RETZ EN HABIT DE CAVALIER
comparaison plus obligé que de dix chapeaux de cardinal. »
La scène est du plus haut intérêt lorsque Ton pénètre dans les plus secrets sentiments du magique conteur. S'il refusa d'accepter sa nomination en un pareil moment, c'est qu'il se rendit parfaitement compte de Todieux qu'elle eût déversé sur lui, car il n'eût échappé à personne qu'elle eût été la récompense de son consentement à Tarrestation de M. le prince. Ce fut alors, à n'en pas douter, Tunique motif de son refus.
Bien que Retz nous ait dit qu'il ne vit le cardinal que chez la reine, nous sommes d'autant moins obligés de le croire sur parole que quelques-uns de ses familiers nous assurent qu'il le visita plusieurs fois en particulier. Guy Joly affirme qu'il l'accompagna dans son carrosse, et Claude Joly , chanoine de Notre-Dame ^ nous apprend que Condé , informé de ces visites mystérieuses, dit à Mazarin « avec sa gaieté ordinaire que, sur l'avis qu'il avait reçu que le coadjuteur le visitait souvent déguisé, il avait eu peine à le venir voir. A quoi le cardinal, sans se troubler, répondit qu'il avait tort de ne l'en avoir pas averti ; que de voir le coadjuteur en grègues rouges, Tépée au côté et des plumes au chapeau, était un divertissement agréable, et qu'il lui promettait, s'il y retournait jamais, de lui en donner le plaisir. Cette assurance aida fort à tromper M. le prince. »
Le cardinal s'empressa de souscrire aux demandes
* Biêtoire de ia prison et de la liberté de M. le prince. Pui«« 1651, in4*.