MAZARIN
R)! production du Mnsrc de Vrmndli's.
SOX ÉVASION 179
appelaient lesgens au secours du jacobin qui se baignait ; mesquaire gentilshommes se trouvèrent à point nommé au bas du ravelin où ils avaient fait semblant de faire abreuver leurs chevaux comme si ils eussent voulu aller à la chasse. Je fusa cheval m.oi-mème devant qu'il y eût eu seulement la moindre alarme, et comme j'avais quarante deux-felais posés entre Nantes et Paris, j'y serais arrivé infailliblement le mardi à la pointe du jour, sans un accident que je puis dire avoir été le fatal et le décisif du reste de ma vie... , J'avais un des meilleurs chevaux du monde et qui avait coûté mille écus à M. de Brissac. Je ne lui abandonnai pas toutefois la main, parce que le pavé était très mauvais et très glissant ; mais un gentilhomme à moi, qui s'appelait Boisguérin, m'ayant crié de mettre le pistolet àla main parce qu'il voyait deux gardes du maréchal qui ne songeaient pourtant pas à nous, je l'y mis effectivement, et en le présentant à la tête de celui de ces gardes qui était le plus près de moi pour l'empêcher de se saisir de la bride de mon cheval, le soleil qui était encore haut donna dans la platine. La réverbération fit peur à mon cheval qui était vif et vigoureux. Il fit un grand soubresaut et il retomba des quatre pieds. J'en fus quitte pour l'épaule gauche qui se rompit contre la borne d'une porte. Un gentilhomme à moi, appelé Beauchesne. me releva, il me remit à cheval, et quoique je souffrisse des douleurs effroyables et que je fusse obligé de me tirer les cheveux de temps en temps pour m'empècher de m'évanouir, j'achevai ma course de cinq lieues devant que M. le Grand Maître qui me suivait à toute bride m'eût pu joindre. Je trouvai au lieu destiné M. de Brissac et M. le chevalier de Sévigné avec le bateau. Je m'évanouis en y entrant. L'on me fit revenir en me jetant un verre d'eau sur le visage. Je voulus remonter à cheval quand nous eûmes passé la rivière, mais les forces me manquèrent et M. de Brissac fut obligé de me faire mettre dans une fort grosse meule de foin où il me laissa avec un gentilhomme à moi, nommé
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Montet qui me tenait entre ses bras. Il emmena avec lui Joly qui seul avec Montet m'avait pu suivre, les chevaux des trois autres ayant manqué, et il tira droit à Beaupréau, en dessein d'y assembler la noblesse pour me
venir tirer de ma meule de foin J'y demeurai caché
plus de sept heures avec une incommodité que je ne puis vous exprimer. J'avais l'épaule rompue et démise; j'y avais une contusion terrible. La fièvre me prit sur les neuf heures du soir : l'altération qu'elle me donnait était encore cruellement augmentée par la chaleur du foin nouveau. Quoique je fusse sur le bord de la rivière, je n'osais boire parce que si nous fussions sortis de la meule, Montet et moi, nous n'eussions eu personne pour raccommoder le foin qui eût paru remué et qui eût donné lieu par conséquent à ceux qui couraient après moi d'y fouiller. Nous n'entendions que des cavaliers qui passaient à droite et à gauche. Nous reconnûmes même Çoulon à sa voix. L'incommodité de la soif est incroyable et Inconcevable à qui ne l'a pas éprouvée. M. delà Poise Saint-Offanges, homme de qualité du pays que M. de Brissac avait averti en passant chez lui, vint sur les deux heures après minuit me prendre dans cette meule de foin après qu'il eut remarqué qu'il n'y avait plus de cavalerie aux environs. Il me mit sur une civière à fumier et il me fit porter par deux paysans dans la grange d'une maison qui était à lui, à une lieue de là. Il m'y ensevelit encore dans le foin, mais comme j'y avais de quoi boire, je m'y trouvais même délicieusement (1). »
Il était sauvé. La noblesse de Beaupréau et autres lieux arriva. On plaça le malade dans un bon carrosse, sur deux matelas, et au milieu d'une escorte formidable qui s'accroissait sans cesse, il s'achemina
(1) OEiivres du cardinal de Retz, t. IV, Mémoires, 2« partie, p. 513o-2o.