‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 109 sur 218 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le coadjuteur envoie à Rome Tabbé Charrier pour hâter sa promotion. — Portrait de cet abbé. — Sommes mises à la disposition de Tabbé Charrier pour faire le siège des cardinaux et des grandes dames romaines. ^ Tableau de la cour de Rome. — Le népotisme des papes. — Innocent X. — La signoraOUmpiaMaidalchini, bellesœur du pape; sa haute capacité. — Puissance de la favorite; passion dlnnocent pour dona Olimpia. — Pamphlets, satires et pasquinades. — Don Camillo. — La princesse de Rossano, parente de Retz. — Le cardinal Panzirolo, premier ministre du pape. — La daterie; abus effroyables qui s'y commettent. — Le sous-dar taire Mascambruni fabrique de fausses bulles au profit de dona Olimpia ; son procès, son exécution à mort. — Comment monsignor Ottoboni obtint le chapeau. -« Vente de chapeaux par le pape Urbain VIU. — Conduite d'Alexandre VII à l'égard d'Olimpia.

— Le sacré collège sous Innocent X. — Portrait de Fabio Cfaigi, premier ministre du pape. — Monsignor Azzolini secrétaire des brefs. — Henri d'Ëtampes, ambassadeur de France à Rome. ^- Instructions secrètes qu'il reçoit de la cour de France. — Ferdinand II de Médicis, grand-duc de Toscane, et son premier ministre, le bailli de Gondi, protecteurs de Retz auprès de la cour de Rome. — Sommes que Relz se procure pour acheter le chapeau.

— Nombreuses lettres de change qu'il envoie à l'abbé Charrier par des courriers extraordinaires ; cadeaux de toute sorte destinés aux dames romaines.-- Instructions du coadjuteur à l'abbé Charrier. — Ruses et manœuvres. — Explications mensongères que donne Retz dans ses Mémoires sur son affaire du chapeau.

A peine le coadjuteur eut-il entre les mains Tacle de sa nomination que, sans perdre de temps, et dans la crainte qu'elle ne fût brusquement révoquée, il fit partir pour Rome Tabbé Charrier, afin d y

â88 GUARRIER LE DIABLE.

hâter sa promotion par tous les moyens possibles. Cet abbé qui, d'après une tradition que j'ai recueillie dans sa famille, avait reçu le surnom de Chatrier le Diable, était de Técole des Ondedei et des abbés Fouquet, c*est-à-dire un homme sans le moindre scrupule, d'une dextérité et d'une audace surprenantes, passé maître en intrigues, un vrai disciple du coadjuteur, dont il était le bras droit et l'âme damnée. Retz avait dressé ses batteries avec une activité fiévreuse, il avait composé un chiflre des plus compliqués pour correspondre avec l'abbé et mis à sa disposition des sommes considérables pour faire le siège des cardinaux et des grandes dames romaines, qu'il supposait avoir de l'influence jusque dans le consistoire.

Pour avoir la clef des événements et des intrigues qui vont se dérouler sous les yeux du lecteur, il est indispensable de jeter un rapide coup d'œil sur Tétat moral de la cour de Rome à cette époque, de faire connaître les principaux personnages avec lesquels le coadjuteur avait à traiter et quelles étaient leurs dispositions à son égard.

Depuis trois siècles, Rome était en proie à une profonde corruption, qu'entretenait sans cesse le népotisme des papes. Sixte-Quint avait donné à un de ses petits-neveux 100,000 écus de bénéfices ecclésiastiques, représentant un million de livres de l'époque, qu'il faudrait multiplier aujourd*hui au moins par six ou par sept. Paul V combla les Borghèse; le cardinal de ce nom eut un revenu de 150,000 écus d'or ; Marc-Antoine Borghèse reçut une principauté ; et, sans compter de beaux palais à Rome.

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