‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 14 sur 218 · DOUBLE COMÉDIE · texte numérisé non relu

DOUBLE COMÉDIE

lui devait pour m'embrasser devant elle: Il fut au désespoir de ce qu'il ne pouvait pas me donner, sur l'heure même, son bonnet'. Il me parla de tant de grâces, de récompenses et de bienfaits , que je fus obligé de m'expliquer, quoique j'eusse résolu de ne le pas faire pour la première fois, n'ignorant pas que rien ne jette plus de défiance'dans les réconciliations nouvelles, que l'aversion que Ton ténioigne à être obligé à ceux avec lesquels on se réconcilie. • « Je répondis à M. le cardinal, ajoute Retz, qui joue de son mieux la modestie et le désintéressement, que l'honneur de servir la reine faisait la récompense la plus signalée que je dusse jamais espérer, quand même j'aurais sauvé la couronne; que je la suppliais très-humblement de ne me donner jamais que celle-là, afin que j'eusse au moins la satisfaction de lui faire connaître' qu'elle était la seule que j'estimais et qui me put être sensible. »

En comparant cette scène avec ' celles qui vont suivre, l'intérêt qu'elle éveille par elle-même devient encore plus vif et plus saisissant. C'est en donnant parfois la parple à Retz lui-même que Ton se rendra mieux compte à quel point il fut habile comédien dans toute cette affaire du chapeau :

« M. le cardinal, poursuit-il, prit la parole, et

* Retz ne nous dit pas dans ses Mémoires qu'il se rendit plusieurs fois au Palais-Royal pour y voir le cardinal. U suppose, pour mettre à couvert sa dignité, que Mazarin força en quelque sorte la porte de la reine pour le voir et s'entendre avec lui. Guy Joly nous apprend sans ménagement que le coadjuteur « se rendait la nuit en habit de cavalier *» auprès de Mazarin, afin de concerter avec lui les mesures nécessaires pour Tarrestation de Condé, et il ajoute que

i ce fut lui u qui y eut la plus grande part ».

Page 1