‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 111 sur 218 · PASQUINADES · texte numérisé non relu

PASQUINADES

audience n'était accordée hors de sa présence ; elle assistait môme, cachée derrière un rideau, à toutes les entrevues des ministres étrangers avec le pape. Peu à peu son influence devint si considérable, que les souverains lui envoyaient de riches présents pour obtenir sa faveur, que les ambassadeurs, à leur arrivée à Rome, no manquaient pas de lui rendre visite, et que son portrait, comme celui d'une reine, figurait dans tous les palais des cardinaux'.

S'il faut ajouter foi à quelques graves historiens qui, sur ce point, semblent d'accord avec les pamphlets de Tépoque et les dialogues de Pasquin et de Marforio, la signera, qui avait été fort belle dans sa jeunesse, avait inspiré à Innocent, alors qu'il était simple cardinal, une passion aussi vive que durable. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il avait pour elle une affection profonde, d'une vivacité si étrange, qu'elle lui attira plus d'une fois les représentations des je* suites et de l'empereur', et qu'elle servait incessamment de matière aux propos malins des habitants de Rome. Chansons, traits mordants, satires, pasquinades se croisaient du matin au soir et couraient de la boutique des marchands jusque dans les couvents et le consistoire. On affichait la nuit sur la façade des églises les inscriptions les plus risquées, les plus audacieuses, dans le goût de celle-ci : Olimpia prirrnis, pontifex maximus, — Olimpia prima papessa.

* Ranke, Histoire de la papauté au seizième et au dix-septième siècle.

* Vita di Alessandro Vif, par le cardinal Sforza Pallavicino, qui avait été membre de la compagnie de Jésus. <« Olimpia Maidalchini, dit-il, cognata fayoritissima d*Innocenzo e per le cni mani in Roma passavano assaissime cose. »

294 COMÉDIE nUGINAIRE.

On frappait clandestinement une médaille satirique, représentant d'un côté dona Olimpia, la tiare en tète, les clés de saint Pierre à la main; de Tautre le pape, ayant les cheveux entrelacés et ajustés conune une femme, tenant d*une main une quenouille et de Tautre un fuseau. Ou bien encore le bruit courait dans Rome que Ton avait joué devant Cromwellune comédie intitulée : the Mariage of the Pope, dans laquelle figuraient en grands costumes Innocent et Olimpia, les deux principaux personnages, et qui se terminait par un ballet dansé par des moines et des nonnes. Cette comédie n'exista jamais, il est vrai, que dans Timagination des Romains; mais cette invention nous donne la mesure des excès de folle gaieté et de licence extrême auxquels se livrait alors leur malicieux génie. Ce qu'il y avait de plus grave, c'étaient les allusions qui pleuvaient sans cesse contre la signora Olimpia du haut des chaires protestantes, surtout à Genève. Un jour un prédicateur y prit pour texte de son prêche ces paroles de saint Paul à Timothée : « Mulieri docere non permitto, neçtœ dominari in virum. »

De son mari Olimpia avait eu deux filles et un fils, don Camille. L'une des filles fut mariée à un Ludovisi, l'autre à un Giustiniani, tous deux appartenaot aux premières familles romaines. Quant à don Camille, dona Olimpia, dans l'espoir de faire de lui un cardinal-neveu, le fit entrer avec dispense dans le sacré collège, sans qu'il fût même sous-diacre. Mais don Camille ne répondit nullement à cette ambitieuse espérance de sa mère. S'étant épris de la plus vive passion pour dona Olimpia Aldobrandini,

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