. 163]

(2) « Les aultres de la maison de Guise reçoivent si grand prouffit des conqucsles et de si grandes entremises par la guerre , qu'ils ne seront faciles à convertir à la paix. » {Mém. de Simon Renard au roy d'Espagne, dans les papiers d'état du card. Granvcllo, t. v, p. 2 27.)

S2 où l'autre , en l'absence du connétable, restait maître du pouvoir : le plus sûr était de négocier avec le connétable solidement, véritablement , résolument (0. Philippe II tourna donc toutes ses espérances du côté de Montmorency : la faiblesse du roi pour son premier ministre , et l'envie qu'avait celui-ci de recouvrer sa liberté , lui ouvraient de ce côté les plus belles chances de terminer la guerre d'une manière conforme a ses intérêts (2). Aussi les ministres reçurent l'ordre d'engager Montmorency h sortir de prison (3), Le prince d'Orange lui fit les premières avances , et le connétable y répondit par de belles promesses qui ne furent pas ratifiées , pour le moment , par le roi de France- Henri II , dans sa réponse , annonçait la ferme intention de conserver Calais , et ne parlait nullement de la restitution du Piémont. Le duc de Savoie était mécontent : « Tout cela, écrivait-il aux plénipotentiaires espagnols , ne répond guère à ce qu'on avoit promis au prince d'Orange , mais tel a toujours esté le caractère des François W. »

Le connétable , de son côté, était désolé de l'insuc-

(1) 3Iém. de Simon Renard , dans les papiers d'état de Granvelle, t. V, p. 226.

(2) « Le connétable ne se soucioit de rien autre chose, pourvu que la paix se fist. » (Les plénip. au roy, 18 Sept. 1558, ïbid., p. 22i.)

(3) Papiers d'état de Granvelle. Lettre des plénipotentiaires au roy d'Espagne, 18 Septembre 1558, ibid.

(4) Papiers d'état, etc. Zfs plniipot. espagnols au roy, 12 Septembre 1558, t. y, p. 173-187

ces de ses démarches. Il changea de couleur, quand on lui dit que les négociations allaient être interrompues ('). Elles furent reprises cependant vers la Mi-Octobre de la même année , et les plénipotentiaires des puissances belligérantes se rendirent a l'abbaye de Cercamp, où de nouvelles conférences s'ouvrirent , sous la médiation de la duchesse de Lorraine.

Les représentants de la France étaient le cardinal de Lorraine , le connétable de Montmorency , qu'on avait remis en liberté sur sa parole , le maréchal de Saint-André , Jean de Morvillers , évêque d'Orléans , et le conseiller d'état L'Aubespine. Le roi d'Espagne avait envoyé le duc d'Albe , Guillaume de Nassau , prince d'Orange, l'évêque d'Arras, et le docteur Llric Viglius. L'Angleterre y fut aussi représentée, malgré les observations du cardinal de Lorraine , qui voulait que les négociateurs anglais fussent exclus de la conférence (2^ .

Les deux partis restèrent quelque temps sur la défensive , chacun voulant conserver l'avantage de n'avoir pas été le premier à demander la paix. On aborda enfin la question des restitutions , et le cardinal de Lorraine, pour en faciliter la solution , proposa deux mariages , celui de la lille aînée du roi de France avec le prince des Asturies , et celui de Madame Marguerite , sa sœur,

(1) Papiers d'état, etc. Les plciiip. esp. au roy, 12 Septemb. l55Si t. V, p. 187.

^2) Ibid., p. 236. Les plénip. esp. au roy, 15 Octobre 1558,

avec le duc de Savoie. Du reste , quel que fût le succès de cette proposition , il assurait que la France n'abandonnerait jamais le Piémont , dont la conquête lui avait coûté si cher et qui servait a défendre sa frontière du côté de l'Italie (0. Le duc de Savoie, d'ailleurs, pouvait s'en rapporter au roi pour l'indemnité qu'il convenait de lui accorder. Dans le cas oii le mariage aurait lieu , le roi rendrait le duché de Savoie , la Bresse , le Beaujolais , et en Piémont , Carignan et Savigliano , démantelés , avec leurs districts.

Le duc de Savoie ne voulait point consentir au mariage , s'il ne recouvrait son duché tout entier ; et puis , il aurait mieux aimé la fille du roi de France , qui avait quatorze ans , que sa sœur, qui en avait trentecinq. Les Espagnols appuyaient ses prétentions, et disaient que , puisque le Piémont avait coûté si cher a la France , il devait lui être moins pénible de l'abandonner 5 qu'il servait moins 'a la défendre qu'a lui donner un pied en Italie et a lui ouvrir le duché de Milan (2).

Comme on ne parlait ni de la restitution de la Corse, ni du Montferrat, ni du Siennois , etc.. etc.; qu'on maintenait énergiquement ses prétentions sur le Piémont ; qu'on exigeait la restitution de la Navarre (3) .

(1) Pap. d'état , t. v , p. 2» i, 268. Les plénip. au roy, là Oct. 1558.

(2) Papiers (l'état , ibidem, p. 2'»5.

(3) Papiers d'état, etc., p. 261 et suiv.

il n'y avait guère d'espoir d'arriver a un arrangemcnl. Le cardinal de Lorraine le pensait ainsi , et il écrivait à un de ses confidents : « que , bien qu'il se parlât de paix, il ne s'en feroit rien (0. »

La restitution de Calais donna lieu a la plus vive discussion , et fut traitée avec une extrême chaleur de part et d'autre. Les plénipotentiaires anglais ne voulaient point consentir à perdre cette place , et l'évêquc d'Ely, qui était à leur tête, disait que, si cette ville demeurait aux Français , ni lui ni ses collègues n'oseraient retourner en Angleterre , que le peuple les lapiderait. Quanta lui, plutôt que de subir une pareille humiliation , il aimerait mieux qu'on le reportât de l'autre côté du détroit dans un linceul (2). Les Espagnols soutenaient les Anglais dans leur résistance , sous prétexte qu'ils étaient intervenus dans cette guerre comme alliés de l'Espagne-, mais, comme on le verra bientôt , l'appui qu'ils prêtaient à l'Angleterre était peu désintéressé. Le cardinal de Lorraine , on le pense bien, était peu disposé 'a abandonner la conquête de son frère. Il répondit aux Anglais que le roi de France abandonnerait sa couronne plutôt que de céder Calais. « Il n'y a aucun de vos serviteurs , écrivait-il au roi , qui ne misl plutôt sa vie en bazard que de vous conseiller de la

(1) Papiers d'étal, olc Les plénijml.cspar/.au roi/ , 20 OcloI)rr 1558, t. V, p. 280.

(2) Voyez dans les Papiers d'état , etc. , toute la négociation relative à relie importante affaire. T. v, de la page 250 à la page 500.

S6 laisser , ui sujet qui ue baillast tout ce qu'il a de vaillant que d'y consentir (0. »

Tout le monde s'attendait a voir les négociations encore une fois interrompues , car les Français refusaient de passer outre , si on ne leur donnait satisfaction sur ce point ^2).

Dans l'impossibilité d'accorder les intérêts des deux nations , les Espagnols proposèrent de mettre Calais en séquestre entre les mains d'une puissance neutre , jusqu'à ce que six électeurs de l'empire , les Vénitiens, les rois de Pologne et de Danemarck eussent prononcé sur la propriété de la place. Mais il s'agissait maintenant de savoir quel serait le prince a qui on la confierait, en attendant le jugement. Le duc d'Albe nomma le roi d'Espagne , son maître , et promit que, pour gage de sa bonne foi , il remettrait entre les mains du roi de France une de ses villes , aussi importante que Calais , par exemple Marienbourg. Le cardinal de Lorraine s'attendait bien à cette proposition. Il ne donna pas le temps au duc d'Albe de l'appuyer davantage , et se borna à lui demander s'il était raisonnable que le roi de France commençât par se déposséder d'une ville sur laquelle il avait des droits imprescriptibles , qui lui appartenait

(1) Addit. aux Mém. de Castelnau.Leiire du card. de Lorraine au roy, 23 Octobre, t. ii, 1. v, p. 259.

(2) Papiers detat. Lettre de l'éeéque d'Arras au roy d'Espagne, 20 Oct. 1558, 2 Nov. 1558, t V, p. 340 et suiv.

par droit de conquête , et qu'il mit ainsi en compromii>une partie de son domaine (0.

Cet homme fin et pénétrant conclut de celte proposition que les Espagnols n'auraient pas été fâchés d'avoir Calais. La correspondance des ambassadeurs espagnols prouve qu'il ne s'était pas trompé (2).

Le duc d'Albe , ne pouvant attirer le cardinal dans le piège qu'il lui avait tendu, feignit d'être surpris qu'on n'adhérât pas à ce qu'il proposait pour la tranquillité commune (3). La colère des Espagnols était au comble ; l'évêque d'Arras écrivait au roi d'Espagne : « que la conduite des François estoit déraisonnable au-delà de toute idée, et qu'ils ne font jamais rien par suite d'un mouvement généreux ('i). »

Le connétable de Montmorency n'était pas moins fâché de voir les choses en cet état. Les Espagnols , qui savaient quel parti ils pouvaient en tirer , « songèrent à

(1) Addit. aux Mém.de Castelnau. LcUre du cardinal de Lorraine au roy, 1 6 Février 1559, 1. 11, 1. v, p. 259.

(2) Voyez surfout la lettre de l'évêque d'Arras au roi d'Espagne. (22 Octobre 1558, dans les Papiers d'état, t. v, p. 239.)

(3) Il faut voir dans cette curieuse correspondance le dépit qu'éprouve Granvello en voyant toutes ses propositions repoussées. Assurément , si quelqu'un fait des avances , ce n'est pas le cardinal de Lorraine. « Considérant, disent les ambassadeurs espagnols, le besoin qu'ont de la paix les affaires de Vostre Majesté, nous regrettons trèsfort les termes dont les François usent, nous ostant le moyen de nous joindre avec eux pour faire une paix bonorable. » (Lettre du 30 Octobre 1558, dans les Papiers d'état, t.v, p. 346.)

(4) Lettre de l'évêque d'Arras au roy d'Espagne, 2 Novemb. ib&»^ (Dans les Papiers d'état, t. v, p. 350, 354.)

lialer sa rançon pour le renvoyer en France , où , regagnant son crédit, il se pourroit opposer à ces jeunes gens désirant le trouble (0, et par ses prudentes raisons persuader son maître (2). »

La faiblesse de Montmorency ne favorisait que trop les vues ambitieuses de Philippe II. Il semblait luimême aller au-devant des intentions du monarque espagnol, en disant confidentiellement au duc d'Albe que : «( s'il estoit en autre lieu , il diroit au roy ce qu'il lui sembloit (3). »

Les négociations en étaient la, quand la reine d'Angleterre mourut. Les conférences furent ajournées et reprises seulement au mois de Février de l'année suivante. Celte fois , les plénipotentiaires se réunirent à Cateau-Cambrésis. Le connétable de Montmorency avait , dans l'intervalle , reparu a la cour , et il avait été accueilli par le roi avec une joie excessive. Il avait arrêté secrètement avec lui les conditions de la paix, et il apportait a Cateau- Cambrésis les instructions les plus accommodantes, surtout à l'égard du duc de Savoie W. Mais restait toujours l'article de Calais, sur lequel les ambassadeurs d'Elisabeth , la nouvelle reine d'Angleterre , insistaient aussi énergiquement que ceux de la reine Marie dans les pre-

(1) Ces jeunes gens, on le devine, ce sont les princes lorrains.

(2) Let. des plénip. au roy, 27 Oct. 1558. V. Pap. d'ét.,i. v, p. a23.

(4) Mém. de Du Villars. CoUect. Petitot, t. xxx, p. 225.

mJèrcs conférences ('). Comme cet article était désormais le seul obstacle qui s'opposât à la conclusion de la paix , le connétable était fort embarrassé ; c'était par là que le cardinal de Lorraine le tenait en échec. Le connétable n'osait se relâcher sur ce point , soit qu'il s'imaginât, en retenant Calais, effacer la honte qu'il y aurait à abandoinier tant d'autres places , ou qu'il prétendît seulement faire durer la négociation (2), « Il se montroit même parfois assez dur , afin que ceux de Guise ne le pussent charger de, en cecy qui est de leur conquête, avoir voulu fléchir (3). » Le cardinal de Lorraine continua â débattre cet article avec sa vivacité ordinaire , et lutta d'obstination avec l'Angleterre , de finesse avec l'Espagne. C'étaient toujours le duc et la duchesse de Lorraine qui faisaient l'office de médiateurs , et ils accomplissaient maintenant ce rôle avec d'autant plus de facilité, que, sur toutes les autres questions, les parties étaient déjà d'accord N.

La duchesse essaya de les concilier aussi au sujet de Calais. Les ministres espagnols lui suggérèrent de faire

(1) « La reine Elisabeth persistoit à ravoir Calais, pour son honneur et par l'avis de ses sujets , qui lui offroient, pour le recouvrer , la vie et les biens. Elle deiuandoit assistance aux Espagnols comme à SCS confédérés. » {Lettre des plénipot. csp.au ro>j, 4 Mars ISftO.-^ Dans les Papiers de Granvelle, t. v, p. 518.)

(2) Vauillas, Hist. de Henry II, 1. vu, p. 245.

(3) Lettre des plénipot. esp. au roy, 4 Mars l55»y

(4) Varili.as, loc. s^ip. cit.

l)iie tentative auprès des ambassadeurs français, et voici lexpédient qu'elle imagina.

En conférant avec eux , elle proposa . comme une réflexion qui lui venait en ce moment, de ruiner les fortifications de Calais, et d'en laisser le domaine utile au roi de France , jusqu'à ce que les médiateurs prononçassent sur le fonds. Les Espagnols trouvaient dans celte mesure une excellente garantie contre les deux couronnes ; car elle enlevait a la France un de ses principaux boulevards , et elle ôtait aux Anglais la faculté de faire facilement une descente sur leurs frontières des Pays-Bas, en temps de guerre.

Le cardinal de Lorraine démasqua encore une fois la ruse des Espagnols , et lit rejeter cette proposition. La duchesse de Lorraine ne se découragea pas : elle pria les ambassadeurs de se réunir chez elle , et leur témoigna le regret qu'elle éprouvait de ne pouvoir rétablir la bonne intelligence entre les diverses puissances . Puis , se ravisant tout- a- coup , elle leur proposa encore un moyen qui , dans l'instant même , se présentait a son esprit. Calais , selon ses vues , devait être mis en dépôt entre les mains du roi de France , qui s'engagerait a le rendre aux Anglais au bout de dix ans , ou de tout autre terme dont on conviendrait, et qui donnerait des sûretés suffisantes pour la restitution de cette place.

Le cardinal de Lorraine répondit que cette proposition était encore loin de répondre aux intentions du roi , son maître ; que , dans ce projet , il perdait la pro*

priëlé de Calais, et qu'on en laissait simplement la garde au roi de France 5 que, au reste, les députés ne pouvaient rien conclure sans de nouvelles instructions, et qu'avant d'aller plus loin , il fallait savoir comment les Espagnols et les Anglais accueilleraient cet accommodement.

Les Espagnols , qui avaient inspiré ce moyen a la duchesse , jouèrent parfaitement leur rôle , adressèrent leurs remerciements à Madame de Lorraine , et demandèrent que les ministres français s'expliquassent de bonne foi sur cet arrangement.

Les députés français déclarèrent qu'ils s'en rapportaient au roi , et que , le vendredi suivant, ils donneraient une réponse (0.

Le cardinal de Lorraine, sachant que tout était conclu et arrêté entre le roi et le duc de Savoie , pensa qu'il fallait en finir, et engagea Henri II a accepter ces conditions et à lui envoyer des pouvoirs pour traiter définitivement. En y consentant , le roi de France , qui d'ailleurs était disposé a tout , s'assurait six ou huit ans de paix ; il conservait tous ses droits , toutes ses prétentions sur Calais , et il comptait bien les faire revivre à l'époque de la restitution.

Les articles furent accordés : ils portaient que le roi resterait paisible possesseur de Calais pendant huit ans , et de tout ce qu'il avait conquis en-deçà du détroit 5

(1) Addition aux Mémoires de Castelnau, t. u , p. 278.

que, ce temps expiré , il rendrait cette ville a rAngféterre, et que , en cas de non-restitution , il lui paierait 500,000 écus. Le cardinal de Lorraine fit insérer dans le traité une clause d'une haute importance : elle portait que si , durant cet intervalle , l'Angleterre faisait quelque chose au préjudice de la France , le roi serait pleinement dégagé de sa promesse. La paix fut conclue sur ces bases le l" Avril 1559.

La suite des temps montra l'habileté avec laquelle le cardinal de Lorraine avait agi dans cette importante négociation. La reine d'Angleterre accorda sa protection aux calvinistes, espérant, a la faveur des guerres civiles , reconquérir la Normandie. Elle viola la première le traité de paix , en jetant des troupes dans le Hâvrede-Grâce 5 et , par là , elle fournit au roi de France l'occasion qu'attendait sans doute le cardinal, de rester définitivement maître de Calais et du pays conquis (0.

La France ne fut pas si heureuse du côté de l'Espagne et de la Savoie. Henri II ne recula devant aucun sacrifice pour avoir la paix. En vain ses plus braves capitaines , ses plus dévoués serviteurs le conjurèrent de continuer la guerre plutôt que d'accepter de honteuses conditions 5 en vain le maréchal de Brissac lui offrit sa fortune , sa vie , avec celle de tant d'autres officiera de l'armée d'Italie (2) ; en vain le duc de Guise lui re-

(1) Addition aux Mémoires de Castelnau , t. n , p. 281.

(2) Mémoires de Du f'illars. Collection Petitot, t. xxx, p. 225.

présenta qu'un trait de j)lume allait lui enlever ce que trente années d'une guerre malheureuse n'auraient pu lui ôter 5 en vain il lui dit que son frère avait déjà entamé des négociations avec un certain nombre de banquiers, pour lui procurer les moyens de faire la loi à l'ennemi. Henri, après avoir été un instant ébranlé , après avoir, suivant Du Villars , changé plusieurs fois de couleur pendant cette chaleureuse remontrance du duc(i), adressa une nouvelle dépêche 'a Montmorency, et l'exhorta à hâter la conclusion du traité « couvertement concerté entre lui et le connétable (2). » La paix fut signée le 3 Avril.

Les rois de France et d'Espagne se rendaient mutuellement leurs conquêtes dans les Pays-Bas et la Picardie \ Henri H restituait au duc de Savoie tous ses états , sauf Turin , Pignerol , Chivas , Quiers et Villeneuved'Asti -, au duc de Mantoue , Casai et le Montferrat ; au duc de Florence , les places du Siennois ; à la république de Gènes, l'île de Corse- Enfin, il abandonnait près de cent quatre-vingt-dix-neuf places ou châteaux. Deux mariages, celui de Madame Marguerite avec le

(1) Mémoires de Du Villars. Collection Petitot , t. xxx, p. 225.

(2) « Quand Boivin Du Villars. secrétaire du maréchal de Brissac, arriva de Piémont, il ne trouva près du roi que MM. de Guise et Bourdin , secrétaire d'état. Le duc de Guise lui dit à l'oreille que le roi avait déjà couvertement arrêté la paix avec M. le connétable, à la rétention seulement de Turin, de Chivas , de Quiers , de Pignerol , de Savigliano, avec leurs tinagcs. » {Mémoires de Du Villars. Collecta

Petitot, t. xxx, p. 225 , 2 26.)

duc de Savoie , et celui de la princesse Elisabeth avec le roi Philippe II , servirent à voiler la honte de ces restitutions aux yeux de la France et de l'Europe. Le connétable de Montmorency, qui avait préparé cette paix, entraîna facilement les autres plénipotentiaires de la France , excepté le cardinal de Lorraine qui, seul de son avis , fut obligé de céder (i).

On peut 5 pour justifier la conduite de Montmorency et celle de Henri II dans cette circonstance , alléguer la lassitude du pays , la nécessité d'arrêter les progrès de l'hérésie , la difficulté , ou , pour mieux dire , l'impossibilité de conserver, au-delà des Alpes, des provinces lointaines et isolées du royaume ; mais qui pourrait blâmer le cardinal de Lorraine d'avoir jusqu'à la fin défendu ces conquêtes qui avaient porté si haut la gloire militaire de la France en Europe , qui maintenaient son influence dans la péninsule italienne et dans la Méditerranée, qui étaient enfin comme autant de postes avancés, d'oîi nos rois tenaient en échec l'ambitieuse maison d'Autriche, protégeaient l'indépendance des petits états de l'Italie , et veillaient a la conservation de l'équilibre européen? La conclusion de tout ceci est facile à tirer, c'est que la mémoire du cardinal a été singulièrement calomniée, et son rôle dans cette affaire odieusement travesti.

(l) Varillas, Histoire de f/enri II . 1. vu , p. 246-

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