‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 102 sur 218 · PROJETS CONTRE MAZARIN · texte numérisé non relu

PROJETS CONTRE MAZARIN

tache à la justice et aux bontés qu'elle a toujours si hautement déclaré avoir pour moi. Ce n'est pas, et je vous le dis franchement, et du meilleur de mon cœur, que j'aie la moindre pensée d'avoir aucune part dans les affaires de France, mais malaisément me saurais-je résoudre à devenir d'évèque meunier, comme cela serait si, après le poste qui j'ai tenu, on voulait me charger de la seule fonction de cardinal national à Rome ^.. »

Comme le projet avait été proposé par le duc d'Orléans au comte de Brienne, depuis longtemps secrétaire d'État pour les affaires étrangères, il ne me semble pas douteux que ce fut le coadjuteur qui en fut l'inventeur. Mazainn était désolé qu'une telle pensée pût être venue à Tesprit d'un de ses subordonnés. « Je ne sais ce que produira à mon égard, écrivait-il à Lionne à qui il avait rendu toute sa confiance, la majorité du roi, mais les commencements ne sont pas trop bons, puisque je vois M. le comte de Brienne appliqué, par de continuelles d^èches qu'il me fait, à me vouloir persuader d'aller à Rome, prenant prétexte sur la maladie du pape, et je ne vois pas qu'il parle en même temps, ni de m'assurer la jouissance de mes bénéfices, ni la réparation de mon honneur... » Lorsque « vous aurez vu, ajoutait-il avec une grande tristesse, le contenu eu la déclaration que Ton publie contre moi, où je suis déclaré un traître par le roi, vous n'aurez pas grande peine à inférer la force de mon crédit. J'en suis touché au dernier point que

1 22 septembre 1651. Arch'wes des affaires étmngèrtê.

MAZARiN n'Était pas prêtre. 273

vous pouvez vous imaginer, et je prie Dieu de m'assister afin que je prenne les résolutions qui sont les meilleures pour la défense de mon honneur *... »

Prévoyant le cas où il serait forcé de se rendre à Rome pour y assister au conclave, dans le cas où Innocent X, dont la santé était fort chancelante, viendrait à mourir, il écrivait alors à Tun de ses espions à Rome, Tabbé Elpidio Benedetti, cette trèscurieuse lettre qui vient résoudre un problème historique fort longtemps agité et jusqu'à présent non résolu : o Quant à la bulle pour défaut des ordres, la privation de la voix active (pour un cardinal) dans le conclave n'est pas de peu de considération, et pour cela, je désirerais savoir si, lorsque je prendrai les ordres, je resterai investi de cette voix, sans qu'il me faille obtenir une autre dispense *.»

Il résulte de cette lettre que Mazarin n'était pas prêtre. Il avait été nommé cardinal en 1640, avec dispense, sans être diacre. Il ne fut jamais que tonsuré, bien que, dans la liste des cardinaux, il figure tantôt avec le titre de prêtre, tantôt avec celui d'ee;^que. C'est ce qui a fait supposer à tort à quelques érudits qu'il était réellement prêtre. Cette désignation de prêtre ou à'évêque n'est qu'un degré honorifique dans la hiérarchie des cardinaux et n'implique nullement que celui qui est revêtu de l'un de ces titres soit dans les ordres.

* Archives du ministère des affaires étrangères. France. Lettres de Mazariyi, t. XXIX.

* « Quanto alla boUa per difetto degli ordini, non ë di poca conaideratione quella della priratione délia Toce attira nel conclave; e perciô desiderarei sapere se qifando prenderô grordini sacrî, resterô habilitato alla detta voce, senza dovere obtenere altra dispenza.w

i'ti CONFUT ENTRE EETZ ET CONDÉ.

Reprenons le fil de notre récit. Pendant ce temps, le coadjuteur, hors ce qui touchait aux intérêts de Mazarin, avait donné tous les gages ostensibles de fidélité à la régente '. Lorsqu'elle fut bien assurée qu'il était fermement résolu à entrer en lutte avec Condé sans garder le moindre ménagement, elle convoqua au Palais-Royal (17 août) les trois compagnies souveraines, les gens de THôtel de Ville et tous les princes et gentilshommes qui se trouvaient alors à Paris. Elle leur fit donner lecture d'un manifeste ou exposé de la situation. Elle déclarait au nom du roi, dans le préambule, que le cardinal Mazarin était à jamais banni, non-seulement du cabinet, mais du royaume. Puis, après avoir énuméré toutes les grâces dont elle avait comblé M. le Prince, elle articulait ses principaux griefs contre lui, notamment ses manœuvres dans les provinces pour y rallumer la guerre civile et ses pourparlers secrets avec les Espagnols. Le manifeste se terminait par CCS paroles énergiques : « Le roi emploiera les ' moyens que Dieu lui a mis en main pour prévenir les desseins pernicieux de M. le Prince et pour eu arrêter le cours. » Le lendemain, Condé, avec une nombreuse suite de gentilshommes, se rendit au Parlement et demanda que ses calomniateurs fussent punis, s'il était reconnu innocent, ou, s'il était déclaré coupable, qu'on le condamnât à ui^e peine à laquelle il souscrivait d'avance. Le duc d'Orléans,

^ Le véridique Guy Joly affirme dans ses Mémoires que le coadjuteur, à cette époque, était sincèrement dévoué à la reine et la servait avec une entière loyauté. Nous ferons observer toutefois que cette loyauté et ce dévouement n'étaient pas sans restrictions.

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