‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 195 sur 218 · LETTRE DE BRIENNE AU CARDINAL DE RETZ · texte numérisé non relu

LETTRE DE BRIENNE AU CARDINAL DE RETZ

seul. « La joie que je sens extrêmement^ lui écrivaitil le 6 mars, de Saumur, es t. d'autant mieux fondée que j'ai sujet de croire que, comme vous n'êtes redevable de cette dignité qu'à la seule bonté de Sa Majesté, elle vous sera plus chère alors. Les bienfaits à l'égard de ceux qui les reçoivent leur font cette douce nécessité de ne pouvoir plus disposer de leur liberté ni de leur affection, parco qu'elles se trouvent engagées à celui qui les a procurés et conférés ^., »

Malgré des avertissements partis de si haut, Retz s'enfonçait de plus en plus dans les cabales. Ce qui peut paraître incroyable de la part d'un esprit si merveilleusement doué et si pénétrant, c'est que, après la majorité du roi, qui mettait fin à Tautorîté du duc d'Orléans, en tant que lieutenant général du royaume; après le départ de la cour de Paris, qui la délivrait de T oppression de la Fronde ; après la rentrée triomphante de Mazarin en France ; enfin, après les victoires de la cour sur Gondé, il ait osé continuer la lutte sans aucune chance de succès et même rêver encore le ministère au lieu et place de son rival. Il' nous dit bien dans ses Mémoires qu'il ne se faisait plus illusion sur l'issue finale et qu'il ne combattit jusqu'à la fin que par point d'honneur. Et toutefois qui peut le savoir ? Qui sait si l'éclat de la pourpre ne l'éblouit pas, à un certain moment, au point de lui dérober le véritable aspect des choses ? Le bruit qu'il serait bientôt premier ministre était colporté en tous lieux par ses amis : « Votre nouvelle dignité*

* BibL nat,, Gaignëres, ms. 113.

LETTRE DE SCARRON AU NOUVEAU CARDINAL. 47 i

lui écrivait Scarron pour le féliciter de son chapeau, sera bientôt soutenue de tout ce qui lui manque pour faire voir à toute la terre que la main qui a fait les cardinaux d'Amboise et de Richelieu n'avait pas encore montré tout ce qu'elle savait faire. J'espère que nous en aurons bientôt le plaisir *... »

Retz avoue, il est vrai, dans ses Mémoires, avec la plus entière bonne foi, que la Fronde fut perdue par le départ de la cour, et qu'il n'eut pas, dans le moment, la prévision des couséquences qui devaient en résulter pour lui et ses amis. La vérité est qu'il était dans une situation dont il ne pouvait sortir avec honneur que d'une seule façon, c'est-à-dire en continuant la lutte avec Mazarin, quelque issue qu'elle dût avoir.

Les explications qu'il donne sur la conduite qu'il tint jusqu'au moment où il fut enfin en possession du chapeau sont fort ingénieuses. « Quelle conduite, dit-il, pouvais-je prendre en mon particulier, qui pût être sage et judicieuse? Il fallait nécessairement ou que je servisse la reine selon son désir pour le retour du cardinal, ou que je m'y opposasse avec Monsieur, ou que je m'engageasse entre les deux. Il fallait de plus, ou que je m'accommodasse avecM. le Prince, ou que je demeurasse brouillé avec lui. Et quelle sûreté pouvais-je trouver dans tous ces partis ? Ma déclaration pour la reine m'eût perdu, non-seulement dans le Parlement, mais dans le peuple et dans l'esprit de Monsieur ; sur quoi je n* aurais eu pour ga^ rantie que la bonne foi du Mazarin, Ma déclaration

' Dernières œuvres de Scarron, 1752.

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