AGITATION DE LA BOURGEOISIE PARISIENNE
Royal les plaintes de son peuple. Tout cela avait eu lieu le matin, et était terminé avant midi. La régente, en réponse au prévôt, fît l'étonnée. Des gardes! rue Saint-Denis! Sans doute on les avait envoyés là ; mais ce n'était nullement pour effrayer la population et mater les factieux. Le roi devait aller à Notre-Dame, remercier Dieu de sa convalescence et les troupes étaient là pour lui faire honneur. Défaite si grossière que le prévôt, tout dévoué qu'il fût à la royauté, ne put s'empêcher de répondre qu'en vérité ce n'était pas la coutume de poser des soldats rue Saint-Denis, lorsque le roi allait dans la Cité à Notre-Dame. Pour bien lui faire voir qu'il se trompait et qu'il y avait une topographie officielle qui n'était pas la sienne, le jour même à midi, on mena le petit roi à la cathédrale. Mais le mal était fait : les ruses un peu exotiques du signor Mazarini ne donnaient pas le change à l'opinion et surtout on avait oublié le précepte que tout bon gouvernement parisien devrait toujours avoir devant les yeux : Quieta non movere. Le sang des bourgeois s'était échauffé, et il n'était plus facile de couper la fièvre qui le brûlait : le peuple suivait à sa manière Timpulsion donnée. Le goût pour le désordre, qui ne fait jamais que sommeiller dans le cœur des Parisiens, se réveillait avec force, et enmème temps que lui le désir du nouveau, l'amour de l'inconnu, la curiosité de voir ce qui arriverait. Delà rue Saint- Denis, l'émotion avait gagné tous les quartiers: les
marchands s'étaient armés partout. Et à quoi bon avoir un mousquet si on le laisse au râtelier ? Tout le jour et toute la nuit Paris retentit du bruit des mousquetades. Les soldats eux-mêmes fraternisaient avec le peuple, et lui enseignaient le maniement des armes. L'élan était donné : la population, sortie de son train-train habituel, n'avait plus envie d'y rentrer. La moyenne et la petite bourgeoisie faisaient cause commune. La boutique donnait la main aux métiers. Tous ces bons Français, en buvant un verre au cabaret du coin, n'avaient pas assez d'injures contre l'Italien et l'Espagnole qui trahissaient le pays. Les esprits comme les mousquets étaient prêts. Mais, à cette époque de hiérarchie sociale, où l'on avait encore au plus haut point le respect de la situation et de la naissance, il fallait que le signal vînt d'en haut. Le jour où le Parlement se prononça contre Mazarin, la révolution commença.