‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 155 sur 218 · ENTRETUE DU BAILLI ET DU PAPE. 3T · texte numérisé non relu

ENTRETUE DU BAILLI ET DU PAPE. 3T

coadjuteur. Montreuil était déjà installé à Rome dès le 27 septembre. Il se donna d*abord pour un gen* tilhomme anglais, mais il ne put resterplus de trois ou quatre jours dans son rôle sans se trahir, etj bientôt Tambassadeur de France apprit par ses espions qu'il annonçait k tout venant l'objet de sa mission et qu'il se répandait en discours frondeurs contre le gouvernement français. Le bailli en fut outré d'indignation et lui envoya dire que, s'il voulait tenir de tels discours, il n'avait qu'à aller loger chez l'ambassadeur d'Espagne; il le menaça même, s'il ne changeait de langage, de le traiter en criminel de lèse-majesté. Pour comble d'imprudence, Montreuil avait fait connaître hautement son intention de ne point rendre visite à l'ambassadeur. Ainsi, dès les premiers jours de son arrivée, et fort heureusement pour le coadjuteur, il s'était mis à dos le bailli et celui-ci s'était empressé, dans la première audience qu'il eut du pape, à disposer le pontife à ne rien faire en faveur des princes, qui, disait-il, ne pouvaient appuyer leur demande d'aucune nomination du roi\

 la réception de la dépèche du comte de Brienne, secrétaire d'État des affaires des étrangers ', qui lui annonçait, dès le 2S septembre, la nomination du coadjuteur au cardinalat, le bailli s'empressa de lui répondre qu'il la présenterait secrètement au pape à la première audience et qu'il presserait la promotion

1 Le baiUi de Valançay au comte de Brienne, secrétaire d'État des affaires des étrangers. Archives du ministère des affaires étrangères, Rome, 1. 119.

* Tel était le titre que Ton donnait alors au ministre des afTaires étrangères.

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de tous ses efforts \ L'audience du pape eut lieu le 3 octobre ; le bailli insista pour que la promotion eût lieu promptement, attendu, disait-il, que le roi avait envie de faire entrer ce prélat dans son conseil aussitôt qu'il serait revêtu de la pourpre *. A la nouvelle de la nomination de Retz au cardinalat, Innocent ne put cacher sa joie. Il dit au bailli en souriant et en faisant une allusion indirecte à Mazarin, que le coadjuteur « était un très-bon Français, ce qu'il répéta jusqu'à trois fois, et un bon ecclésiastique ». — « Je reçois grande satisfaction, ajouta-t-il, de ce que le roi a reconnu les bonnes parties et la fidélité qui sont essentiellement en ce personnage. Je verrai la lettre du roi et dans la prochaine audience je vous parlerai plus clairement de mes résolutions. » En même temps, le pape déclara au baiUi qu'il ne tiendrait aucun compte de la demande de Montreuil, puisqu*il n'était porteur d'aucune lettre du roi ; mais qu'il ne pouvait moins faire que de le recevoir'.

Dans son audience suivante, le pontife, sans soulever la moindre objection, donna parole formelle à l'ambassadeur qu'il acceptait la nomination du coadjuteur au cardinalat, en lui annonçant que la promotion ne poun*ait avoir lieu que vers la fin de novembre ou au commencement de décembre. Il lui apprit en même temps qu'il avait' nettement déclaré à Montreuil qu'il ne pourrait accueillir la demande du

> Le bailli de Valançay au comte de Brienne, 2 octobre 1651. Ibidem,

' Lettre du bailli du 9 octobre.

^ Le bailli de Valançay au comte de Brienne, 9 octobre iS51. Ibidem,

TENTATION DU BAîLU. 381

prince de Conti qu'autant qu'elle serait appuyée par le chef de sa maison * .

Malgré la réponse du pape, Montreuilne se tenait pas pour complètement battu, et, s'il ne comptait plus guère sur la promotion de son maître, il espérait du moins faire échouer celle du coadjuteur, ce qui au fond paraissait être le but principal de sa mission. Sachant à quel point le bailli de Yalançay était désireux d'obtenir le chapeau pour lui-même , il lui envoya jusqu'à trois personnes pour le lui offrir de la part du prince de Condé, à la condition qu'il retarderait la promotion du coadjuteur, lequel, ajoutait-il, ne désire la pourpre que pour avoir le pas sur les princes du sang. En même temps, Montreuil faisait insinuer à l'ambassadeur qu'il existait un concert secret entre le duc d'Orléans et le prince de Condé, et que ce dernier ne paraissait être hostile à la promotion du coadjuteur que pour mieux la faire réussir. Le bailli n'eut garde de donner dans le panneau et n'en poursuivit d'abord sa mission qu'avec plus d'activité. Il prévint loyalement l'abbé Charrier de toutes ces intrigues, afin que, de son côté, il pût y mettre obstacle, et il écrivit de sa main au coadjuteur afin de l'assurer de ses services *.

Le bailli ne tarda pas à recevoir une lettre de Mazarin qui venait confirmer les premières instructions que lui avait dictées le comte de Brienne et les appuyer de tout son poids : « ... Vous ne compterez

* Le bailli de Valançay au comte de Brienne, 16 octobre 1651. Ibidem,

1 Le bailli de Valançay au comte de Brientie, 16 octobre 1651. Ibidem,

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