COMMENCEMENT DE SES INTIUGUES
laissaient SCS discrètes dévotions, il le partageait entre les études théologiques et les ruelles àlamode, et, malgré sou goût particulier pour l'une au moins de ces deux occupations, il en trouvait encore de reste pour jouer aujeu — passablementdangereuxàcette époque, mais si attrayant pour lui — du conspirateur. 11 rêvait — noble entreprise — d'assassiner Richelieu ; mais, malgré les détails qu'il donne à ce sujet, on a toutes sortes de raisons de croire que ce ne fut jamais qu'un rêve. La part qu'il prit à la Conjuration du comte de Soissonsest un peu plus vraisemblable, bien qu'aucun des Mémoires faits par les principaux conjurés, après la mort de Richelieu, n'ait daigné parler de lui. Gondi s'est naturellement donné le premier rang dans TatYaire. A Paris, il soutient et il réchauffe le zèle des partisans du comte. A Sedan, où il se rend en secret, il voit le comte en personne, la nuit, et lui tient un discours en trois points pour lui conseiller d'attendre la mort du cardinal. On le trouve partout ; son activité est dévorante, sans avoir d'ailleurs de résultat bien précis ; toutes les mines qu'il charge font long feu, et, enfin de compte, en 1641, quand Soissons, qui était le plus irrésolu des hommes, se décide enfin à un de ces brusques coups de tète par lesquels se manifeste la volonté des gens qui n'en ont pas, Retz n'apparaît nulle part, et personne ne songe à l'inquiéter.
S'il faut l'en croire cependant, c'est à l'occasion de ce complot, piteusement avorté, qu'il commença à se ménager des relations et des amitiés dans la popula-
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tion parisienne. Sa fierté n'y répugnait pas, étant trop au-dessus des petites gens pour se sentir offensée de leur contact ; et sa vanité, son désir de paraître, son appétit sans mesure et sans délicatesse pour les applaudissements populaires y trouvaient amplement leur compte. Gondi appartient à cette race particulièrement haïssable d'aristocrates sans scrupules et sans conviction dont le bonhomme Peuple est toujours trop heureux de serrer la main et d'empocher les ironiques politesses ; mais il avait au moins ce mérite d'avoir la souplesse nécessaire pour jouer ce rôle où tant d'ambitieux de haute marque se sont essayés dans notre histoire. En peu de temps il sut oii frapper et sur quels ressorts mettre le doigt, et dès 1641 il eut l'idée géniale, qui devait faire sa force plus tard, d'associer dans une commune action le Paris révolutionnaire et le Paris religieux. Avec l'un il fut familier, insinuant, actif, circulant et répandu ; il eut des amis qui furent, pendant la Fronde et même après, ses chauds partisans, dans le quartier des Halles, alors le grand foyer d'agitation populaire. Il les recruta surtout dans la milice bourgeoise — la garde nationale du temps — dont son œil perçant avait tout de suite reconnu la force et l'utilité. Avec l'autre, il fut doux, poli, humble, profondément dévot et profondément hypocrite. Il accompagnait — sans rire — sa pieuse tante. Madame de Maignelais, dans les visites quotidiennes qu'elle laisait aux taudis des faubourgs ; il montait avec