‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 162 sur 218 · LA REINE ENSORCELÉE · texte numérisé non relu

LA REINE ENSORCELÉE

La reine était dans une impatience extrême de revoir le cardinal et de le placer de nouveau à la tête des alTaires. Mille intrigues se croisaient autour d'elle pour la détourner de cette pensée, mais elle leur opposait une résolution inébranlable. Le vieux Châteauneuf était à bout de manœuvres et les plus habiles courtisans avaient échoué. Voici une lettre inédite de Le Tellier, qui se trouvait alors à Poitiers auprès de la reine, et qui peint mieux que tous les documents connus jusqu'à ce jour les dispositions de cette princesse à Tégard de son favori : <x Je n*ai pas été obligé de dire mes sentiments à la reine sur le retour de Son Éminence, écrivait-il à une personne dont le nom est resté en blanc, tant pai'ce qu'elle ne m'en a point pressé, que parce que j*ai su que tout le monde lui en avait parlé, jusques à lui dire gu^on croyait que le cardinal l'avait ensorcelée ou qu'elle lavait épousé, A tout cela elle n'a fait aucune réponse, sinon que le cardinal était bon et sage, qu*il avait de l'aiTection pour TEtat, pour le roi et pour elle, qu'il lui fallait laisser la conduite de cette affaire, vu que, s'il trouvait de l'inconvénient à revenir, il ne l'entreprendrait pas *... »

La reine ne se contenta pas d'exprimer tout haut ses sentiments en faveur du retour du cardinal; elle dépêcha Bartet auprès de .l'homme qui était le plus en état d'y mettre obstacle, afin de le conjurer de s'y montrer favorable et de l'engager à se rendre à Poitiers où se trouvait la cour. Bartet déclara donc au coadjuteur que la reine l'envoyait vers lui pour

« BibL nat. Papiers cTÉtai de Le TeUier, ma. fr. G887. Poitiers, 28 décembre 1651.

39i REFUS DE RETZ A l\ REINE.

lui faire « pari de la résolution qu'elle avait prise de faire revenir le cardinal, non pour lui demander son avis, mais pour le convier de s'employer pour faire que les choses se passassent doucement sur ce re* tour ». Il ajouta que la reine le priait de se souvenir des grftces qu'il avait reçues d'elle, notamment de sa nomination au cardinalat, et de se rendre en personne auprès d*elle, résolue qu'elle était « à partager sa confiance entre le cardinal Mazarin et lui ' » .

Le coadjuteur se confondit en protestations de dévouement pour la reine, se montra touché audelà de toute expression des grâces dont elle Tavait comblé, mais il déclara que la reine ne devait point désirer qu'il se rendit à la cour ; « que, s'il était cardinal, il le ferait volontiers, mais qu'en Fétat où il se trouvait, il ne voulait pas perdre le crédit qu*il s'était acquis dans Paris, en l'abandonnant dans la conjoncture'présente *... »

1 Lettre de Le TelUer, Poitiers, 28 décembre 1651. Ibidem. ' Ibidem,

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