RÉYÉIATIONS DE LE TELLIER
son unique ambition était d'arriver au cardinalat. « Depuis le départ du roi, écrivait Le Tellier à Mazarin, le seul but de M. le coadjuteur est d'être fait cardinal. J*ai cru que je ne me devais point avancer de la sorte de crainte d'engager Son Éminence à exécuter ou refuser une chose contre son inclination et à contre- temps.» En même temps, Le Tellier révélait au cardinal un entretien qu'il avait eu récemment avec Laigues et dans lequel celui-ci lui avoua que l'ambiguïté qui paraissait dans la conduite du coadjuteur était causée par l'extrême envie qu'il avait d'obtenir le chapeau. Si jusque-là le coadjuteur avait refusé de se prononcer, c'était, disait-il, par égard pour son oncle, l'archevêque de Paris; mais comme l'archevêque, atteint d'une maladie iportelle, n'avait pas plus de deux mois à vivre, on le croyait du moins, le coadjuteur ne voyait plus aucun inconvénient à briguer un chapeau qu'il ne pourrait recevoir de Rome qu'après la mort de son oncle. «Ce chapeau, avait dit le coadjuteur au marquis de Laigues, ne saurait d'ailleurs manquer de m'échoir bientôt, lorsque je serai archevêque; cette qualité et mon crédit me mettront alors en état de causer tant de trouble que la reine sera bien obligée de me l'accorder par force. Ne vaut-il pas mieux qu'on me procure cette dignité dès à présent et de gré à gré? »
Le garde des sceaux, Ghàteauneuf, qui, lui aussi, comme nous Tavons dit, rêvait le chapeau, se faisait une fête de révéler à Le Tellier les prétentions du coadjuteur et son mécontentement, afin de le faire échouer. Retz l'avait fait sonder par M"' de Che-