‹ Le Cardinal de RetzChapitre 16 sur 51 · OMMENCEMHNT DE SA RIVALITÉ AVEC MAZARIN · texte numérisé non relu

OMMENCEMHNT DE SA RIVALITÉ AVEC MAZARIN

« Je le mandai à l'heure même. Le doyen arriva le lendemain avec seize députés. Je les présentai : ils parlèrent, et ils parlèrent très sagement et très fortement. La reine nous renvoya à M. le cardinal qui, pour vous dire le vrai, ne nous dit que des impertinences ; et comme il ne savait encore que très médiocrement la force des mots français, il finit sa réponse en me disant que je lui avais parlé la veille fort insolemment. Vous pouvez juger que cette parole me choqua. Comme toutefois j'avais pris une résolution ferme de faire paraître de la modération, je ne lui répondis qu'en souriant, et je tournai aux députés en leur disant : « Messieurs, le mot est gai. » Il se fâcha de mon souris et il me dit d'un ton très haut : a A qui croyez-vous parler? Je vous apprendrai à vivre. )> Je vous confesse que ma bile s'échauffa. Je lui répondis que je savais fort bien que j'étais le coadjuteur de Paris qui parlais à M. le cardinal Mazarin, mais que je croyais que lui pensait être le cardinal de Lorraine qui parlait au suffragant de Metz. Cette expression que la chaleur me mit à la bouche réjouit les assistants qui y étaient en grand nombre (1). »

Mazarin était capable de se laisser entraîner à un écart de parole ; mais il n'était pas de ceux qui persistent par amour-propre dans leur erreur après l'avoir reconnue. Il était souple, caressant et faux : plus insolent et plus ingrat qu'un parvenu quand il croyait pouvoir l'être avec impunité, il avait, à l'occasion, la plate obséquiosité du valet qu'on va chasser de la

(1) Œuvres du cardinal de Retz, t. I. Mémoires. 2* partie, p. 202-234. Pour goûter le sel do la riposte de Gondi, il faut se rappeler que l'évèché de Metz a été pendant longtemps comme le fief de la maison de Lorraine. La plupart du temps les princes de cette maison, qui l'occupaient, en déléguaient ladministration à un st^fragant, ordinairement mal rente et mal traité.

maison. Ce jour-là il était allé trop loin: à peine Gondi avait-il tourné les talons qu'il s'en aperçut et courut chez la reine pour lui faire la leçon. Elle rappela le coadjuteur, caressa doucement sa vanité, le réprimanda de la manière dont il avait parlé à ce pauvre Monsieur le cardinal. « Il est doux comme un agneau, dit-elle ; il vous aime comme son fils. » Peu convaincu, mais flatté de toutes les bontés de la reine, Gondi alla recevoir les excuses du cardinal. C'était une monnaie dont Mazarin avait toujours une ample provision, et il la prodiguait avec une générosité qu'il s'interdisait strictement ailleurs. L'afTaire n'en resta pas là ; mais, après quelques péripéties, Gondi fmit par demeurer maître du champ de bataille.

L'histoire en elle-même est assez insignifiante. Ajoutée à d'autres, elle aigrit insensiblement les rapports entre Gondi et la cour. Le coadjuteur avait plus d'un péché mignon par où il était facilement vulnérable. Sa vie privée, pour ressembler à celle de son oncle l'archevêque, n'en était pas plus recommandable. Mais, par une contradiction qui ne lui est pas particulière, tout en vivant à sa guise, oîi il entrait une pointe de cynisme, il n'aimait point qu'on l'en raillât ou qu'on s'en fît une arme contre lui. Mazarin ne le sentit pas assez, ou, pour mieux dire, il était trop fin pour ne pas s'en apercevoir ; mais il eut le tort de croire qu'il lui suffirait de quelques coups d'épingle pour tuer dans l'œuf une ambition naissante

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