VERSION DE LA DUCHESSE DE NEMOURS
produire prouvent donc jusqu'à Tévidence que le pape ne hâta la promotion des nouveaux cardinaux que dans la crainte de voir révoquer la nomination do Retz et dans l'espoir d'opposer à Mazarin un adversaire que la pourpre semblait devoir rendre inviolable. Personne dans Rome n'eut de doutes sur ce point. Le bruit y était partout accrédité que la promotion ne s'était faite que contrairement aux intentions de Mazarin et de la cour de France. Le bailli faisait de vains efforts pour donner le change à l'opinion*.
Les mêmes bruits, avec des variantes, étaient répandus à Paris et même à la cour par les personnes les plus considérables. Est-il donc surprenant que le coadjuteur, au premier moment, les ait exploités à son profit? Un des témoignages les plus importants est celui de la duchesse de Nemours, bien qu'elle mêle à son récit quelques circonstances fort inexactes : « On n'avait nommé , dit-elle, le coadjuteur au cardinalat que pour le tromper; aussi ne fit-on pas grand scrupule d'envoyer quelque temps après un courrier pour révoquer la nomination ; pendant lequel temps le bailli de Gondi, averti par un autre courrier du coadjuteur, amusa celui de la cour et le retarda, sur le prétexte de le bien régaler. Pendant ces moments, il dépécha en diligence vers le pape Innocent X, dont il connaissait la haine pour le cardinal Mazarin, et il manda à ce pontife que, s'il voulait faire le coadjuteur cardinal , il n'avait plus de temps à perdre, parce qu'il y avait un cour-
* Arch. du min. des aff. étr. Rome, t. CXX.
ERREIRS DC RÉCIT DE M"* DE XEMOURS. 467
rier à Florence qui allait à Rome pour y révoquer sa nomination. Le pape, qui considérait le coadjuleur plus comme un ennemi de Mazarin que par aucune autre raison, se hâta de lui donner le chapeau avant qu*on pût croire qu'il eut reçu des lettres du roi qui en nommait un autre, lequel était Fabbé de La Rivière : et ce fut de cette façon qu'il fit le coadjuleur cardinal, ce qui surprit et fâcha extrêmement la cour. »» On voit par ce récit de M"* de Nemours que l'envoi à Rome d'un courrier porteur de la révocation du coadjuteur ne faisait pas à la cour Tombre d'un doute. Rien pourtant n'était moins exact, ainsi que le prouve la correspondance du bailli de Valançay. Retz mettait à profit ces bruits si bien accrédités pour soutenir que la cour avait signé sa révocation et l'avait envoyée au bailH. Nous ne relevons pas les autres erreurs secondaires de la duchesse de Nemours ; elles ne sauraient échapper à la sagacité du lecteur, comme, par exemple, la substitution de La Rivière au coadjuteur pour la nomination au cardinalat.
Cependant Brienne et Mazarin un s'étaient pus bornés à adresser au bailli une simple lettre de reproche pour n'avoir pas suscité des obstacles à la promotion du coadjuteur. Brienne, par Tordre du cardinal, revint plusieurs fois à la charge en lui témoignant toute la mauvaise humeur de Mazarin et de la cour. Le bailli, impatienté de cette persistence à faire peser sur sa tète une responsabilité dont il se croyait pleinement dégagé, répondait h Brienne le 8 avril: ... « Mes précédentes vous ont assez expliqué que la promotion ne se pouvait plus
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retarder. Celle de cette Éminence ( le cardinal de Retz) a été sollicitée par moi directement ou indirectement, en sorte qu'elle et son agent, Fabbé Charrier, ne peuvent jamais nier qu'elle n'ait des obligations infinies de cette grâce au roi, à la reine, au ministère, même à moi,... et vous verrez mondit sieur le cardinal de Retz en parler infailliblement en ces termes, ce qui fait que je ne m'étends plus davantage en ce discours, qui ne pourrait aller plus outre sans me porter à des répétitions de choses dont je vous ai déjà informé *... »
Cependant le coadjuteur, informé du bruit qui courait dans Rome, et même dans le palais apostolique, qu'il avait été nommé cardinal malgré la cour et Mazarin , se fondait sur ce bruit, qu'il soutenait être la vérité même, pour justifier ses manœuvres hostiles et se faire une arme de ce nouveau grief contre Mazarin. Les plaintes qu*il faisait entendre contre la mauvaise foi du ministre et celle de la cour à son égard étaient parvenues jusqu'à Rome. Le bailli, qui croyait avec d'autant plus de raison s'être rendu impénétrable que, par le fait, il s*était abstenu d'aller au Vatican, pour n*avoir point à s'expliquer, écrivait à Brienne, le 22 avril, ces quelques lignes, destinées évidemment à être montrées à Paris :
« ... Je puis toujours prouver, sans appréhension de réplique, à cette Éminence qu'elle a Tentiëre obligation de son cardinalat au roi et aux ministres qui sont dans le gouvernement présent, et Tabbé
* Arch. du min. des aff. éb\ Rome, t. CXX.
LIiTTRK DU HOI AU CAItDtNAL DB RBTZ. 469
Cbarrier, son envoyé, me peut servir de bou témoin. Je ne crois pas que ce cardinal veuille venir à la dispute. Il est trop homme d'bonneur. Cela arrivant, il y demeurerait avec honte et rougeur, et, s'il en était besoin, vous pouvez hardiment donner parole que votre substitut, l'ambassadeur, a de quoi soutenir cette thëse '. »
Cependant Retz affirmait à tout venant et proclamait biea haut, ainsi que tous ses amis, entre autres Caumartin, qu'il ne devait le chapeau qu'au seul duc d'Orléans et non & la cour'. Afin de contenir le nouveau cardinal dans les bornes du devoir, le jeune rui, en lui adressant une lettre de félicitations, lui rappela que c'était à lui seul qu'il devait sa nouvelle dignité. '< ... Je ne pouvais favoriser de ma protection, lut disait-il, un sujet qui fùl plus capable et plus digne de la mériter, et je suis assuré que vous embrasserez avec chaleur ce qui est de mon service et de ma satisfactiou en tout ce que vous pourrez. Dans ces assurances, et y prenant confiance, je vous dirQÎ que les occasions sont telles que vous me pour- *rez donner des marques de votre fidélité et de votre affection, et je m'assure que vous me fournirez des preuves de la gratitude que vous devez avoir pour moi*. »
Le comté de Itrienne, de son côté, tout en félicitant le prélat de sa promotion, ne manquait pas de lui rappeler qu'il ne devait cette grâce qu'au roi
man 1692. Bibl. nat., mi. fr. 4231 * Bibl. nat.,Omigaère»,m: 113.