‹ Le Cardinal de RetzChapitre 28 sur 51 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Les premières armes de Gondi. — Une seconde journée des Barricades. — Retour de Brousse!. — Pourquoila Frondea dévié et n'a produit aucun résultat sérieux. —Ce qu'il faut penser des vues politiques de Gondi. — Fuite de la cour (6 janvier 1649). — Caractère pittoresque et théâtral de la guerre civile. — La Première aux Corinthiens. — Le patriotisme de M. de Gauniartin et celui de Gondi. — Conclusion de la paix de Rueil (mars 1649). — La noblesse française jugée par elle-même.

Cette nuit-]à donc — 26 an 27 août 1648 — Gondi montra pour la première fois à la cour de quoi il était capable et quelles armes il avait déjà en mains pour troubler l'Etat. Avec l'aide de Miron, maître des comptes et colonel du quartier de Saint-Germain l'Auxerrois, et de Martineau. conseiller des requêtes et capitaine de la rue Saint-Jacques, il fit occuper sans bruit par les bourgeois les postes importants sur les deux rives ; les tambours se tinrent prêts, les soldats de la milice préparèrent leurs armes ; et quand l'aube vint, la révolte surgit plus furieuse que jamais sur différents points de la capitale. Les barricades reparurent ; le Palais-Royal fut bloqué une seconde fois ; les Suisses, qu'on avait risqués dans la rue, fortemcnthouspillés; et le chancelier, poursuivi

par rémeute jusque dans l'hôtel d'O où il s'était réfugié, confessa tout tremblant ses péchés à son frère, dans un cabinet oîi il suait la peur, pendant que le peuple hurlant le cherchait de tous côtés pour le tuer.

— Le mouvement fut comme un incendie subit et violent, qui se prit du Pont-Neuf à toute la ville. Tout le monde sans exception prit les armes. L'on voyait les enfants de cinq à six ans avec les poignards à la main : on voyait les mères qui les leur apportaient elles-mêmes. Il y eut dans Paris plus de douze cents barricades en moins de deux heures, bordées de drapeaux et de toutes les armes que la Ligue avait laissées entières. Comme je fus obligé de sortir un moment pour apaiser un tumulte qui était arrivé, par le malentendu de deux ofTiciers du quartier, dans la rue Neuve Notre-Dame, je vis entre autres une lance, traînée plutôt que portée par un petit garçon de huit ou dix ans, qui était assurément de l'ancienne guerre des Anglais. Mais j'y vis encore quelque chose de plus curieux : M. de Brissac me fit remarquer un hausse-cou, de vermeil doré, sur lequel la figure du Jacobin qui tua Henri III était gravée, avec cette inscription « Saint Jacques Clément ». Je fis une réprimande à l'ofiicier qui le portait et je fis rompre le hausse-cou à coups de marteau, publiquement, sur l'enclume d'un maréchal. Tout le monde cria : « Vive le Roi ; » mais l'écho répondit : « Point de Mazarin (1). »

Il fallut faire revenir Broussel. Son retour fut triomphal ; Gondi faillit même être obligé de chanter un Te Deitm en l'honneur de son rival en popularité. Par bonheur Broussel était un homme de sens

(1) OEuvres du cardinal de Retz, t. II, Mémoires, 2" partie, p. 44- 4J.

rassis, et tant d'honneurs ne l'avaient pas autrement étourdi. Il réussit à s'échapper des mains de ceux qui, dans leur enthousiasme, l'avaient porté malgré lui à l'église, et, filant par une petite porte, il rentra tranquillement au logis où sa petite famille lui fit fête. C'était un sage.

Les troubles avaient cessé ; on avait repris le travail, et remis les mousquets au râtelier. Mais Paris restait inquiet. Tout le monde sentait qu'on n'avait encore joué que le prologue et que le rideau ne tarderait pas à se relever sur le premier acte. Avant même d'avoir réellement commencé, la révolution avait déjà dévié. Le jour oii le Parlement ressuscita l'arrêt donné en 1617 contre le maréchal d'Ancre et visa expressément l'expulsion du Mazarin, il crut avoir fait un coup de maître; en réalité, il prenait le moyen pour le but et ne faisait plus d'une entreprise légitime qu'un odieux conflit d'intérêts personnels où chacun songea d'abord à se pourvoir. La haine du maudit Sicilien fut un hochet avec lequel le peuple s'amusa comme un grand enfant, pendant que ses chefs se disputaient les dépouilles de l'Etat. Broussel resta seul avec son entêtement du bien public qui avait si fort enthousiasmé les Parisiens au mois d'août 1648 ; encore eut-il soin, quelques mois plus tard — les purs ont quelquefois de ces faiblesses — de faire donner à son fils la Louvière le gouvernement de la Bastille. On pense si Gondi était homme à ne pas faire comme les autres.

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C'est à cette époque qu'il essaya en vain d'obtenir le gouvernement de Paris. Le refus qu'on lui en fit acheva de l'aigrir contre lui. On chercherait d'ailleurs en vain, dans sa vie politique, une préoccupation qui ne soit pas exclusivement personnelle. Il a du bon sens, de la clairvoyance, de la pénétration : les maux dont souffre la France ne lui échappent pas^ et il en voit clairement l'origine. Il s'en fait avec habileté une arme contre le Mazarin ; mais c'est tout. Révolutionnaire, oui, et encore à son profit. Apôtre ou réformateur, jamais de la vie. L'intérêt général le laisse froid, quand il ne se confond pas d'aventure avec son bien particulier : son ambition ne fait pas en passant la charité aux autres. Elle est froidement et systématiquement égoïste, et c'est pourquoi sans doute, malgré le charme de la forme, on prend si peu d'intérêt à ses Mémoires. Gondi serat-il ou ne sera-t-il pas cardinal ? Arrivera-t-il à déplanter Mazarin ou Mazarin réussira-t-il à le tomber? Piètre débat après tout, et oii le gain de la France, quelle qu'en fût l'issue, était loin d'être évident. L'un réalisait des économies aux dépens du pays : l'autre avait pour premier article de son programme de lui faire payer ses dettes. Dans les deux cas notre bourse était bien malade.

En somme, les conceptions politiques de Gondi se sont toujours réduites à ceci : Faitefi-moi premier ministre, et ensuite nous verrons. C'était net, mais moins alléchant qu'il ne paraissait le croire. Ce qu'il faut

admirer sans réserve dans cet effronté d'homme, c'est l'incroyable fertilité de ressources qu'il a mise au service de son ambition. Il a frappé à toutes les portes, monté tous les escaliers ; serré toutes les mains ; il s'est escrimé de la dague, de Fépée, du pistolet, du sermon, du pamphlet ; il a brandi son ostensoir pour s'en faire une massue, courbé ses ennemis sous sa bénédiction, et transformé le goupillon en arme de combat. Il a été extraordinaire d'entrain, de jeunesse^ d'activité, de gaîté : cervelle fumeuse et cœur chaud, il a mené de front les plaisirs les plus variés et savamment entremêlé ses galanteries aux intrigues moins savoureuses de la politique. Il a été le type du conspirateur aimable, insouciant, frivole, capable d'ouljlier aux pieds d'une femme l'heure noire du complot et de jeter son masque pardessus les moulins pour le seul mais délicieux plaisir d'être reconnu. On lui rendra cette justice qu'il a mené la Fronde comme une mascarade, qu'il y a diverti les autres sans cesser de s'amuser prodigieusement lui-même, que de tous ses déguisements c'était encore celui d'archevêque qui paraissait le plus étrange sur son dos, et qu'enfin de cette révolution dont il fut l'agent principal et oii il y eut passablement de victimes, il s'est retiré sans avoir une goutte de sang sur les mains.

Nous sommes arrivés à la fm de l'année 1G48, u Vous allez, dit Retz, voir des scènes au prix desquelles les passées n'ont été que des verdures et des

pastourelles (1). » Ces scènes furent amenées par l'entente du prince de Condé avec la cour. L'appui, d'ailleurs chèrement acheté, d'une épée aussi inconstante qu'illustre donna du cœur à Mazarin, etdans la nuit du o au 6 janvier 1649 le petit roi fut brusquement transporté du Palais-Royal à Saint-Germain. C'était une déclaration de guerre, et tout le monde le comprit ainsi. Les bourgeois prirent les armes ; les portes de la ville furent soigneusement gardées ; le Parlement s'assembla pour délibérer, et Gondi, mandé d'urgence à Saint-Germain par une lettre de la reine, s'arrangea de manière à ne pouvoir y aller.

« Je fis mettre mes chevaux au carrosse ; je reçus les adieux de tout le monde, je rejetai avec une fermeté admirable toutes les instances que Ton me fît pour m'obliger à demeurer, et par un malheur signalé je trouvai, au bout de la rue Notre-Dame, du Buisson, marchand de bois et qui avait beaucoup de crédit sur les ports. Il était absolument à moi ; mais il se mit ce jour-là en mauvaise humeur. Il battit mon postillon ; il menaça mon cocher. Le peuple, accourant en foule, renversa mon carrosse, et les femmes du Marché-Neuf firent d'un étau une machine sur laquelle elles me rapportèrent, pleurantes et hurlantes, à mon logis (2). »

Ce sont là plaisirs de délicats ; mais Gondi, comme tous les ambitieux, n'a jamais regardé de très près la nature et la forme des hommages qui lui étaient

(1) Œuvres du cardinal de Retz, Mémoires, t. II, 2» partie, p, 94. ("2; Ibkl., p. 13313i.

adressés. A cette heure il nageait dans la joie. L'idée de voir le Mazarin dehors le ravissait, et aussi le tapage, les allées et venues, les querelles, les coups de feu dans la rue, les hésitations des uns, les enthousiasmes sincères ou gasconnants des autres. Il fallait rassurer celui-ci, retenir celui-là, piquer ce troisième, mettre le feu au ventre des parlementaires, tout effrayés de voir enfin aboutir la rébellion qu'ils couvaient depuis si longtemps. L'Hôtel de Ville, qui était assez tiède, avait aussi besoin de sentir l'éperon. Gondi, exultant, suffisait à tout, était partout. Le jour, dans le carrosse archiépiscopal, il courait la ville pour réchauffer les courages et soigner sa popularité ; la nuit il s'échappait dans un travesti de cavalier qui semblait être son véritable costume, et, couvert d'un manteau couleur de muraille, comme les conspirateurs classiques, il allait avec toutes sortes de mystères visiter ceux ou celles que sa dignité comme son intérêt lui interdisaient de voir après le lever du soleil. C'était délicieux. Le hasard lui avait enfin fourni le seul genre d'existence qui lui convînt, el il en goûtait pleinement le pittoresque et le débraillé. Il s'amusait du spectacle, des acteurs et des décors avec autant de liberté d'esprit que s'il n'eût pas joué un des principaux rôles dans la pièce. Sa part dans Taction ne l'absorbait pas assez pour l'empêcher de voir que toutes ces histoires invraisemblables, cette Fronde galante et tapageuse, ne se passaient pas dans un monde réel. Aussi à chaque

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instant, quand il raconte cette époque si gaie de la vie de Paris, les allusions littéraires naissent sous sa plume.

— « Comme (Noirmoutier) revint descendre à l'Hôtel de Ville, il entra avec Matha, Laigue et la Boulaie, encore tous cuirassés, dans la chambre de M""^ de Longueville, qui était toute pleine de dames. Ce mélange d'écharpes bleues, de dames, de cuirasses, de violons qui étaient dans la salle, de trompettes qui étaient dans la place donnait un spectacle qui se voit plus souvent dans les romans qu'ailleurs. Noirmoutier qui était grand amateur de ïAstrée, me dit : « Je m'imagine que nous sommes assiégés dans Marcilly. — Vous avez raison, lui répondis-je; M^^^de Longueville est aussi belle que Galatée; mais Marcillac (M. de la Rochefoucauld, le père, n'était pas encore mort) n'est pas si honnête homme que Lindamor (1). »

Et de rire. Il n'y avait que le peuple qui prît toutes ces choses au sérieux : pauvre peuple, il n'avait pas encore assez de littérature pour apprécier comme il convenait l'originalité de cette révolution pour rire, oi^i les quelques victimes que l'on fit n'étaient là que pour la vraisemblance.

Il fallait pourtant bien se battre. Le prince de Condé rôdait autour de Paris, quœrens, quem devoraret, et riant de son mauvais rire, à la pensée que les bourgeois de Paris seraient obligés de se passer de

(1) OEuvres du cardinal do Retz, Mémoires^ t. II, 2* partie, p. 171-

leur pain de Gonesse. Gondi ne fut pas le dernier à lever des troupes. Son seul regret fut de ne pouvoir en prendre le commandement. Dans le premier accès de son enthousiasme, il avait promis deux régiments, l'un de cavalerie, l'autre d'infanterie. L'état de ses finances l'obligea de se restreindre à un seul ; ce fut le fameux régiment de Corinthe, ainsi appelé du nom de V^vch.QYëc-hê in parfibus de Gondi. Ce régiment, composé de huit compagnies, avait pour emblème édifiant des flèches avec ces mots du psaume 44, verset 6, en manière de devise : In corda inimicoriim régis. Il était commandé par le chevalier de Sévigné, et à peine formé, il prit contact avec l'ennemi. Le début ne fut pas heureux. Dans la nuit du 28 au 29 janvier, près du pont d'Antony, un gros de cavalerie royale culbuta les Corinthiens qui s'enfuirent en désordre, laissant une cinquantaine des leurs sur le terrain. Le coadjuteur qui prenait quelquefois part aux expéditions de sa petite armée, ne s'y trouvait pas cette nuit-là. Bien lui en prit sans doute : mais il n'échappa pas aux railleries : les triolets s'abattirent sur lui drus comme grêle, et les mauvais plaisants qualifièrent de Première aux Corinthiens la défaite de son régiment. Le mot était bon : Gondi ne Ta pas cité dans ses Mémoires ; mais d'autres qui n'avaient pas les mêmes raisons que lui pour oublier, s'en sont heureusement souvenus.

L'aff'aire de Charenton (8 février 1649) prouva que les autres troupes parisiennes n'étaient guère plus

solides que les Corinthiens ;et les princes, Conti, Longueville et les autres qui tenaient pour la ville, commencèrent à faire les yeux doux à l'Espagne. Un député de larchiduc Léopold-Guillaume, qui commandait à Bruxelles^ fut chargé aussitôt d'utiliser ces bonnes dispositions. De tous les souvenirs de la Ligue qu'exhumait la Fronde, ce n'était pas le plus heureux; et Gondi eût été bien inspiré en suivant sur cette question les conseils aussi sensés que patriotiques de son ami Caumartin :

— « La veille que le député de l'archiduc parut dans le Parlement, Caumartin, m'ayant rencontré chez M"'' de Longueville, en sortit avec moi et m'ayant tiré à part dans la salle de l'Hôtel de Ville, me dit qu'il me cherchait pour me parler d'une affaire sur laquelle il me conjurait de ne lui faire aucune contidence; qu'il apprenait qu'on voulait prendre des mesures avec Espagne ; que cette nouvelle l'avait sensiblement touché ; qu'il ne pouvait s'imaginer que le Parlement fût capable de s'oublier à ce point-là ; que pour lui il me déclarait franchement qu'il haïssait moins le Mazarin que les Espagnols; qu'il était plus près de renoncer à sa charge et de s'exposer à tous les périls du monde que de devenir jamais mauvais Français; que ceux de son nom avaient toujours été trop attachés à la royauté ; qu'au reste il me priait de croire qu^il y aurait beaucoup de gens de son humeur, et que ceux qui les voudraient espagnoliser se tromperaient dans leurs mesures. Ilvoulait encore me conjurer, par la mémoire de mes pères et par l'exemple du cardinal de Gondi, lorsque je l'interrompis pour l'assurer qu'il ne s'agissait point de se lier avec les Espagnols , mais de profiter de leurs démarches. Il ne voulut rien écouter là-dessus , et m'ayant quitté brusquement me

fît faire de grandes réflexions sur les suites de cette affaire (1). »

Au milieu de tous ces frondeurs, qui peuvent être amusants^ mais qui sont plus méprisables encore, cela fait plaisir de rencontrer un honnête homme. En tout cas, après un semblable entretien qui fait si peu d'honneur à Gondi et en fait tant à Gaumartin, il serait difficile d'admettre le premier à plaider non coupable. Lui-même d'ailleurs ne le désire pas : il parle de ses relations avec l'Espagne avec plus de cynisme encore que d'inconscience ; et le soin même qu'il prit en 1649 d'en dissimuler la vue au gros public infirme d'avance toutes les excuses qu'on pourrait être tenté d'apporter à sa conduite. Tout ce qu'on peut dire en sa faveur — et la décharge est mince, — c'est que les autres chefs du parti, nobles ou parlementaires, avaient tout juste autant de sens moral que lui. Pendant que les bons bourgeois montaient leur garde, avec l'application qu'on y met au moins les premières fois quand on n'est pas du métier, d'Elbeuf réunissait à sa table les fortes têtes de la Fronde, pour leur donner connaissance d'un billet que lui avait apporté de la part des Espagnols un moine bernardin déguisé en cavalier. L'aventure commençait — naturellement, n'est-ce pas? — par une mascarade; la suite fut digne du début ; et Gondi, que le ridicule

(1) OEuvres du cardinal de Retz, Mémoires, t. II, appendice, p. 646. (Addition proposée aux il/eVrtotrfS par Gaumartin.)

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n'embarrasse pas pour les autres, en a fort proprement habillé les acteurs.

— a M. d'Elbeufqui était grand saltimbanque de son naturel commença la comédie par la tendresse qu'il avait pour le nom français qui ne lui avait pas permis d'ouvrir seulement un petit billet qu'il avait reçu d'un lieu suspect. Ce lieu ne fut nommé qu'après deux ou trois circonlocutions toutes pleines de scrupules et de mystères et le président de Nesmond qui, avec tout le feu d'un esprit gascon, était l'homme du monde le plus simple, remplit la seconde scène d'aussi bonne foi qu'il y avait eu d'art à la première. Il regarda ce billet que M. d'Elbeuf avait jeté sur la table, très proprement recacheté comme l'holocauste du sabbat. Il dit que M. d'Elbeuf avait eu grand tort d'appeler des membres du Parlement à une action de cette nature. Enfin le président Le Coigneux, qui s'impatienta de toutes ces niaiseries, prit le billet qui avait effectivement i)ien plus l'air d'un poulet que d'une lettre de négociation; il l'ouvrit, et après avoir lu ce qu'il contenait qui n'était qu'une simple créance, et avoir entendu de la bouche de M. d'Elbeuf ce que le porteur de la créance lui avait dit, nous fit une pantalonnade digne des premières scènes de la pièce. Il tourna en ridicule toutes les façons qui venaient d'être faites ; il alla au-devant de celles qui s'allaient faire, et l'on conclut d'une commune voix à ne pas rejeter le secours d'Espagne (i). »

C'était fort bien ; mais qui allait pendre la sonnette au chat ? Gondi n'entendait pas en prendre tout seul la responsabilité : les autres, aussi prudents que lui, étaient moins embarrassés par l'immoralité de

(1) OEuvres du cardinal de Rolz, t. Il, Mémoires, 2« partie, p. 235-

l'acte à commettre que par les conséquences, fatales à leurs intérêts, qui pouvaient en sortir. A suivre toutes ces hésitations et tous ces marchandages, on est profondément écœuré. Ces piètres révolutionnaires, toujours occupés à sauver leur mise, s'en tirèrent en se garant derrière le Parlement. Gondi qui y avait droit de séance depuis quelque temps, en remplacement de son oncle, s'y prit avec tant d'adresse que, malgré l'opposition indignée du président de Mesme, l'avis passa à la majorité des voix d'entendre, au sein du premier corps judiciaire du royaume, l'envoyé d'un prince espagnol. Le moine bernardin, qui n'avait pas repris sa robe, entra au Parlement et fit sa harangue. Il y proposait d'un ton fort doux un secours de dix-huit mille hommes qu'on pourrait faire commander même par des officiers français si on le jugeait à propos. II consentait à ce qu'on prît toutes les précautions qu'on croirait nécessaires pour lever les ombrages que l'on pouvait toujours prendre avec raison de la conduite des étrangers (1).

On ne pouvait être plus accommodant que cet honnête bernardin. Mais le désintéressement de son roi, encore plus honnête que lui, était sujet à caution; et le Parlement, en dehors de quelques énergumènes, reculait devant le moyen extrême où on voulait l'engager. Se battre en famille, passe encore. Mais introduire des étrangers sur le territoire et peut-être

(1) Œuvres du cardinal de Retz, t. II, Mémoires, 2» partie, p. 233.

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