‹ Le Cardinal de RetzChapitre 20 sur 51 · AGITATION DE LA BOURGEOISIE PARISIENNE · texte numérisé non relu

AGITATION DE LA BOURGEOISIE PARISIENNE

leurs économies et qu'on ruinait de fond en comble sans vergogne :

« L'on peut dire avec vérité que les rentes de l'Hôtel de Ville de Paris sont particulièrement le patrimoine de tous ceux qui n'ont que médiocrement du bien. Il est vrai qu'il y a des maisons riches qui y ont part, mais il est encore plus vrai qu'il semble que la providence de Dieu les ait encore plus destinées pour les pauvres, ce qui, bien entendu et bien ménagé, pourrait être très avantageux au service du roi, parce que ce serait un moyen sûr et d'autant plus efficace qu'il serait imperceptible dattacher à sa personne un nombre infini de familles médiocres, qui sont toujours les plus redoutables dans les révolutions. La licence du dernier siècle a donné quelquefois des atteintes à ce fonds sacré (1). »

Retz parlait en connaissance de cause. Il avait étudié le terrain et compris de bonne heure le parti qu'on pouvait tirer des dispositions belliqueuses des rentiers. Ceux-ci, exaspérés, mais encore contenus sous Richelieu, étaient devenus féroces avec Mazarin. On ne voyait plus qu'eux dans les rues. Ils formaient des assemblées illégales que le gouvernement n'avait plus la force de disperser. Plus tard même, en novembre 1649, au nombre de plus de trois mille, tous bons bourgeois et vêtus de noir, ce qui indiquait leur rang et leur importance, ils créèrent un véritable syndicat chargé de défendre leurs intérêts et de veiller, comme ils le disaient, snr les prévarications du prévôt des marchands i^2).

(1) Œuvres du cardinal de Retz, t. II, Mémoires, 2* partie, p. 548.

(2) Ibii. p. 549.

De pareilles forces n'étaient pas à dédaigner, et Gondi en tira un bon parti, quand la révolution eut pris son cours. Entre le clergé dont il disposait, et ces bons bourgeois, bien considérés dans leur paroisse, il y avait affinité naturelle et rapports journaliers, — sans doute même, plus d'une fois, communauté d'intérêts. Le coadjuteur mit les églises à la disposition des rentiers : les curés publièrent au prône leurs monitoires, et ce que ces étranges factieux reçurent en services de Gondi, ils le lui rendirent au centuple en inclinant de son côté l'opinion publique et en lui assurant le soutien de la partie la plus éclairée et la plus grave de la bourgeoisie parisienne.

Au reste, tout conspirait en ce moment pour jeter les bourgeois hors de l'assiette paciiique qui leur est si naturelle. Le surintendant d'Emeri — un rusé coquin qui était en même temps un trop habile homme — frappait àtoutes les portes, mais surtout à la leur, pour avoir de l'argent. Les bourgeois, qui n'ont jamais aimé ce genre d'appel, faisaient la mauvaise tête, résistaient, clabaudaient sur le pavé du roi avant de passer à la résistance ouverte ; et, plus d'un peut-être, dans les années qui précédèrent 1648, avait-il déjà fourbi en secret la dague ou la vieille arquebuse qui dormaient dans les placards de la famille depuis la Ligue. Dès 1644 il y avait eu, dans tout ce peuple honnête, mais entêté et fort soucieux de ses deniers, des grondements d'abord sourds, puis, plus violents, contre l'exécution de Védit du Toùé !

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