LETTRES DE RETZ A CHARRIER
heureusement pour lui, la princesse Anne de Gonzague, qui s'était rendue auprès de la reine à Poitiers, défendit ses intérêts avec tant de zèle et d'habileté qu'elle parvint à détourner l'orage.
Dès que la nouvelle du projet formé par Mazarin de rentrer en France avait pris quelque consistance, le coadjuteur, comme nous Pavons dit, avait sur-lechamp expédié à Rome un courrier extraordinaire pour engager Tabbé Charrier à l'apprendre au pape, afin de hâter sa promotion. Il craignait à chaque instant que sa nomination ne fût révoquée, et il faisait jouer tous les ressorts pour suspendre le coup fatal et pour mettre fin aux lenteurs du Pontife. Il ne doutait pas que la nouvelle de la rentrée en France du cardinal ne produisit à Rome le plus grand effet, et il donnait à Tabbé des instructions détaillées sur lu contluite qu'il avait à tenir.
Retz suivait d'un wil attentif et anxieux la marche du cardinal et la lutte engagée entre M. le Prince et les troupes du roi. Ce qu'il redoutait le plus, c'était un accommodement entre Condé et Mazarin, qui eût été le signal instantané de sa révocation. Les lettres qu*il écrivait coup sur coup à Charrier, et dans lesquelles il lui faisait part do ses impressions, sont d'un bien plus grand intérêt que ses Mémoires sur le même chapitre, puisqu'elles sont écrites au jour le jour et en toute sincérité. Le coadjuteur, se croyant à l'abri derrière un chiffre des plus compliqués et s'adressant à un ami à toute épreuve, ne lui déguise absolument rien et se livre avec le plus complet abandon. Il s'ouvre à lui de ses pensées les plus secrètes, de ses projets, de sa conduite à l'égard