‹ Le Cardinal de RetzChapitre 49 sur 51 · QUALITÉS LITTÉRAIRES DE SON ŒUVRE · texte numérisé non relu

QUALITÉS LITTÉRAIRES DE SON ŒUVRE

fut achevée, quoique Ton fût au Palais dès les sept heures du matin et parce que le peuple était si animé que l'on appréhenda et avec fondement qu'il ne forçât les portes de la Grande Chambre . L'on proposa même à M. le Premier Président de sortir par les greffes pour lesquels il se pourrait retirer en son logis sans être vu, à quoi il répondit ces propres mots : « la Cour ne se cache jamais. Si j'étais assuré dépérir, je ne commettrais pas cette lâcheté qui de plus ne servirait qu'à donner de la har diesse aux séditieux. Ils me trouveraient bien dans ma maison si ils croyaient que je les eusse appréhendés ici. » Comme je le priais de ne se point exposer au moins que je neusse fait mes efforts pour adoucir le peuple, il se tourna vers moi d'un air moqueur, et il me dit cette mémorable parole que je vous ai racontée plus d'une fois : « Ah ! mon bon seigneur, dites le bon mot ». Je vous confesse que quoiqu'il me témoignât assez par là qu'il me croyait l'auteur de la sédition, en quoi il me faisait une horrible injustice, je ne me sentis touché d'aucun mouvement que de celui qui me fit admirer l'intrépidité de cet homme que je laissai entre les mains de Caumartin, afin qu'il le retint jusques à ce que je revinsse à lui. « Je priai M. de Beaufort de demeurer à la porte du parquet des huissiers pour empêcher le peuple d'entrer et le Parlement de sortir. Je fis le tour par la buvette, et quand je fus dans la grande salle, je montai sur un banc de procureur, et ayant fait un signe de la main, tout le monde cria silence pour m'écouter. Je dis tout ce que je m'imaginai être le plus propre à calmer la sédition et du Boisle s'avançant, et me demandant avec audace si je répondais que l'on ne tiendrait pas la paix qui avait été signée à Rueil, je lui répondis que j'en étais très assuré pourvu que l'on ne fît pas d'émotion^ laquelle continuant serait capable d'obliger les gens les mieux intentionnés pour le parti à chercher toutes les voies d'éviter de pareils inconvénients. Il me fallut jouer en ce quart d'heure trente personnages tout diffé-

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rents.Je menaçai, je caressai, je commandai, je suppliai ; enfin, comme je crus me pouvoir au moins assurer de quelques instants, je revins dans la Grande Chambre où je pris M. le Premier Président que je mis devant moi en l'embrassant : M. de Beaufort en usa de la même manière avec M. le Président de mesure et nous sortîmes ainsi avec le Parlement en corps, les huissiers à la tête. Le peuple fit de grandes clameurs : nous entendîmes même quelques voix qui criaient République ; mais l'on n'attenta rien et ainsi finit l'histoire (1). »

Il me reste à parler des portraits que Retz a semés si nombreux dans ses Mémoires. Ils sont classiques, et l'éloge que j'en ferai n'aura qu'un inconvénient, c'est de venir après beaucoup d'autres. C'était à qui, dans ses ouvrages, aurait la plus belle galerie. M"« de Scudéry a fait, dans ses romans, sous des noms persans ou romains, le portrait de la plupart de ses contemporains ; les autres romanciers ont suivi son exemple : les Mémoires du temps en sont pleins et, l'eût-il voulu, que Retz ne pouvait pas échapper à cette obligation sacrée ; mais son goût l'y poussait comme les autres, et il a sacrifié sans déplaisir à la règle : voici en quels termes il s'y résout, parlant à la dame inconnue — peut-être madame de Sévigné — à laquelle il adresse ses Mémoires :

« Je sais que vous aimez les portraits et j'ai été fâché par cette raison de n'avoir pu vous en faire voir jusques ici presque aucun qui n'ait été de profil et qui n'ait été par conséquent fort imparfait. Il me semblait que je n'avais pas assez de grand jour dans ce vestibule dont

(t)OEuvres du cardinal de Retz, t. H, Mémoires, 2«partie, p. 400-403;

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