‹ Le Cardinal de RetzChapitre 43 sur 51 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l'exil et le retour ex FRANCE. DERMÈRES ANNÉES DE RETZ.

Volonté inébranlable de Retz dans ladversité. — Retz à Rome. — Il fait élire le pape Alexandre VII. — La Fronde ecclésiastique à Paris.

— Energie et adresse du euré Chassebras. — Retz essaie en vain de rentrer en grâce après la paix des Pyrénées. — Son existence errante en Allemagne et en Hollande. — Il offre spontanément sa démission à Louis XIV en 1662. — Compensation s qui lui sont données.

— Les dernières années de sa vie.. — Ses voyages à Rome. — Ses tentatives infructueuses pour revenir au pouvoir. — Sa démission de cardinal n'est pas acceptée (1675). — Sa mort en 1679.

La volonté dans Retz avait un ressort prodigieux ; elle ne se faussa pas une minute pendant les dures épreuves auxquelles il fut soumis à partir de son arrestation et qui ne prirent fin qu'en 1662, après la mort de Mazarin. Le côté puéril et quelquefois ridiculement vaniteux de sa nature disparaît; en face de Mazarin, de Louis XIY, de toute une cour et presque de toute une nation acharnés à sa perte, il ne reste plus qu'un cardinal, archevêque de Paris, inébranlable dans sa constance à maintenir ses droits et capable à l'occasion d'être le martyr, sinon de sa foi, au moins de son orgueil et de ses dignités.

Si Retz avait besoin de repos, après tant d'années de luttes, d'intrigues, de batailles sur le pavé et de négociations au fond des ruelles, le tout couronné

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parla captivité assez sévère de Yincennes et de véritables aventures de mousquetaire, il ny parut en aucune façon quand il arriva à Rome. La mort d'Innocent X et l'ouverture du conclave le servirent à souhait. Après trois mois de manœuvres savantes auprès desquelles Turenne et MontecucuUi étaient des enfants, Retz réussit à faire élire, le 7 avril 1655, le cardinal Ghigi (Alexandre YII), qui ne justifia pas toutes les espérances qu'il avait mises sur sa personne. Au lieu de le défendre contre la cour de France, le nouveau pape, elTrayé par les menaces de l'envoyé de Louis XIV, Hugues de Lionne, lui fit comprendre que sa présence à Rome devenait dangereuse pour le Saint-Siège, et, moins humilié que dédaigneux, Retz se retira en Toscane (fin de juillet 1656). Il n'y resta que peu de temps et alla s'établir en Franche-Comté, sur les terres du roi d'Espagne, imprudence ou habileté que ses ennemis ne manquèrent pas d'exploiter contre lui.

A Paris la Fronde ecclésiastique faisait rage. Dès le jour même de son évasion, le cardinal, par une pièce conforme expédiée au Chapitre de Notre-Dame de Paris, avait révoqué sa démission d'archevêque, comme lui ayant été extorquée par force et violence. Il avait en même temps écrit à tous les curés de Paris, pour la plupart anti-Mazarins enragés et vieux complices de rébellion. Enfin, le 14 décembre 1654, il avait adressé une lettre à Messieurs les archevêques et évêques de l'Église de France pour les intéresser à

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sa cause qui était la leur. Sans parler de ses droits qu'il revendiquait avec une logique hautaine, mais irréfutable, il y signalait les mauvais traitements dont ses domestiques, ses amis, son père lui-môme avaient été victimes.

— « On a condamné mes domestiques, sans aucune forme de procès, à un rigoureux exil. On a persécuté tous ceux qu'on a cru être mes amis. On a banni les uns, on a emprisonné les autres. On a exposé à la discrétion des gens de guerre les maisons et les terres de mes proches. Et on a eu assez d'inhumanité pour étendre la haine que l'on me porte jusque sur la personne de celui dont je liens la vie, mes ennemis ayant bien jugé qu'ils ne pouvaient me faire une plus profonde et plus cuisante plaie qu'en me blessant dans la plus tendre et la plus sensible partie de mon cœur. iNi .la loi de Dieu qui défend de maltraiter les pères à cause de leurs enfants, ni son extrême vieillesse qui aurait pu toucher des barbares de compassion, ni les services passés qu'il a rendus à la France dans l'une des plus illustres charges du royaume, ni sa vie présente, retirée et occupée dans les exercices de piété qui ne lui fait prendre d'autre part dans la disgrâce de son fds que celle de la tendresse d'un père et de la charité dun prêtre, pour le recommander à Dieu dans ses sacrifices, n'ont pu les détourner d'ajouter à son dernier exil de Paris un nouveau bannissement : d'envoyer avec des gardes et à l'entrée de l'hiver un vieillard de soixante et treize ans, à cent lieues de sa maison, dans un pays de montagnes et de neiges, pour accomplir en lui ce que le patriarche Jacob disait autrefois de soi-même dans la malheureuse conspiration de lenvie qui lui avait ravi son fils Joseph : « Qu'on ferait descendre ses chc-

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veux blancs avec douleur et amertume dans le tombeau (1^. »

La forme du morceau est un peu ecclésiastique, comme il convenait dans la circonstance ; mais l'accent est beau, et on est surpris de le trouver sur les lèvres de Gondi qui n'a rien d'un héros pleurard et sentimental. C'est au reste à bon droit qu'il stigmatise la conduite de Mazarin, devenu féroce depuis qu'il n'avait plus rien à craindre. Celui-ci poursuivait avec passion un homme qui avait eu l'audace d'être son rival et l'espérance d'être un jour son suc cesseur. Mais cette passion, aggravée de la solide haine d'Espagnole qu'Anne d'Autriche nourrissait toujours contre Gondi. était si exagérée qu'elle en dievenait maladroite. La fureur de la persécution, les illégalités commises, l'imprudence toujours grave de s'attaquer à des prêtres dont plus d'un était indépendant ramenèrent à Gondi les sympathies qui s'étaient écartées de lui. L'arrêt du conseil d'Etat (22 août 1634) qui déclarait l'archevêché de Paris vacant ne put être exécuté ; on fit brûler la lettre de Gondi aux archevêques et évêques de France en place de Grève par la main du bourreau ; on enjoignit par une ordonnance à tous les Français de quitter son service et de rentrer dans le royaume; on essaya de le prendre par la famine en séquestrant tous les revenus de l'archevêché : on défendit à tous

(1) OEiivres du cardinal do Rotz, t. VI, p. 4d-4G.

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les curés de recevoir de lui à Tavenir aucunes lettres, mandements ou instructions quelconques sous quelque prétexte que ce fût. Tout cet appareil de justice fut vain. On ne put empêcher les réponses de Retz à toutes ces mesures arbitraires de parvenir jusqu'au clergé de Paris et d'y entretenir une violente agitation. Il trouva des amis pour le défendre, des âmes fortes et des cœurs honnêtes pour risquer les plus grands châtiments en soutenant sa cause. Et dans ces débats qui réveillaient les vieilles rancunes mal assoupies, les l'ieurs ne furent pas toujours du côté du Sicilien. Particulièrement il trouva dans le curé de la Madeleine, Chassebras, dont Retz avait fait un de ses grands vicaires, un adversaire énergique, résolu et malicieux. Chassebras, menacé d'arrestation comme son maître, s 'était réfugié dans la tour Saint-Jacques-la-Boucherie, et de cette cachette où on ne songeait pas à le relancer, il révolutionnait tout Paris. La ville, en se réveillant un beau matin du mois d'août 16oo^ vit placardé sur tous ses murs un mandement du cardinal de Retz. Rage de la police, qui lacéra les placards, non sans qu'on eût le temps de les lire. Retz s'y exprimait avec une singulière énergie; il y disait notamment :

— « Nous voulons que tous les curés, prêtres séculiers et réguliers et autres fidèles de notre diocèse sachent qu'ils ne se peuvent à l'avenir soumettre à d'autre puissance spirituelle que la nùtie, qu'elle est la seule et le'gilimc approuvée de Dieu et de l'Église, et que ceux qui

chercheront ailleurs que sous notre conduite et des personnes par nous commises la grâce qui les sauve n'y trouveront que leur condamnation ; que ceux qui prendront les ordres sacrés se lieront plutôt devpnt Dieu et se rendront abominables qu'ils ne se mettront en état de délier les autres et de les sanctifier ; que ceux auxquels on voudra communiquer le pouvoir d'absoudre ne le recevront aucunement et tromperont malheureusement les âmes qui prendront leur direction ; que les dispenses données pour le mariage ne seront pas valables ni les professions religieuses canoniques; entin que toute autre conduite que la nôtre ne sera qu'un horrible sacrilège et qu'une intrusion détestable (1). »

A la suite de cet exploit, Chassebras, décrété de prise de corps, n'eut qu'à bien se tenir. Comme on ne parvenait pas à mettre la main sur lui, on le cria par trois fois à son de trompe dans les rues et carrefours de Paris. Mais il ne se laissa pas intimider, et toujours invisible dans sa tour, le 8 septembre 1655, il fit afficher de suite à la porte de toutes les églises une première Monition, où il protestait lui-même contre toutes les violences dont il était l'objet, et oii il invitait ceux qui s'en rendaient coupables à en demander pardon au Seigneur. Pour le coup, c'était trop fort. Un simple curé tenait en échec toute la justice royale. Le Chàtelet instruisit de nouveau contre Chassebras, et le condamna, pour crimes de rébellion et de désobéissance au roi, à la peine du bannissement à perpétuité, à la confiscation de tous

(1) OEuvres complètes du canl. de Retz, t. VI, p. ilS-ll-'j.

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ses biens et à la vacance de tous ses bénéfices, avec défense à toutes personnes de lui donner asile. L'arrêt était du 27 septembre. Chassebras, le 17 octobre suivant, rouvrit le feu et fit afficher à la porte des églises de Paris une seconde Monitioji. Ses affidés, paraît-il, avaient trouvé le moyen delà placarder sans être vus. Ils marchaient le soir clans les rues, peu éclairées alors, comme on sait, portant sur le derrière de leurs épaules des feuilles imprimées tout enduites de colle qu'ils appliquaient au coin des rues et des places publiques, en s'appuyant le dos aux murs. L'àme de Gondi semblait avoir passé dans le corps du curé de la Madeleine. Ce fut vraiment à Chassebras et à son indomptable attitude que l'archevêque de Paris dut la reconnaissance de ses droits. La course vit contrainte de lui demander qu'il choisît lui-même un grand vicaire sur une liste présentée par le roi. Il le fit, mais eut le malheur de tomber sur un homme qui se fit le plat valet de Mazarin. La Fronde ecclésiastique recommença, menée avec la même vigueur par Retz et ses partisans ; mais les détails en paraîtraient plutôt fastidieux à nos lecteurs . Qu'il suffise de savoir que notre héros ne faiblit pas un instant dans sa résistance, tout en continuant d'assurer le roi de son parfait dévouement et de son inviolable fidélité.

Mais les beaux jours de la guerre civile étaient passés. La paix des Pyrénées fut signée. Gondi, qui depuis quelque temps gardait le silence^ reprit la

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parole. Il publia le 24 avril 1660 une lettre adressée à tous les évêques, prêtres et enfants de l'Eglise, et inspirée, on l'a dit du moins, par Messieurs de Port-Royal. Les jansénistes avaient compté parmi les ardents défenseurs des droits de rarchevêque de Paris, et on peut supposer qu'entre tant d'autres griefs Louis XIV n'oublia pas leur attitude dans cette occasion. La lettre est grave, d'un ton élevé, et il faut faire effort pour retrouver le Gondi que nous connaissons dans le pieux archevêque qui cite les Pères et se retranche modestement derrière l'illustre Hildebert, évêque du Mans.

« Je me suis persuadé que je devais imiter en ce rencontre la conduite d'un grand évêque de France, l'illustre Hildebert, évêque du Mans et depuis archevêque de Tours, qui, ayant été opprimé comme moi par la puissance séculière, jugea que de la prison où on l'avait renfermé contre les droits de l'épiscopat, il devait faire entendre sa voix partout où il y a des pontifes du Seigneur et des enfants de l'Eglise qui pouvaient compatir à ses maux et donner au moins des larmes et des prières aux afflictions de leur Mère (1). »

Ailleurs il se compare sans rire à saint Athanase et à saint Eusèbe de Samosate. De toutes ses bouffonneries, ce factum est certainement la plus grosse ; et ceux qui connaissaient et ses débordements passés et la vie d'aventurier qu'il menait encore dans son exil eurent, sans être trop bégueules, le droit de trouver qu'il dépassait la mesure.

(1) Œuvres complètes du cardinal de Retz, t. VI, p. 322.

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« Que pouvait-il y avoir de plus innocent que de suivre une conduite de tant de Saints persécutés sous le nom des princes, et les seuls exemples de saint Âthanase et de saint Eusèbe de Samosate dont le premier fut si longtemps retiré dans les déserts de la Thébaïde et même caché sous la terre dans une citerne sèche, et le dernier traversa tant de pays sous un habit déguisé, ne laissant pas de veiller au bien non seulement de son Eglise, mais aussi de celles de toute l'Asie? Ces exemples, dis-je, n'étaient-ils pas plus que suffisants pour mettre ma retraite à couvert de la médisance de mes ennemis qui, après m'avoir fait un crime de m'ètre retiré à Rome, m'en ont fait un autre d'en être sorti, et ont pris pour un sujet de renouveler leur aigreur contre moi ce qui devait être capable d'adoucir la haine la plus envenimée? Car si l'animosité n'avait été extrême en ce qui me regarde, n'auraient-ils pas dû être touchés de compassion de m'avoir réduit parleur violence à un état si digne de pitié selon le monde? Je ne doute point, Messieurs, que vos entrailles n'en soient émues, et que vous ne vous représentiez avec des sentiments de douleur la triste image et d'un cardinal et d'un archevêque de la capitale du premier royaume du monde, obligé d'errer de pays en pays et de ville en ville, exposé, comme dit saint Paul de lui-même, au péril des chemins, des voleurs et des domestiques corrompus et infidèles, environné de maux et de traverses audehorscomme au dedans ,et qui est même contraint de refuser les effets de la charité qu'on pourrait avoir pour lui, pour ne pas engager dans la persécution ceux qui auraient la bonté de les lui rendre. »

Comédien ! A qui croit-il en donner à garder avec les déguisements d'Eusèbe de Samosate et la citerne sèche de saint Athanase? ATheuremème où il rédigeait ces plaintes pathétiques, il courait le monde

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en faisant voir à son chapeau d'étranges choses et d'étranges gens.

Tant que son ennemi était le maître, il lui était interdit d'espérer. La mort seule de Mazarin en 1661 lui ouvrit les voies vers une réconciliation après laquelle il avait ardemment soupiré. Il la prépara avec son adresse habituelle, et jeta le plus allègrement du monde par-dessus bord les jansénistes qui l'avaient soutenu contre la cour. A ce dernier trait on voit que l'adversité ne l'avait pas changé. En même temps il adressait au roi une nouvelle lettre où il protestait de sa parfaite soumission et de son obéissance, ^'avait-il pas sufiisamment expié ses fautes par dix années de prison et d'exil? On avait pardonné à Gondé : les crimes de monsieur le Prince étaient-ils moins grands que ceux de l'ancien coadjuteur ? Mais Louis XIY, tout en inclinant au pardon, était décidé à ne pas laisser un factieux dont la conversion pouvait être sujette à de dangereuses rechutes sur le siège archiépiscopal de Paris. Retz comprit qu'à attendre plus longtemps il risquait de mourir en exil. Par une brusque décision qui était en même temps le plus adroit des calculs, il donna sa démission au moment où on s'y attendait le moins et sans stipuler aucun avantage vraiment sérieux en retour. Ce fut un coup de maître ; comme le cardinal l'avait prévu, l'orgueil de Louis XIV ne lui permit pas d'accepter sans compensation un pareil sacrifice, et dans ce combat de générosité le roi eul à cœur de

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ne point paraître inférieur à son sujet. Il lui donna Tabbayc de Saint-Denis, dont le revenu, de cent vingt mille livres environ, était de beaucoup supérieur à celui de rarchevèché de Paris ; et quand toute cette affaire fat enfin liquidée, après des délais assez longs, il lui témoigna sa satisfaction en l'admettant à lui faire sa cour le 6 juin 166i.

Louis XIY avait pardonné ; mais il n'oublia pas. Il consentit après la réconciliation à utiliser le génie politique de Gondi ; mais il ne lui confia que des missions secrètes auprès de la Cour de Rome, ne lui donna aucun titre, aucune charge officielle et l'écarta résolument du pouvoir. L'activité de Gondi se consuma dans d'obscures négociations (1) qui pouvaient avoir leur importance, mais qui se passaient en dehors des chandelles et dans un endroit du théâtre que les spectateurs ne pouvaient apercevoir. Ce fut un véritable crève-cœur pour le vieux révolutionnaire, que l'âge etl'amère expérience avaient, comme tant d'autres, assagi ; mais, malgré tout le zèle et toute l'intelligence qu'il mit au service du roi, il porta jusqu'au bout le poids de son passé. Il eut des compliments, des félicitations, çà et là un petit mot aimable de Louis XIY ; mais ce fut tout. La volonté du monarque s'accordait trop sur ce point avec les intérêts de ses ministres pour que Retz pût espérer un adouci) L'affaire de la garde corse, l'afTaire de la bulle lancée contre la Faculté de théologie de Paris, celle de Tinvestiture du royaume de Naples.

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cissement à cette implacable rigueur. A parties différents voyages qu'il fit à Rome, même à l'âge et dans l'état de santé oii son intérêt bien entendu lui aurait commandé le repos, il passa ses dernières années à Saint-Mihiel ou à Gommercy, allant de temps à autre à Saint-Denis ou à Paris, visitant ses amis dont la plupart lui restèrent attachés jusqu'à la fin, faisant des économies, payant ses dettes avec le soin scrupuleux d'un bourgeois et, au fond, rongé secrètement par l'ennui et triste jusqu'à la mort que le monde ne s'occupât plus de sa personne. C'est sans doute à cet état d'esprit qu'il faut attribuer sa grande résolution qui fit tant de bruit et qui rappela pour un instant sur lui l'attention publique. L'ancien acteur voulait mourir sur les planches. Il tira, pour ramasser la foule, un dernier coup de pistolet en offrant au Pape en 1675 sa démission de cardinal. Ce chapeau auquel il avait sacrifié toute sa vie, il y renonçait volontairement. Du coup, toutes les illustres abdications de l'histoire étaient dépassées et surpassées. Cette suprême mômerie fit encore des dupes parmi les amis de Retz ou les naïfs. Les autres, qui connaissaient le personnage, ne firent qu'en rire, et la Rochefoucauld donna la note juste en disant de son vieil ennemi qu'il venait de faire la plus éclatante et la plus fausse action de sa vie. « Notre bon cardinal », comme l'appelle madame de Sévigné,rata malheureusement son effet : on ne voulut pas accepter son chapeau, et, après avoir été cardinal malgré

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ceux qui l'avaient proposé, il fut cardinal malgré luimême. Il était de ceux dont la vie, quoi qu'ils fassent, ne peut pas être ordinaire. Après cet échec, il ne fit plus que languir. Il avait soutenu son rôle jusqu'au bout ; mais c'était fini : il fallait abandonner la scène, et il pouvait dire, lui aussi : Qualis artifex pereo !. . . Il mourut à Paris le 24 août 1679.

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