SES HÉSITATIONS AU DÉBUT DE LA FRONDE
ments entraîna à s'occuper du bien public eurent toujours beaucoup de peine à s'oublier eux-mêmes. Si le Parlement prit la tête du mouvement, c'est qu'on l'y poussa par des mesures prises hors de propos : il se crut menacé dans ses intérêts, voyant déjà ceux des autres cours souveraines assez malades. L'esprit de corps fit le reste. Gondi, qui essaie de nous donner le change sur son propre compte, est plus sincère sinon plus clairvoyant quand il parle des autres, et il a bien vu qu'en dépit de la Chambre Saint- Louis, le Parlement n'avait ni le ton ni l'esprit des révolutions.
« Il est constant qu'il n'y en avait pas un de tous ceux qui opinèrent dans le cours de cette année au Parlement et dans les autres compagnies souveraines, qui eût la moindre vue je ne dis pas seulement de ce qui s'ensuivit, mais de ce qui en pouvait suivre. Tout se disait et tout se faisait dans l'esprit des procès; et comme il avait Tair de la chicane, il en avait la pédanterie dont le propre essentiel est l'opiniâtreté, directement opposée à la flexibilité qui de toutes les qualités est la plus nécessaire pour le maniement des grandes affaires (1). »
L'opiniâtreté du Parlement n'était pas de celles qu'il est impossible de réduire. L'indépendance de ses actes ne répondait pas toujours à la pompe et à la dignité de ses paroles, et le souci du droit annuel sut à l'occasion lui donner la flexibilité que Gondi lui refuse. Sans briser tout à fait l'humeur àprc de la haute magistrature, la Paulette n'avait pas laissé de
(,1) Œuvres du cardinal de Retz, t. II, Mémoires, 2« partii>, p. 59.
radoucir :soiis son influence plutôlmauvaise, l'esprit judiciaire s'était modifié : l'argent avait fait une invasion triomphante dans le sanctuaire, le monde fmanciers'étaitmêlé, pour l'altérer profondément, aumonde du Palais, elles possesseurs décharges dont la moindre^ au Parlement de Paris, coûtait deux cent mille livres, avaient plus de souci de les conserver que de faire entendre des vérités désagréables au pouvoir. C'était bien sur un résultat pareil qu'au témoignage de Richelieu, Henri lY avait sournoisement compté, en instituant sous certaines conditions l'hérédité des charges. L'aristocratie de robe n'en restait pas moins une puissance avec laquelle il fallait compter, et ses actes, le plus souvent inspirés du soin de ses privilèges, n'en étaient que plus dangereux par l'habitude qu'elle avait gardée de les colorer du prétexte de l'intérêt général. Pour l'instant, Mazarin, à tous ses torts précédents avait joint celui de ne pas estimer l'opposition du Parlement à sa juste valeur, et de se servir contre lui d'armes que la solidarité parlementaire allait rendre dangereuses. Comme le disait assez grossièrement Chavagny, il crut pouvoir profiter de la victoire de hens pour /•emonter sur sa bête. Mais il trouva bientôt qu'il n'était pas aussi facile qu'il l'avait cru de se tenir en selle ; et lui, qui n'était auparavant que décrié, devint en quelques heures l'exécration d'un peuple qui ne se pique pas de raisonner et dontles haines, commeles amours, sont trop souvent aussi rapides et aussi furieuses que peu justifiées.