‹ Le Cardinal de RetzChapitre 21 sur 51 · AGITATION DE LA BOUKGEOISIE PARISIENNE · texte numérisé non relu

AGITATION DE LA BOUKGEOISIE PARISIENNE

La suite ne démentit pas ces premiî^res promesses. Les taxes qui s'abattirent en averse sur les bourgeois — taxe des aisés, édit du tarif, édit de ractiat — les exaspérèrent profondément. Les plus calmes d'entre eux s'habituèrent à venir faire du tapage autour du Palais en implorant la protection du Parlement contre l'iniquité royale. Il y eut des émeutes de propriétaires, rues Saint-Denis et Saint-Martin, dans les premiers jours de l'année 1648. Le symptôme n'était pas rassurant. Et ce qui l'était moins encore, c'était la maladresse de ceux qui étaient au pouvoir. Je laisse à d'autres le soin d'admirer — en tant qu'elle le mérite — la profonde habileté diplomatique de Mazarin ; mais il faut convenir qu'il garda à ce moment-là toute sa dextérité pour le dehors et qu'il se montra, dans la conduite des affaires intérieures, imprudent, maladroit et incapable. Pour qui connaissait le passé, cette opposition delà bourgeoisie avait une valeur significative. Il la méprisa d'abord; et quand, il voulut prendre des mesures de rigueur, il manqua son coup et ne réussit qu'à grossir le nombre des mécontents. Le 12 janvier, quelques mutins, et non des moins importants, avaient été décrétés par le Parlement qui, à cette date, n'avait pas encore intérêt à prendre tout à fait position contre la régence. Il y avait parmi eux un gros négociant de la rue Saint-Denis, Cadeau, qui avait un magasin de draps bien connu, à l'enseigne du Marteau d'or. Un procureur au Parlement de Paris qui

fut un enragé frondeur, Croiset, y était aussi avec quelques autres bons bourgeois dont tout le tort était de poursuivre avec un peu trop de chaleur une requête qu'ils avaient présentée contre l'édit de rachat. Au lieu d'enlever discrètement Cadeau, Croiset et les camarades^ on fit une bourde énorme. Des troupes furent mises en marche, dont le nombre avait tout l'air d'une provocation. M. de Schomberg envoya les Suisses prendre possessioi^de la porte Saint-Denis; des détachements du régiment des gardes occupèrent l'étroite rue Saint-Denis et ses abords ; pour comble d'adresse, on choisit un dimanche où tout le monde était chez soi ou dans l'église, pour cette belle opération. On voit d'ici l'effet : toutes les boutiques fermées, les gens aux fenêtres, les curieux et les badauds dans la rue. A chaque instant, la foule grossissait, et avec elle les questions, les plaisanteries, les rires, les menaces. Quelques zélés montèrent dans les clochers des trois églises de la rue, et le tocsin commença à sonner. Pendant ce temps le lieutenant civil perquisitionnait en personne au Marteau d'or ; mais Toiseau était envolé. On ne put mettre non plus la main sur Croiset, et il fallut se retirer. L'attitude delà foule devenait menaçante, et on sait la facilité avec laquelle à Paris les esprits tournent au moindre vent d'émeute. Les gardes se retirèrent, heureux de tirer leurs chausses d'un traquenard où il menaçait de faire trop chaud pour eux, et le prévôt des marchands courut porter au Palais-

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