‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 110 sur 218 · LA COUR DE ROME · texte numérisé non relu

LA COUR DE ROME

UD million d'écus d'or comptant, c'est-à-dire 60 k 70 millious de francs de nos jours, ce qui lui pennit aisément d'acheter quatre-vingts terres dans la seule campagne de Rome. De telles prodigalités augmentent l'appétit des neveux des papes qui succèdent à Paul V. Leur cupidité n'a plus de bornes et les populations sont foulées jusqu'aux dernières limites delà souffrance. Grégoire XV donne à son neveu, le cardinal Ludovisio, un revenu de 300,000 écus d'or de bénéfices. Les deux frères Barberini, sousleuroucle Urbain VIII, font en quelques années une moisson de iSO millions d'écus d'or (1 milliard 50 millions de livres de l'époque). Le pape eut des scrupules et nomma une commission pour savoir jusqu'.'i quel point il avait le droit d'enrichir sa famille aux dépens du trésor pontihcal. La commission lui répondit qu'étant souverain, il pouvait disposer de ses revenus envers qui bon lui semblait et que ses sujets étaient taillables et corvéables à merci. Sous Innocent X ce fut bien pis encore. >< Les peuples, dit un contemporain, n'ayant plus ni deniers, ui linge, ni matelas, ni ustensiles de cuisine pour satisfaire aux exigences des commissaires, n'ont plus qu'une ressource pour payer les taxes, qui est de se vendre comme esclaves '. » A côté de celte e.\trême misère s'étale un luxe tel que l'antiquité et nos temps modernes ne peuvent en donner aucune idée. Londres et Parisn'ofTrentpasd'habitalionsprivées qui puissent être comparées, même de loin, à ces pahiis cl ù ces villas splendides ornées d'œuvres d'art de ii^ul ^enre,

■ Vuijaye en llaiit, pur H. Taij

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290 PORTRAIT d'innocent X.

dont le népotisme des papes a peuplé la Ville éternelle et ses environs.

Jean-Baptiste Pamfili, Innocent X, avait signalé les commencements de son pontificat par des actes de justice et de vigueur qui donnaient lieu d'espérer qu41 voulait couper le mal à la racine. Les cardinaux François et Antoine Barberini, pendant le règne du pape Urbain VIII, leur oncle, avaient pillé et rançonné, ouvrais proconsuls romains, TÉtat pontifical et amassé la fortune colossale dont nous venons de donner le chiffre. Innocent résolut de leur demander compte devant les tribunaux de leur administration financière et de faire rentrer dans le trésor public tant de richesses qui en avaient été frauduleusement détournées. Ce fut en vain que, pour se soustraire aux poursuites, les deux Barberini se mirent sous la protection de la France et arborèrent ses armes à la porte de leurs palais. Innocent déclara hautement qu'il prêterait main-forte à la justice et qu'il ne renoncerait pas à ses droits, le connétable de Bourbon fût-il aux portes de Rome. Les deux frères prirent la fuite, après avoir mis en sûreté tout ce qu41s possédaient en argenterie et en pierres précieuses. Aussitôt le pape fît séquestrer leurs palais et leurs villas, luoghidi monte, et ils se virent incessamment sous le coup d'une confiscation. Mais cette ferme conduite d'Innocent ne fut que de peu de durée.

Gontarini, l'ambassadeur vénitien, le peint, dès 1647, avec toute la liberté que se permettent les gens de sa nation, même à l'égard des papes. II le montre comme un homme astucieux, indécis, et, qui pis est, obstiné dans l'indécision, à moins qu'une

PORTBAIT d'innocent X. 294

violente crainte ne le pousse à agir ; pusillanime lorsqu*il s'agit de prendre une mâle résolution ; cherchant à se soustraire aux inquiétudes par des moyens honteux ; parlant peu, écoutant beaucoup, redoutant les esprits supérieurs et gardant le silence pour ne pas se découvrir ; caressant les princes tout en leur refusant des grâces, ingrat envers ses amis et n'osant offenser ses ennemis ; rendant les négo^ ciations difficiles, moins à cause de sa brusquerie naturelle que de l'ambiguïté de ses réponses ; ren* voyant toutes les affaires importantes aux congrégations, et enfin n*ayant d'oreilles que pour » la virile Olimpia », sa belle-sœur, femme de la plus haute capacité.

Au moment où nous sommes, c'est-à-dire à Té* poque où le coadjuteur de Paris brigue le chapeau, le pape est un vieillard octogénaire, accablé d'infir-* mités, cloué au lit par la goutte les trois quarts de Tannée. Autrefois actif, intelligent, prudent, éner-^ gique, maintenant la mémoire éteinte, l'esprit affaibli, il n'est plus que l'ombre de lui-même et se trouve à peu près hors d'état de surveiller les actes de son gouvernement. En tout et pour tout, il est dévoué à l'Espagne, à qui il doit son élection à la tiare, et en toute rencontre il se montre l'implacable ennemi de la France et de Mazarin, qui l'avaient formellement exclu lors des votes du conclave. Ce fut donc avec le plus vif empressement qu'il accueillit les premières ouvertures que lui fit le coadjuteur pour entrer dans le sacré collège, car Innocent n'ignorait pas que si Retz était revêtu de la pourpre, personne ne lutterait avec plus d'avantage que lui

â9t2 LA SIGNORA OLIMPIA.

contre Mazarin. La nouvelle de la nomination du coadjuteur au cardinalat le transporta de joie, mais elle ne put le faire sortir de sa lenteur habitaelle, et, comme il y avait à faire à la fois une promotion d'un assez grand nombre de sujets, le dénoûment traîna en longueur pendant plusieurs mois, au grand désespoir du coadjuteur.

Le secoud personnage sur Tinfluence duquel Retz comptait le plus, après le pape, c'était la signora Olimpia, qu'il est utile de faire connaître avec quelque détail pour l'intelligence d'une partie des intrigues du coadjuteur auprès de la cour de Rome.

Olimpia Maidalchini joignait au génie des affaires et à une connaissance approfondie des hommes une extrême ambition et une avidité sans égale. £lle avait apporté à la maison Pamfili une grande fortune, et, comme après la mort de son mari elle n'avait pas voulu se remarier. Innocent lui avait confié l'administration des biens du défunt. Elle y fit preuve d'une si grande habileté qu'il ne dédaigna pas de la consulter sur les affaires d'État les plus épineuses, et elle y montra si bien les qualités d*uu esprit supérieur qu'il fit d'elle son conseiller le plus intime. Tout en gouvernant son beau-frère de la manière la plus absolue, Olimpia s'attacha avec la plus grande vigilance à déguiser son empire, mais elle ne réussit pas si bien que tout ne finit par transpirer au dehors. Le pontife étant constamment malade, la signora s'installa du matin au soir à son chevet, sous prétexte de lui prodiguer ses soins, et cUe ne laissa rien arriver jusqu'à lui sans qu'elle eu fût informée dans les plus menus détails. Aucune

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