LA JOURNÉE DU !21 AOUT
qui tremblait que les deux partis ne missent Tépée à la main, resta chez lui, feignit une indisposition toute politique, se fit saigner et se mit au lit. Gondé s^efforça en vain de l'en tirer, mais il lui arracha un billet par lequel le duc le déclarait innocent sur tous les chefs d'accusation. Le 19, M. le Prince présenta au Parlement ce billet et un long discours écrit, signé de sa main, dans lequel il essayait de se justifier de toutes les accusations portées contre lui par la reine. Puis, prenant la parole, il accusa le coadjuteur d'être le principal auteur de toutes les calonmies semées contre lui. On sait la vive altercation qui s'ensuivit entre Retz et le prince. Le coadjuteur avait assisté à la séance avec M*^"" de Chevreuse dans une des tribunes grillées appelées lanternes. A leur sortie, ils furent hués à outrance par les partisans de M. le Prince. La reine fut transportée de joie de l'extrême fermeté dont Retz avait fait preuve en cette rencontre. Afin de protéger sa personne, elle le fit escorter par des soldats d'élite déguisés, à la fameuse séance du 31 août. Ce jour-là, les deux partis se rendirent au palais armés jusqu'aux dents. Condé et le coadjuteur échangèrent des paroles si hautaines et si aigres, qu'il s'ensuivit un horrible tumulte. Le cri ai(x armes! se fit entendre, les épées furent tirées, et il ne s'en fallut de rien que le sang ne coulât à flots. Fort heureusement quelques gentilshommes et quelques conseillers s'interposèrent et les épées rentrèrent dans le foureau. On sait quel grand danger cpurut le coadjuteur pendant cette journée. Serré entre deux battants de porte par le duc de La Rochefoucauld, il n'échappa que par miracle aux poignards