PROMESSE DU CHAPEAU
qu'il eut avec elle le 6 septembre, la veille du jour où elle choisit ses nouveaux ministres.
Retz qui, suivant sa coutume, confond sciemment toutes les dates, prétend que la reine lui remit l'acte de sa nomination au cardinalat avant la proclamation de la majorité du roi et avant l'installation du nouveau cabinet, mais c*est là une erreur, comme nous le verrons bientôt. « La reine me dît ensuite, écrit Retz dans ses Mémoires, que Favis du maréchal de Yilleroi était qu'elle attendit la majorité du roi, qui était proche, pour faire éclater le changement qu'elle avait résolu pour les places du Conseil, parce que ce nouvel établissement, qui serait très-désagréable à M. le Prince, tirerait encore de la dignité et de la force d'une action qui donne un nouvel éclat à l'autorité. «Mais, reprit-elle tout à coup, il faudrait par la même raison, remettre votre nomination ; M. de Ghâteauneuf est de ce sentiment. » Elle sourit à ce mot, et elle me dit : « Non, la voilà en bonne forme ; il ne faut pas donner à M. le Prince le temps de cabaler à Rome contre vous\ » Je répondis ce que vous pouvez imaginer à la reine, poursuit Retz , dont les explications suivantes paraissent plus vraies. Elle lit effectivement cette action de la meilleure grâce du monde, parce que le cardinal l'avait trompée la première en lui mandant qu'il fallait agir de bonne foi avec moi. Bluet, avocat du conseil et intimissime d^Ondedei,
^ Guy Joly dit dans ses Mémoires que ce fut la princesse palatine « dont le crédit était plus grand que celui de M"^* de Chevreuse, qui porta le dernier coup dans l'afTairedu chapeau et qui en eut tout rhonneur».
ACCUSATIONS CONTRE LA COUR. tSl
m*a dit plusieurs fois, depuis, que celui-ci lui avait avoué, le soir qu'il arriva de Briilh à Paris, que le cardinal ue lui avait rien recommandé avec plus d'empressement que de faire croire à la reine même que son intention pour ma promotion était très-sincère, parce que, dit-il à Ondedei, M"*" de Chevreuse la pénétrerait infailliblement si elle savait elle-même ce que nous avons dans Tàme. Vous ne serez pas surpris de ce qu'ils y avaient, qui était une résolution bien formée de me jouer, de se servir de moi contre M. le Prince, de me traverser sous main à Rome, de traîner la promotion et de trouver dans le chapitre des accidents de quoi la révoquer ". » Nous verrons bientôt que la nomination au cardinalat ne fut remise à Retz que quelque temps après, peu do jours avant le départ de la cour pour la Guyenne. Les accusations portées par Retz contre Mazarin à cette date sont-elles fondées ou dénuées de vérité ? Mazarin était-il de bonne foi et ne songeait-il point alors à reprendre d'une main ce qu'il donnait de l'autre ? Avait-il l'intention de se comporter plus loyalement à l'égard du coadjuteur qu'envers l'abbé de La Rivière? Donna-t-il, dès cette époque, ou plus tard, des ordres secrets pour que la nomination du coadjuteur fût révoquée dès que la promotion serait imminente ? Retz l'en a formellement accusé, et nous devons dire que, dans toutes
* La duchesse de Nemours, dans ses Mémoires, ne met point en doute que la cour manqua de franchise à Tégard du coadjuteur. « Il fut nommé, dit-elle, au cardinalat, mais on ue crut pas trop que cela pût réussir; car il était assez facile de juger, après tout ce qui s'était passé, que la cour ne voulait seulement que réblouir. »