‹ Le Cardinal de RetzChapitre 30 sur 51 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

UN PREMIER CHANGEMENT DE FRONT. — GONDl SE RAP PROCHE DE LA COUR

Caractère écœurant et vide des agitations de la Fronde. — Les ambitions personnelles de M. le eoadjuteur, — Véritables causes de son impuissance. — Un serviteur et ami de Gondi, Guy Joly. — La Grande Conspiration. — L'affaire delà place Maubert. — Guy Joly, l'assassiné pour rire. — Les agents provocateurs et les mouchards de Mazarin. — Gondi se rapproche de la cour sous promesse du chapeau. — Arrestation des princes (janvier 1650).

La première Fronde a posé les armes, après avoir tout au plus duré quelques mois, Gondi n'en sort pas diminué : il est plus populaire, plus brillant, plus audacieux, ou si vous voulez, plus effronté que jamais. Ses combinaisons politiques sont pleines d'ingéniosité ou d'astuce ; ses intrigues bizarres ou bouffonnes sont presque toujours divertissantes. Rien ne l'émeut et rien ne le surprend ; il retombe sur ses pieds avec l'agilité d'un chat ou passe sans s'y roussir comme Fagotin à travers un cercle enflammé. Et déjà cependant, bien que nous soyons à peine au début de la représentation, on sent comme une sorte de lassitude à le suivre. Dans cette existence bouillonnante et tumultueuse, il y a un vide incroyable que tout l'esprit des Mémoires ne parvient pas à dissimuler. Quoi! tant do pas, tant de démarches, tant d'allées

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et venues, tant de trépignements, tant d'émotions soulevées, tant de passions échauffées jusqu'à la folie; une reine apeurée, un premier ministre qui regarde sans cesse du côté de la porte, la rue grouillante et hurlante, toute une ville sur le pavé, une foret de lames nues, de piques, de mousquets et de hallebardes, au delà de Paris les Espagnols qui s'avancent et la France envahie qui se lamente, tout cela pour aboutir à un objet aussi mince qu'une satisfaction d'amour-propre plus encore que d'ambition donnée au coadjuteur et le remplacement de Mazarin par un successeur qui peut-être ne le vaudra pas. Sans doute, il y a eu dans la Fronde autre chose que les appétits et les convoitises de Gondi et des autres égoïstes de sa trempe qui mettaient le feu au pays pour faire bouillir leur propre marmite ; mais le coadjuteur, s'il était trop clairvoyant pour ne pas comprendre les revendications légitimes que le mouvement avait fait naître, ne s'en est jamais soucié que pour les exploiter jusqu'au cynisme dans le sens de son profit personnel. Gondi dans la Fronde n'a jamais eu d'autre parti que le sien. Et c'est ce qui explique pourquoi, après avoir cabriolé avec une prestigieuse souplesse pendant tant d'années, il tomba soudain tout à plat, — et pourquoi aussi de ses Mémoires s^ amusants, si vibrants, si colorés, il se dégage en fin de compte une impression de vide et d'ennui, Gondi après la paix de Rueil en 1649 n'a encore fait que quelques pas dans la carrière. Mais déjà le

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