‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 12 sur 218 · LE RÉGIMENT DE GORINTHE · texte numérisé non relu

LE RÉGIMENT DE GORINTHE

résistance^ qui fut entreprise au nom du roi. Les Parisiens avaient formé une armée de quatorze mille hommes de pied et de quinze cents chevaux. Le coadjuteur leva à ses frais un régiment de cavalerie qui reçut le nom de Régiment de Corinthe, du titre de son archevêché in partibus, et le commandement en fut confié au chevalier Renaud de Sévigné.

Après le combat de Charenton, où les Parisiens furent défaits par Gondé, le Parlement intimidé entra en pourparlers avec la cour, et, malgré Topposition du coadjuteur, la paix fut signée à Ruel le 11 mars 1649. Retz ne put obtenir, non plus que les généraux de Tannée parisienne, que Tarrèt de bannissement rendu contre Mazarin fût maintenu.

La cour ne rentra à Paris que le 18 août, pour laisser à l'agitation le temps de se calmer. Mais les embarras financiers et les impôts avaient amené de nouvelles complications. Des milliers de pamphlets pleuvaient chaque jour sur la reine et son favori. Des querelles et des duels éclataient sans cesse entre frondeurs et mazarins. L'homme qui contribuait le plus à entretenir Témotion, c'était le coadjuteur par ses nombreuses intelligences parmi le clergé, les grands et le peuple.

Mazarin, de son côté, ne négligeait rien pour rallier à sa cause les plus grands seigneurs du royaume, soit par des promesses de toutes sortes, soit même par des offres d'alliances dans sa nombreuse famille.

Coudé en prit de l'ombrage. Enflé de ses victoires, habitué à parler et à agir en maître, il était devenu d'une insupportable hauteur. Il entendait être Far-

80 EXIGENCES DE GONDÉ.

bitre suprême du royaume et tenir le ministre sous ses pieds. Les seigneurs mécontents n'avaient qu'à s'adresser à lui pour trouver un champion de leurs plus folles exigences. Il était entouré d'une cour de jeunes gens qu'on appelait les petits-maîtres à cause des airs souverains qu'ils se donnaient. Un jour le prince eut une querelle avec le cardinal en présence de la reine, et comme Mazarin se piquait de connaître les choses de la guerre et affectait parfois des airs belliqueux, Condé, en prenant congé* de lui, lui dit ironiquement : Adieu^Mars! Au lieu de faire arrêter l'insolent et de le faire conduire à Vincennes, comme il avait fait de Beaufort au commencement de la régence, le timide Mazarin courba la tête et descendit à ce point d'humiliation de s'engager à ne disposer ni de ses nièces ni des charges les plus importantes de l'État sans le consentement du prince. C'était se mettre entièrement à sa discrétion. Condé en profita pour faire livrer à son beau-frère le duc de Longueville deux places de sûreté, le Pont de l'Arche et le Havre. En ce temps-là quelques tentations diaboliques lui traversèrent l'esprit, mais il ne s'y arrêta point. « Il avait, dit M""* de Motteville, des conférences avec les plus dangereux esprits. Il pensait à tout, écoutait tout et ne voulait rien. » Il manquait à la fois de but certain et de décision. Plusieurs fois il avait eu des conférences secrètesavec le coadjutcur, dont la trempe de caractère était celle des hommes de la Ligue ; mais celui-ci, après avoir sondé le prince, comprit bien vite que ce n'était pas là rhomme audacieux qu'il rêvait, et qu'il n'y avait rien en lui de Henri de Guise. Ces deux esprits

ACCUSATION DE CONDÉ CONTRE RiSTZ. SI

ailiers ne purent s'entendre, et Mazarin ne négligea rien pour les diviser et les brouiller à tout jamais. Le coup de pistolet tiré, au Pont-Neuf, sur la voiture de Condé, le fut probablement par ses ordres, afin d'en laisser peser le soupçon sur les frondeurs. Ceux-ci attribuèrent le coup sans hésiter au ministre, et lui, eut Thabileté de persuader au prince que les frondeurs étaient les seuls auteurs de la tentative. Une information fut ordonnée par le Parlement; elle ne fournit contre eux aucune preuve. Condé demanda impérieusement la mise en cause du coadjuteur et du duc de Beaufort, et Mazarin, pour fomenter entre eux et le prince une mortelle inimitié, gagna le procureur général, dont les conclusions portèrent que Beaufort et le coadjuteur seraient assignés pour être ouïs.

Le 22 décembre (1649), le coadjuteur et le duc de Beaufort, escortés d'une nombreuse suite de nobles et de bourgeois, se rendirent au Parlement la tète haute. Condé y alla de son côté avec plus de mille gentilshommes. Le coadjuteur, tout en soutenant qu'on n'aurait pas dû l'assigner sans preuves, déclara se soumettre à la justice du Parlement. Il avait pour lui l'immense majorité, et il en profita pour obtenir la récusation du président Mole, qu'il suspectait de partialité. Le Parlement déclara pourtant qu'il voulait donner suite à l'affaire. Condé, furieux de la faveur marquée que le Parlement témoignait aux deux accusés, afin d'éviter l'humiliation de leur acquittement, leur fit enjoindre d'avoir à lui céder le pavé. Mais Beaufort et le coadjuteur étaient trop intrépides pour obéira une telle injonction ; ils bravèrent

8f ENTREVUE DE RETZ ET DE LA REINE.

héroïquement les menaces du vainqueur de Rocroy. Mazarin riait sous cape de voir aux prises ses deux plus mortels ennemis, et la reine, qui avait reçu de Condé les plus sanglants outrages, à laquelle il avait eu Taudace de vouloir imposer pour amant le marquis de Jarzé, la reine jouit avec délices de l'humiliation de cette âme superbe. Le moment lui sembla venu, ainsi qu'au cardinal, de frapper un coup de vigueur. Ils résolurent Tun et Tautre de faire arrêter M. le prince. Mais il leur parut indispensable de s'assurer d'abord le concours du coadjuteur. La reine, émerveillée du courage avec lequel il avait tenu tète à ce prince, devant qui tout pliait et tout tremblait, lui fit faire des ouvertures par une amie commune, M"^' de Chevreuse, dont la fiUe en ce moment vivait dans la plus étroite intimité avec le licencieux prélat. La reine s'étant assurée des bonnes dispositions do Retz, lui écrivit ce petit billet :

a Je ne puis croire, nonobstant le passé et le présent, que M. le coadjuteur ne soit à moi. Je le prie que je le puisse voir sans que personne le sache que M"* et M"* de Chevreuse.

« Ce nom sera sa sûreté.

« Anne. »

Bien que Retz eût appris de source certaine que plusieurs fois l'offre avait été faite à la reine de l'assassiner, il n'hésita pas, jugeant avec raison que les ressentiments de cette princesse contre lui étaient étouffés en ce moment par ceux dont eUe était animée contre M. le prince. Ce fut en vain que M"' de Chevreuse, alors très-éprise de Retz, et avertie des dan-

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