CHAPITRE YI
Une citation de M. de Turenne. — Mazarin et Gondi. — Leur amitié apparente et leur rivalité réelle. — Nouveaux complots de Gondi contre Mazarin et la cour. — M. de Beaufort prend la parole au Parlement de Paris. — Mazarin obligé de quitter Paris. — Le roi et Anne d'Autriche sont retenus au Palais-Royal. — Retour et triomphe des princes.
« C'est à vous, peuple de Paris, à solliciter vos faux tribuns, devenus enfin pensionnaires et protecteurs du cardinal Mazarin, et qui se jouent depuis si longtemps de vos fortunes et de votre repos et qui vous ont tantôt excité et tantôt alenti, tantôt poussé et tantôt retenu, selon leur caprice et les différents progrès de leur ambition. »
Ainsi parlait le maréchal de Turenne dans un placard adressé par lui aux bons bourgeois de Paris et affiché à tous les coins des rues le dimanche 4 septembre 1650 au matin. Et les bons bourgeois qui en revenant delà messe avec leur femme et leurs enfants s'arrêtaient devant ces placards pour les lire, pensaient peut-être qu'il avait raison, et qu'à tout prendre on voyait depuis quelques mois dans Paris des choses qu'un cœur simple et un esprit droit ne pouvaient pas facilement comprendre. Que voulait donc ce coadjuteur de malheur dont la bouche soufflait à
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volonté le chaud et le froid? Un an à peine passé, on l'avait vu se démener comme un enragé contre le Mazarin, Le mieux qu'on pût faire, à l'écouter, était de reconduirel'infàme Sicilien àla frontière, à grands coups de hallebarde dans le dos. C'était un poltron, un faquin, un voleur; et ce poltron, ce faquin, ce voleur contre lequel Paris s'était levé to.ut entier avec des hurlements de joie, voilà que Gondi l'embrassait, lui faisaitdes caresses, des révérences, des salamalecs, s'en allait avec lui bras dessus bras dessous, et que tous deux, le cardinal et celui qui ne l'était pas encore, avaient l'air de deux compères revenant de la foire Saint-Germain après avoir soigneusement grugé les badauds. Et Beaufort, le grand, le seul, l'unique, en faisait autant, et on disait partout qu'il s'était vendu à la cour pour la charge de grand maître et surintendant des mers. Le pur, Fincorruptible Broussel n'était pas lui-même à l'abri du soupçon. Qui sait si, lui aussi, sous prétexte de Tarrestation des princes, ne s'était pas remis avec la cour pour en tirer quelque plume ? Etrange en vérité, bien étrange !
Les bons bourgeois ne sont pas faits pour pénétrer les secrets ressorts des révolutions. Tout ce qu'on leur demande, c'est de payer et de se battre, s'il y a lieu :
— Les ennemis sont aux fauxbourgs.
Laquais, mon pot et ma cuirasse.
Quant à Mazarin et Gondi, pour ne parler que de ceux-là qui nous intéressent plus particulièrement,
la profondeur de leurs combinaisons était faite pour échapper aux âmes vulgaires. Après s'être servi de Gondi pour se débarrasser de Condé, le premier ministre, qui n'était après tout qu'un homme à expédients, sans loyauténi véritable grandeur, entendait le leurrer par l'espoir toujours fuyant dun chapeau de cardinal. Il comptait dans l'intervalle ruiner sa popularité et le couler à fond dans l'esprit des frondeurs. Gondi était aussi sincère et aussi attentif au bien des peuples. Habile à se tenir en équilibre entre la cour et le peuple, il continuait à dire du mal de Mazarin, toujours si affreusement décrié à Paris que son nom seul, prononcé dans un carrefour, y faisait instantanément pousser une barricade. Mais en même temps il le caressait doucement de la voix et de la main, il donnait dans ses vues avec une application trop soutenue pour n'être pas un peu suspecte. Il lui fallait le chapeau, le précieux chapeau, l'éclatant, le rutilant, l'éblouissant chapeau dont il rêvait toutes les nuits et sans lequel la voie du pouvoir suprême était à jamais fermée à son ambition. Et ce fut ainsi pendant de longs mois entre les deux rivaux un duel serré au plus fin, oii ils épuisèrent toutes les ressources d'une escrime trop savante en bottes secrètes et en coups de Jarnac. Ce qui ne les empêchait pas de" se sourire agréablement et même de s'embrasser quand l'occasion le demandait. Mazarin disait en parlant de Gondi: « Ce garçon dans le fond veut le bien de l'État », et il n'en pensait pas un mot.
Il essaya de le compromettre en retardant autant que possible l'amnistie générale sur laquelle les deux partis étaient tombés d'accord en janvier I60O : par quelques mesures vexatoires qui turent comme le testament du surintendant d'Emery, il piqua de nouveau les rentiers qui commençaient à s'assoupir, et ils purent croire que leurs protecteurs les avaient abandonnés depuis leur accommodement avec la cour. Le génie de Mazarin triomphait dans ces petites ruses malpropres qui n'eurent pas d'ailleurs tout l'effet qu'il s'en était promis : il fut obligé bon gré mal gré d'accorder l'amnistie; les rentiers sans cesser d'aimer Gondi l'exécrèrent lui-même davantage, et le coadjuteur, mettant avec habileté une nouvelle carte dans son jeu, attira le duc d'Orléans dans le parti des frondeurs. Alliance peu sûre et appui bien vacillant ; mais enfin ce triste sire qui avait mal au ventre au premier coup de feu qui éclatait dans Paris, était l'oncle du roi et le personnage le plus considérable du royaume. Manié avec habileté, il pouvait être incommode, peut-être dangereux, et Mazarin sentit vivement le coup. Il n'eut pas le loisir de le parer. Les affaires de province appelaient son attention, et il fut obligé de quitter la place aux frondeurs en allant à Bordeaux avec la cour. Il fallut trois mois (de juillet à octobre I60O) pour pacifier la Guyenne ; et Gondi resta, dans cet intervalle, maître du pavé du roi. S'il faut l'en croire, il s'y conduisit en homme sage:
lOS RETZ
« Faites réflexion, je vous supplie, ce que c'était pour moi que d'essuyer l'envie et de soutenir la haine d'un nom aussi odieux que l'était celui du Mazarin dans une ville où il ne travaillait lui-même qu'à me perdre auprès d'un prince dont les deux qualités essentielles étaient d'avoir toujours peur et de ne se fier jamais à personne et avec des gens qui mettaient leur intérêt à me ruiner ou dont le caprice les portait à la même conduite qu'ils eussent suivie, si ils en eussent eu le dessein. Je passai sans balancer dans tout le cours du siège de Bordeaux pardessus toutes ces considérations : je m'enveloppai dans mon devoir et je vous puis dire avec beaucoup de vérité que je n'y fis pas un pas qui ne fût ce que Ton appelle d'un bon citoyen... (1). »
Quand on lit Gondi, on croit l'entendre parler, et on y prend une idée exacte de l'impression que son effronterie pouvait produire sur ses contemporains. Il ment avec une impudence qui devait faire l'admiration de Mazarin lui-même. Ce bon citoyen, pendant le voyage de Guyenne, au lieu de s'envelopper dans son devoir, avait passé son temps à fortifier sa position, à chauffer par-dessous main le Parlement et surtout à préparer sa nomination au cardinalat. Il avait plus de raison que jamais pour désirer le chapeau : c'était la seule dignité qui pût le mettre à couvert du ressentiment du prince de Gondé quand il serait sorti de prison et de la jalousie d'un ministre qui pouvaient à tous les instants s'accorder ensemble. Au fond, l'afTaire du chapeau c'est la grande
(1) OEiivres du conHnal do RoLz, t. III, Mémo'res, 2» partie, p. 13o.
affaire ; disons mieux, c'est la seule affaire de la vie politique de Gondi. Elle explique toute sa conduite, et si elle ne fait pas honneur à son désintéressement, elle montre au moins qu'il était plus brouillon en apparence qu'en réalité, et qu'il a toujours su orienter vers un but unique ses pensées et ses actions. A partir de cette époque (octobre 1630), il n'a plus qu'un mot à la bouche : le chapeau, le chapeau. Il a pour lui la plus fine et la plus déliée des entremetteuses politiques, M""^ de Chevreuse, qui s'épuise à arracher au Mazarin une concession qui peut encore le sauver ; il a pour lui Monsieur qui, admirablement endoctriné, s'en va en personne à Fontainebleau pour parler en sa faveur, et n'ayant rien obtenu, revient en disant aimablement du cardinal : « le mhérahle n'est bon qiCàpendre. » Démarches et paroles inutiles : la haine de la reine, qui n'a pas oublié la journée des Barricades, est la plus forte, et aussi l'intérêt personnel du cardinal dont l'opposition, pour être sourde ou ne s'exprimer que par ses créatures, n'en est que plus dangereuse. Le jour où l'affaire fut discutée en plein conseil, le garde des sceaux Châteauneuf alla jusqu'à mettre un genou en terre devant la reine pour la supplier, au nom du roi son fils, de ne pas autoriser par un exemple qu'il appela funeste l'insolence d'un sujet qui voulait arracher les grâces l'épée à la main. C'était au moins spécieux ; mais tant de raisons n'étaient pas nécessaires pour détourner la reine d'un parti qui lui faisait naturelle-
ment horreur, et ce que son esprit avait décidé bien avant le conseil ne changea point à son issue. Gondi n'eut pas le chapeau. Sa disgrâce, publiée aussitôt en tous lieux, fit la joie de ses ennemis et exaspéra jusqu'à la fureur sa vanité. Quand il vit que Mazarin, pour emprunter ses propres expressions, loin de songer à lui donner le chapeau, ne pouvait même pas se résoudre à le lui laisser tomber sur la tète, il changea résolument de tactique — une volte-face de plus ne le gênait pas beaucoup, — et il passa, avec armes et bagages, du côté des Princes.
Il y avait alors (novembre 1650) un peu moins d'un an que le lion, le renard et le singe étaient en cage. Ce même Gondi qui avait si allègrement aidé à les y mettre, allait les en faire sortir. Mais, pour en arriver là, que de pas il fallut encore ! que de démarches, que de négociations ténébreuses, que d'alliances subtiles et inattendues ! C'est la politique de faux-nez qui recommence à cet endroit de la Fronde ; il semble que tous les personnages qui sont en scène soient des mouchards ou des conspirateurs. Le traître contre lequel tout le monde conspire, c'est Mazarin : le chef et l'âme du complot, c'est Gondi. On parle bas ; on se visite la nuit ; on échange des petits papiers oii chacun indique sans vergogne les avantages qu'il entend retirer de l'entreprise. Ceux qui n'ont pas signé, on les arrête entre deux portes, et on leur met la plume etl'écritoire sur la gorge. C'est une société où les membres se tiennent en si haute estime
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qu'il leur semble qu'ils n'ont jamais pris assez de précautions les uns contre les autres. Monsieur désire le mariage de M"° d'Alençon, sa fille, avec M. le duc : c'est un bon père. M. de Beaufort ne veut pas être troublé dans la possession de l'amirauté. M^'^ de Ghevreuse n'est pas fâchée de devenir princesse du sang par son mariage avec le prince de Conti. Le coadjuteur veut le chapeau : cela, il est vrai, n'est écrit nulle part; mais c'est sous-entendu partout. La plus désintéressée était peut-être encore la Palatine, qui avait grandement servi au rapprochement des deux partis, uniquement par amour de l'intrigue et pour se donner à elle-même la comédie.
Quand tout fut arrêté, convenu, signé, paraphé, Gondi mit résolument les fers au feu. Les vieilles haines du Parlement contre le Mazarin n'étaient pas éteintes : il ne fut pas difficile de les exciter de nouveau. Comme on l'avait décidé chez la Palatine, la princesse de Condé présenta requête pour l'élargissement de son mari. M"'' de Longueville en fit autant pour son père. Le capitaine des gardes de Monsieur le Prince apporta de lui une lettre où il demandait des juges ou la liberté. Autant de coups qui commencèrent d'étourdir le cardinal. La victoire dumaréchal du Plessis sur M. de Turenne près de Rethelle remit un peu ; mais ce ne fut qu'un éclair de mieux, et Rethel eut plus d'inconvénients pour lui encore que d'avantage, en le laissant trop présumer de ses propres forces. L'opinion publique, chauffée avec art.
lui redevint hostile : les attroupements dans la rue recommencèrent, et aussi les clameurs des malintentionnés grossies de l'appoint inévitable des badauds. Paris gronda, le Parlement délibéra et le 30 donna un arrêt par lequel il fut ordonné que de très humbles remontrances seraient faites à la reine pour demander la liberté de Messieurs les Princes. II fut aussi arrêté de députer un président et deux conseillers vers M. le duc d'Orléans ponr le prier d'employer pour le même effet son autorité. C'est ^dans cette séance que Beaufort se couvrit de gloire en donnant son avis. Le coadjuteur l'avait seriné jusqu'à deux heures du matin chez M™* de Montbazon pour le faire parler au moins un peu juste dans une occasion aussi délicate; mais le grand bêtaoublia la leçon :
— Il salua la compagnie . De son chapeau fort humblement, Et puis d'une mine hardie Leur fit ce beau raisonnement.
Il y a trois points dans cette affaire : Les Princes font le premier point, Je les honore, je les révère.
C'est pourquoi je n'en parle point.
Le secopdest de l'Eminence, De Monsieur ou du Mazarin ; Sans barguigner, j"aimela France Et vais toujours mon grand chemin.
.l'ai le cœur franc comme la mine.
Je suis dans les bons sentiments, Ainsi je conclus et j'opine Comme fera M. d'Orléans.
Cette chanson fit la joie de tout Paris. Beaufort, vexé, voulut se fâcher contre ceux qui avaient mis son avis en vers ; mais M. de Guémené lui fit observer qu'il avait tort, parce qu'auparavant son avis n'avait ni rime ni raison.
La reine était malade. Elle n'entendit les remontrances que le 21 janvier, et elle essaya encore de gagner du temps en disant qu'elle ferait réponse dans peu de jours. Toutes ces finasseries, à une heure oîj il eût fallu agir vite et avec décision, perdirent le Mazarin. Cette fois, la politique expectante qu'il aimait à pratiquer ne lui porta pas bonheur. Gaston d'Orléans, chambré au Luxembourg par les frondeurs, poussé par les uns, entortillé par les autres, disant à ceux-ci : « Ai-je tort ? » disant à ceux-là « ai-je raison ? » respectueusement méprisé de tous et pardessus le marché, grondé la nuit par sa femme, finit par se déclarer en faveur des princes. Mais quelle peine il avait fallu pour fixer cette âme flottante et veule ! Gondi, qui était son directeur politique, en savait quelque chose. Le Parlement suivit avec joie le duc, qui était tout étonné lui-même d'avoir pris une résolution ; et Mazarin, accablé en quelques jours par une coalition qu'iln'avait. pas su empêcher, fut contraint de quitter Paris.
Le coadjuteur triomphait, et Anne d'Autriche démêla en lui sans peine, par derrière Gaston d'Orléans, l'auteur responsable de cette petite révolution. Elle en conçut pour lui les sentiments que l'on peut
croire et qui, se greffant sur de vieilles rancunes trop justifiées, aboutirent à une haine inexpiable. Jusque là Gondi bon gré mal gré avait suivi Beaufort et Broussel ; à partir de ce moment, il se campe au premier rang, il apparaît en pleine lumière, il est autre chose qu'un simple agitateur, il devient ce qu'il avait toujours appréhendé d'être, un factieux. C'est au moins ainsi qu'on le considère nettement à la cour, et il faut bien avouer qu'avec sa victoire sur Mazarin ses chances d'arriver au pouvoir, loin d'augmenter, reculent de plus en plus dans un lointain obscur. Il a de son côté — mais pour combien de temps! — le duc d'Orléans, le Parlement, le peuple ; il a contre lui des animosités personnelles que rien au monde ne fera maintenant disparaître. Anne d'Autriche était véritablement blessée au cœur ; elle en donna la preuve dans un factum dirigé contre Gondi et que le secrétaire d'Etat du Plessis-Guénégaud lut en sa présence aux députés du Parlement : il y était dit « que tous les rapports que le coadjuteur avait faits au Parlement étaient tous faux et controu vés par lui, que c'était un méchant et dangereux esprit qui donnait de pernicieux conseils à Monsieur ; qu'il voulait perdre l'Etat parce qu'on lui avait refusé le chapeau, et qu'il s'était vanté publiquement qu'il mettrait le feu aux quatre coins du royaume, et qu'il se tiendrait auprès avec cent mille hommes qui étaient engagés avec lui pour casser la tête à ceux qui se présenteraient pour l'éteindre ». A mesure que
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du Plessis-Giiénégaud lisait, la reine approuvait de •la voix et du geste, et au besoin elle ajoutait des commentaires qui, venant de sa royale bouche, n'en donnaient que plus de saveur au factura. Le même papier fut lu par le premier président, et Gondi en releva les imputations avec son audace et sa vivacité habituelles; il alla même, pour les besoins de sa cause, jusqu'à forger une citation latine que les plus doctes parlementaires cherchèrent vainement dans les auteurs sans pouvoir la trouver.
— « Si le respect que j'ai pour Messieurs les préopinants ne me fermait la bouche, je ne pourrais m'empêcher de me plaindre de ce qu'ils n'ont pas relevé l'indignité de cette paperasse que l'on vient de lire, contre toutes les formes, dans cette Compagnie, et que Ton voit formée des même^ caractères qui ont profané le sacré nom du roi pour animer des témoins à brevet. Je m'imagine qu'ils ont cru que ce libelle qui n'est qu'une saillie de la fureur de M. le cardinal Mazarm était trop au-dessous d'eux et de moi. Je n'y répondrai, Monsieur, pour m'accommoder à leur sentiment que par un passage d'un ancien qui me vient dans l'esprit: « Dans le mauvais temps, je n'ai pas abandonné la ville; dans les bons je n'ai point eu d'intérêts ; dans les désespérés je n'ai rien craint (1). » Je demande pardon à la Compagnie de la liberté que j'ai prise de sortir par ce peu de paroles du sujet de la délibération. Mon avis est, Messieurs, de faire très humbles remontrances au roi et de le supplier d'envoyer incessamment une lettre de cachet poui^a liberté
(1) Retz ne donne pas le texte latin de cette citation improvisée pour les besoins de sa défense. Le voici d'après Guy Joly : «In difûcila limis Reipublicœ temporibus Urbem non desenii ; in prosperis nibil ce de publieo delibavi. in desperalis niliil tinuii. »
de Messieurs les Princes et une déclaration d'innocence en leur faveur, et d'éloigner de sa personne et de ses conseils M. le cardinal Mazarin.' Mon sentiment est aussi, Messieurs, que la Compagnie résolve dès aujourd'hui de s'assembler lundi pour recevoir la réponse qu'il aura plu à Sa Majesté de faire à MM. les députés. »
Gondi eut gain de cause. Mazarin délivra les Princes et prit tout piteux le chemin de l'exil. Anne d'Autriche, le voyant dehors, brûlait de quitter Paris. Ce n'était pas le compte du coadjuteur, qui ne se souciait pas à ce moment-là de renouveler la faute de 1649. En 1789 on alla chercher le boulanger, la bou langère et le petit mitron à Versailles ; en I60I on avait sous la main la grosse Suissesse, comme l'appelait Gondi, avec ses enfants, et on mit des postes avec des barrières pour qu'il ne leur prît pas fantaisie de faire une fugue à la campagne. Les bourgeois de la milice qui étaient chargés de la garde des postes, s'acquittaient en conscience de leurs fonctions ; ils visitaient tous les carrosses, ouvraient tous les cofTres, oii d'aventure le roi pouvait être caché, et soulevaient les masques des dames pour, s^assurer qu'aucune d'elles n'était Anne d'Autriche. « On veut enlever le roi, criait la foule, nous voulons le garder. » Le duc d'Orléans, au nom duquel toutes ces mesures avaient été prises par Gondi, avait eu bien envie ensuite de les désavouer, suivant son invariable coutume. Il en fut détourné, quand il alla au Parlement, par les applaudissements populaires.
— « Je pris la résolution de ne point proposer à Monsieur d'y aller, mais de me conduire d'une manière qui l'obligeât toutefois d'y venir, et le moyen que je pris pour cela fut que nous nous y trouvassions, M. de Beaufort, M. le maréchal de la Mothe et moi, fort accompagnés; que nous nous y fassions faire de grandes acclamations par le peuple ; qu'une partie des officiers des colonelles dépendants de nous se partageassent; que les uns vinssent au Palais pour y rendre le concours plus grand; que les autres fussent chez Monsieur comme pour lui ofFrirleur service dans une conjoncture aussi périlleuse pour la ville qu'aurait été la sortie du roi, et que M. de Nemours s'y trouvât en même temps avec M. de Coligni, de Lanques, de Tavanes et autres du parti des Princes, qui lui disent que c'était à ce coup que Messieurs ses cousins lui devaient leur liberté et qu'ils le suppliaient d'aller consommer son ouvrage au Parlement. M. de Nemours ne put faire ce compliment à Monsieur qu'à huit heures, parce qu'il avait commandé à ses gens de ne le pas éveiller plus tôt, sans doute pour se donner le temps de voir ce que la matinée produirait. Nous étions cependant au Palais dès les" sept heures où nous observâmes que le Premier Président gardait la même conduite, car il n'assemblait pas les Chambres, apparemment pour voir la démarche de Monsieur. Il était à sa place dans la grande Chambre, jugeant les affaires ordinaires ; mais il montrait par son visage et par ses manières qu'il avait de plus grandes pensées dans l'esprit. La tristesse paraissait dans ses yeux, mais cette sorte de tristesse qui touche et qui émeut parce qu'elle n'a rien de l'abattement. Monsieur arriva enfin, tard, et après que neuf heures furent sonnées, M. de Nemours ayant eu toutes les peines du monde à l'ébranler. Il dit en arrivant à la compagnie qu'il avait conféré la veille avec M. le garde des sceaux et que les lettres de cachet nécessaires pour la liberté de messieurs les Princes, seraient expédiées dans deux heures et partiraient in-
cessamment. Le Premier Président prit ensuite la parole et il dit avec un profond soupir: « M. le Prince est en liberté, et le roi, le roi notre maître, est prisonnier. » Monsieur qui n'avait plus de peur parce qu'il avait reçu plus d'acclamations dans les rues et dans la salle du Palais qu'il n'en avait jamais eu et à qui Coulon avait dit à l'oreille que Tescopetterie des Enquêtes ne serait pas moins forte. Monsieur, dis-je, lui repartit: « Il l'était entre les mains du Mazarin, mais Dieu merci il ne l'est plus. » Les enquêtes répondirent comme par un écho : € Il ne l'est plus, il ne l'est plus » (1). (10 février 1651).
Le 16, Messieurs les Princes arrivèrent. Monsieur alla au-devant d'eux jusqu'au village de la Chapelle ; il les prit dans son carrosse, oii se trouvèrent aussi M. deBeaufort et Gondi. Touchant oubli des injures, bien fait pour émouvoir les âmes sensibles. Les Parisiens qui n'avaient pas de carrosse, étaient venus à pied par milliers au-devant des augustes prisonniers. La route de Saint-Denis était noire de monde; c'étaient, partout, des vivats, des acclamations frénétiques et de continuelles mousquetades amicales. Paris en profita pour faire la fête pendant plusieurs jours ; on ferma les boutiques ; on célébra, le verre en main, la gloire du grand Gondé et on but en même temps à la confusion du Mazarin. Allait-on en être enfin débarrassé pour toujours ? Les chevaux euxmêmes étaient fatigués d'être rossés sous son nom. Gondi parle, avec quelque ironie, de ce changement
(1) Œuvres du cardinal de Retz, t. III, Mémoires, ^'^ partie, i». 2ôi-
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«l'opiiiion chez ceux qui avaient applaudi un an auparavant à l'incarcération de Monsieur le Prince. Mais il a tort, et cette fois la foule n'était pas aussi capricieuse qu'il veut bien le dire. C'était la défaite, que l'on croyait définitive, du signor Mazarin qu^on acclamait dans le retour de Condé. Mais quand Oondi écrivait ses Mémoires, il avait goiité à son tour toutes les amertumes de l'inconstance populaire, et il savait enfin qu'il n'est pas plus sage de se fier aux peuples qu'aux princes des hommes, quia non est sa/i(s in mis.