‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 23 sur 218 · EXPLICATIONS CAPTIEUSES DE RETZ · texte numérisé non relu

EXPLICATIONS CAPTIEUSES DE RETZ

sortir de la faction , quand il n'y en aurait pas eu mille autres qui m'en faisaient naître le dégoût à tous les instants; que pour ce qui était du cardinalat, qui lui pouvait faire quelque ombrage, je lui allais découvrir avec sincérité quels avaient été et quels étaient mes mouvements sur cette dignité ; que je m'étais mis follement dans la tète qu'il serait plus glorieux de l'abattre que de la posséder; qu'il n'ignorait pas que j'avais fait paraître quelque étin- .celle de cette vision dans les occasions ; que M. d'Agen m'en avait guéri , en me faisant voir, par de bonnes raisons , qu'elle était impraticable et qu'elle n'avait jamais réussi à ceux qui l'avaient entreprise; que cette circonstance lui faisait au moins connaître que l'avidité pour la pourpre n avait pas été grande en moi, dès mes plus jeunes années; que je le pouvais assurer quelley était encore assez modérée; que j'étais persuadé qu'il était assez difficile qu*elle manquât « dans les temps,, à un archevêque de Paris ; mais que je l'étais encore davantage que la facilité qu'il avait à l'obtepir dans les formes et par les actions purement de sa profession, lui tournerait à honte les autres moyens qu'il emploierait pour se la procurer ; que je serais au désespoir que l'on pût seulement s'imaginer qu'il y eût , sur ma pourpre , une seule goutte du sang qui a été répandu dans la guerre civile, et que j'étais résolu de sortir absolument et entièrement de tout ce qui s'appelle intrigue devant que de faire ni souffrir un pas qui y eût seulement le moindre rapport; qu'il savait que, par la même raison, je ne voulais ni argent ni abbayes ; et qu'ainsi j*étais engagé, par les déclarations publiques que

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j'avais faites sur tous ces chefs, à servir la reine sans intérêt; que le seul qui me restait, en cette disposition, était de finir avec honneur et de rentrer dans les emplois purement spirituels de ma profession, avec sûreté... »

Quel accent de vérité , de sincérité , de repentir, d'amour du bien ! L'habile comédien espérait toucher le cardinal au point de Tentrainer à un acte de magnanimité. Il avait la folie de croire que Mazarin, ébloui d'un tel désintéressement, lui forcerait la main pour accepter le chapeau. Pour dissiper toot ombrage dans Tesprit du cardinal , il essaya de lui persuader que, bien qu il fût assez avant dans la faveur du duc d'Orléans , il ne l'avait recherchée en aucune façon du monde. Retz prétend que le cardinal , si froid d'ordinaire , fut touché de cet examen de conscience fait avec toutes les apparences de la bonne foi. Si Mazarin ne se laissa pas surprendre par le ton ingénu de son interlocuteur, en bon politique, il dut au moins en faire semblant. Il n'y a même rien d'étrange qu'il ait pu dire du coadjuteur au même moment : « Ce garçon , dans le fond, veat le bien de l'État. » Il savait mieux que personne a quoi s'en tenir sur ce point, mais il savait aussi que le meilleur moyen de surprendre un ennemi , c'est de lui persuader qu'on est sa dupe.

Feignant de croire au désintéressement de HeU sur la question du chapeau , et en homme habitué i saisir l'occasion , il se hâta de disposer de la nomination au cardinalat, vacante par la révocation de La Rivière, en faveur d'Henri de Rourbon-Vemeuil. fils naturel d'Henri IV et d'Henrîelltî d'Entragues,

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