S83 CONDÉ EN GUYENNE
nos recherches, nous n'avons trouvé ni cet acte de révocation, ni même la moindre preuve qu'il ait jamais existé. Ce qui équivaut au même , il résulte de la correspondance du bailli de Yalançay, alors ambassadeur de France à Rome, que Brienne, le secrétaire d'État des affaires étrangères, et Mazarin lui envoyèrent, non pas au début, il est vrai, mais beaucoup plus tard, des instructions secrètes pour qu'il retardât la promotion jusqu'au moment où le coadjuteur aurait donné des gages éclatants de son dévouement à la reine et à son favori. Parle fait, c'était une révocation déguisée. Il n'y avait pas plus de bonne foi d'un côté que de l'autre. Toute la question est de savoir quel est celui qui, le premier, de Retz ou de Mazarin , y a porté atteinte.
C'était à l'insu de Condé que Chftteauneuf , Mole et La Yieuville avaient été nommés par la reine à leurs nouvelles fonctions.
Le prince vit dans le choix de ces trois hommes qui lui étaient hostiles, et dont l'un surtout était un de ses plus implacables ennemis , non-seulement un parti pris de ne faire droit à aucune de ses exigences, mais peut-être même une nouvelle menace contre sa liberté. Ne se sentant plus en état de continuer la lutte à Paris, il quitta cette ville, et s'achemina lentement vers le Berry , après avoir vainement tenté de rallier à sa cause son beau-frère, le duc de Lon-gueville. La cour, afin d'éviter la guerre civile, lui dépêcha sur-le-champ un conseiller au Parlement qui l'atteignit à Bourges. Elle n'exigeait de lui qu'une seule chose, c'est qu*il « demeur&t paisible, dans son gouvernement de Guyenne », jusqu'à la
NOMINATION AU GABDINALAT. 283
convocation des États génépaux, lueur trompeuse dont la cour abusait encore tout le monde. Gondé repoussa cette offre avec hauteur, et, après avoir confié à son frère le prince de Conti et au duc de Nemours le commandement de Montrond et de la province, il se dirigea vers Bordeaux pour y organiser la guerre civile (22 septembre).
Diaprés les conseils du cabinet, il s'agissait d'aller combattre au plus tôt M. le Prince avant qu'il eût le temps de former une armée et de se mettre en état de défense. Afin de donner plus d'ardeur aux troupes, il fut résolu que le jeune roi et la reine suivraient l'expédition. Mais, au dernier moment, un nouvel obstacle pouvait surgir; on savait que le coadjuteur n'était pas homme à laisser partir la cour sans qu'on lui eût donné des gages. N'avaitil pas, déjà une fois, pendant les troubles, fait garder prisonniers le jeune roi et sa mère? A la fin de septembre, la reine fit appeler au Palais-Royal le prélat, qui lui fut présenté par le duc d'Orléans, et, à la prière de ce prince, elle lui fit remettre par le jeune roi, en bonne et due forme, l'acte de sa nomination au cardinalat. Six jours après, le 27 septembre, la cour s'empressait de quitter Paris pour se rendre à Fontainebleau, sans que le coadjuteur, ébloui un instant par l'éclat de la pourpre, pût alors s'apercevoir que Mazarin, par cette habile manœuvre, restait désormais le maître du jeu.
Au moment même où le coadjuteur, pour prix de ses intrigues et de ses révoltes, recevait cette haute dignité, Mazarin, qui avait rendu tant d'éminents services à la France, lisait au fond de son exil la der-