‹ Le Cardinal de RetzChapitre 18 sur 51 · PREMIERS SYMPTOMES DE LA FRONDE · texte numérisé non relu

PREMIERS SYMPTOMES DE LA FRONDE

vait jamais commencé de révolution et qui certainement aurait condamné par des arrêts sanglants celle qu'il faisait lui-même, si tout autre que lui Teût commencée. « 11 gronda sur l'édit du tarif (1), et aussitôt qu'il eut seulement murmuré, tout le monde s'éveilla. L'on chercha en s'éveillant, comme à tâtons, les lois : l'on ne les trouva plus. L'on s'effara ; l'on cria ; l'on se les demanda, et dans cette agitation, les questions que leurs explications firent naître, d'obscures qu'elles étaient, et vénérables par leur obscurité, devinrent problématiques, et de là, à l'égard de la moitié du monde, odieuses. Le peuple entra dans le sanctuaire : il leva le voile qui doit toujours couvrir tout ce que l'on peut croire du droit des peuples et de celui des rois qui ne s'accordent jamais si bien ensemble que dans le silence. La salle du Palais profana ces mystères (2). >

La plume est alerte et court sur le papier ; c'est un maître écrivain qui la tient, mais en même temps la vue est sûre, l'observation pénétrante, la pensée sérieuse et forte. De pareilles pages, écrites au fond de la retraite par un vieillard désabusé, mériteraient de faire partie du catéchisme des hommes d'Etat — si ceux-ci sentaient encore la nécessité de demander des leçons au passé. Gondi, au temps de sa folle jeunesse, était-il aussi clairvoyant? Il y a dans son livre plus d'une réflexion qui porte la trace de l'âge et de l'expérience, et celles qui précèdent pourraient être du nombre. Qu'importe d'ailleurs? laissons-lui le bénéfice du doute. S'il n'est pas allé tout de suite au fond

(\) L'Édit (lu tarif est du 22 septembre 1646. Il frappait d'un droit qui parut élevé toutes les marchandises entrant dans Paris. (2) OEuvres du cardinal de Retz, 1. 1, Mémoires, 2« partie, p. 292-295,

des choses, il en a vu la gravité, il en a saisi l'à-propos et il s'est appliqué de son mieux, dans les événements qui étaient proches, à dégager ce qui pouvait servir ses desseins.

Ce 'pd marque la Fronde à ses débuts d'un trait spécial, cest quelle a d'abord été un essai de révolution bourgeoise. L'intervention du Parlement, puis de la noblesse habile à pêcher en eau trouble, en altéra rapidement le caractère. Il n'en reste pas moins que la première opposition de la rue contre Mazarin fut conservatrice. Il est rare que le personnel des émeutes se recrute aujourd'hui chez les rentiers. Il en fut cependant ainsi à cette époque ; et quand on y regarde de près, au lieu de blâmer ces pauvres rentiers, on voudrait qu'ils eussent encore fait plus de bruit et de besogne. La conduite du gouvernement, auquel ils portaient leur argent avec un zèle bien mal récompensé, était à leur égard imprudente et impudente. Au premier besoin d'argent, on mettait la main sur les fonds destinés à ces prétendus capitalistes qui venaient ensuite hurler la faim sous les fenêtres de l'Hôtel de Ville. Et l'opération se faisait, même sous Henri IV, avec un sans-gêne qui en dit long sur ce monarque tant vanté :

« Le jeudi 12 décembre, dit TEstoile, le roi arriva à Paris, et le lendemain alla à l'Hôtel de Ville où il parla en maître, envoya prisonnier à Saint -Germain-en-Laye un bourgeois de Paris nommé Carrel, qui s'était mêlé de dresser quelque requête pour les rentes de la ville, des

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