‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 27 sur 218 · PRGMIÈHES OUVERTURES DE RETZ · texte numérisé non relu

PRGMIÈHES OUVERTURES DE RETZ

M""" de Chevreuse ajouta qu'elle avait fait tous ses efforts pour guérir le coadjuteur de ses méfiances et de ses ombrages contre la cour, et que ce n*était qu'après quatre ou cinq jours de conférences avec lui qu'elle avait fini par découvrir le fond de sa pensée.

Aussitôt après la révocation de l'abbé de La Rivière, la reine, comme nous l'avons dit, avait disposé du chapeau qu'elle lui avait promis en faveur de Henri de Bourbon-Vemeuil, évêque désigné de Metz. Mais la cour de Rome n'avait pas agréé ce choix, à cause du vice de naissance de ce prélat. Le coadjuteur, prévenu de l'opposition de la cour de Rome, déclara à M"* de Chevreuse que la reine, « pour marque d'estime et de confiance », pouvait le nommer à la place de M. de Metz, contre la promotion duquel il y avait des obstacles insurmontables. Il ajouta que, « si à la cour on lui voulait témoigner quelque estime, on le pouvait nommer dès à présent ; que, si on lui faisait cette grâce, il n'y avait rien qu'il ne fît pour le service de la reine et celui de Son Éminence; qu'il s'abandonnerait tout à fait; qu'il monterait en chaire, y ferait monter ses amis, s'il en était besoin, et qu'il ferait agir tout ce qu'il a de crédit, en sorte que l'on connaîtrait qu'il aurait de la gratitude ; qu'il le disait à elle, M""* de Chevreuse, comme à une personne de qualité et en laquelle on avait créance, et qu'il voulait qu'elle le publi&t pour le plus méchant de tous les hommes et le plus perfide s'il y manquait. Mais qu'il voulait que cela se fit du mouvement de la reine, par l'entremise de Son Éminence, sans que lui, M. le coadjuteur, s'en déclarât, ni que

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personne pût savoir que, dans cette conjoncture , il Favait désiré, qu'il la priait de trouver bon qu'il la désavouât si jamais on lui venait dire qu*il en eût fuit instance, ni personne pour lui, ni seulement qu'ils s'en fussent entretenus ; qu'ayant cette dignité, il se déclarerait d'autant plus volontiers qu'il serait hors de toute inquiétude et en état que M. le prince ne lui pourrait faire mal. »

Ouvrez les Mémoires de Retz à cette date et vous verrez qu'il se garde avec le plus grand soin de nous faire part des avances qu'il fit alors à la cour pour qu'on le nommât cardinal. La dépêche de Le Tellier est donc une piquante révélation et un curieux éclaircissement aux Mémoires, « Ce que je puis ajouter à tout cela, disait Le Tellier sur la fin de sa dépèche, est que j'ai su d'une personne à laquelle le coadjuteur a la dernière confiance, que tout son travail, son chagrin et ses inquiétudes n'aboutissent qu'à être cardinal et qu'il ne fait que dire : « Quoi ! faut-il que je sois toujours carabin^'!» qu'il désirerait passionnément d'être archevêque de Paris, afin de se pouvoir passer de la cour et de confirmer son pouvoir dans le peuple, ayant, par la dépouiUe de son oncle, de quoi subsister sans la grâce de la reine. J'oublicds à dire que, dans l'entretien que j'eus avec M"' de Chevreuse, je reconnus que l'intention de M. le co{idjuteur serait qu'on le nommât dès à présent pour pouvoir être cardinal à la promotion que le pape fera pour les couronnes, aux prochains Quatre-Temps, et qu'on mit dans la dépêche que ce fût à condition que M. de Metz ne le peut être, etc., etc. »

I C'est-à-dire simple soldat.

SINGULIÈRE PaOHESSE DE RETZ. 107

A quelques jours de là, Le Tellier adressait une autre dépêche à Mazarin pour le tenir au courant de Taffaire (22 août) : « Un de mes amis m*a dit confidemment que M""' de Ghevreuse lui avait dit, en parlant de M. le coadjuteur et du dessein qu'il avait d'être cardinal, qu'assurément il ne songerait jamais au ministère, qu'il les en a assurés. » Pour que Mazarin crût aux affirmations du coadjuteur, il lui aurait fallu d'autres gages que sa parole.

Pour faire croire à sa loyauté, Retz fit savoir à Le Tellier, par M"« de Ghevreuse, qu'il n'eût tenu qu'àlui d'être cardinal à la nomination d'un prince étranger ; que la proposition lui en avait été faite, mais que, par respect pour la reine, il s'était cru obligé de la rejeter.

Ghftteauneuf, le nouveau garde des sceaux, qui rêvait à la fois la pourpre et le titre de premier ministre, n'était pas homme à favoriser cette double prétention du coadjuteur. Loin de là, pour le jouer, il donna les conseils les plus machiavéliques du monde à Le Tellier, et celui-ci s'empressa de les transmettre à Mazarin.

« J'ai conféré de tout ceci, disait Le Tellier à Mazarin, avec M. le garde des sceaux, qui en a été pleinement informé, tant par ce que lui en avait dit M""* de Ghevreuse que parce que je lui ai fait part de tout ce que j'ai su. Il est d'avis qu'il faut sortir fort honnêtement d'avec M. de Metz, en sorte qu'il connaisse que la reine n'a rien épargné pour vaincre la difficulté que fait le pape à sa promotion, et qu'en effet, s'il en a l'exclusion, ce soit le défaut de sa naissance et la conséquence qui la lui procure ; et,

108 CHATBÂUHEUF ET LE COAIUUTECII.

pour M. le coadjuteur, que si Votre Éminence croit avoir assez de crédit pour faire tirer en longueur sa nomination, en sorte que, par le temps, elle soit réduite à rien, son sentiment est qu'on la lui accorde, mais si, au contraire, Son Éminence juge que, Payant fait nommer, il n'y ait point de difficulté à sa promotion, qu'il n'en doit rien être fait, d'autant que Son Éminence doit croire que plus elle fera de grâces à M. le coadjuteur et plus elle aura en lui un ennemi plus puissant. »

Si le garde des sceaux était hostile au coadjuteur, celui-ci ne l'était pas moins au garde des sceaux et à Le Tellier, qu'il accusait, non sans raison, auprès du duc d'Orléans, d'être entièrement dévoués à la cour \

' U Tellier à Masarm, 22 août 1650.

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