‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 28 sur 218 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Refus du chapeau par Maiarin. * Lettre de Colbert à Le Tellier. — NégociationB secrètes du coadjuteur avec la cour de Rome. — Le cardinal Panzirolo, premier ministre du pape Innocent X. — Haine du pape et de Panzirolo contre Mazarin. — Bon accueil fait par le pape et son ministre aux ouTertures du coadjuteur. — La princesse de Rossano. — Translation des princes prisonniers à Marcoussis. — Rôle du coadjuteur en cette circonstance. — Instructions secrètes que donne contre lui Mazarin tout en le leurrant de Tespérance du chapeau. — Lettre de Le Tellier à Mazarin. — Nou- Telles instructions de Mazarin contre le coadjuteur. — Nouyelles espérances qu'il lui donne du chapeau à de certaines conditions. — Le coadjuteur évite le piège.— Refus de Mazarin de le nommer plénipotentiaire. — Transports de fureur de Retz. — Lettre de Le Tellier à Mazarin. ~ Le coadjuteur songe un instant à obtenir la nomination au chapeau de cardinal dont peut disposer le roi de Pologne.^ Ses secrètes manœuvres pour préparer une insurrection. — La paix signée à Bordeaux. — État de la Fronde à Paris. — Correspondance de Mazarin avec Le Tellier et les autres secrétaires d'État. — Ses nouvelles instructions contre le coadjuteur. — Craintes de Mazarin que Retz ne soit nommé cardinal par le roi de Pologne. ~ Ses insinuations sinistres et mystérieuses contre Retz, en même temps qu'il lui promet de nouveau de le nommer plénipotentiaire pour la paix générale. — Lettre de Lionne à Mazarin. — Châteauneuf propose « de couper le mal à la racine », c'est-à-dire de faire assassiner ou tout au moins emprisonner le coadjuteur. — L'affaire du chapeau ; ce qu'en dit le duc d'Orléans à Châteauneuf. — Mazarin accuse le coadjuteur (dans une lettre à Le Tellier) d'avoir formé un projet d'assassinat contre lui. — Retz, de son côté, porte la même accusation contre Mazarin. '—' Le duc d'Orléans favorable aux prétentions de Retz au cardinalat. — Entretien secret de Retz avec Le Tellier. — Demande formelle du chapeau. — Parole féroce de Retz contre Masarin.

A cette demande du chapeau en faveur du coad* jutcur, qui lui était posée si brusquement et si ino-

110 REFUS DE MAZARIir.

pinément, Mazarin fit adreser à Le Tellier par Colbert une dépèche des plus importantes , afin de motiver son refus. « Sur le grand point de votre Mémoire concernant la pensée de M. le coadjuteur d'être cardinal, écrivait Colbert au sous-ministre (28 août 1680), Son Éminence a été étonnée et ma chargé ensuite de vous dire qu'il vous remercie de la réserve que vous avez eue de ne point offrir cette carte blanche à M"* de Chevreuse, pour guérir les soupçons du coadjuteur, comme je vous l'avais écrit de sa part, et que vous en avez usé plus sagement que lui : ce sont ses termes.

« Pour le surplus, il vous conjure de vous appliquer à cette affaire, comme étant de la dernière conséquence. Il n'y a aucune raison qui le puisse porter à accorder au coadjuteur ce qu'il demande, puisque les protestations qu'il fait pour l'avoir, de s'abandonner, de monter en chaire, d'y faire monter ses amis et de faire agir tout son crédit, il a fait les mêmes, lors de raccommodement, et M"* de Chevreuse en a donné les assurances... » Colbert ajoutait que le coadjuteur, par l'intermédiaire de Laigues et du marquis de Noirmoutier *, avait fait au cardinal « les dernières protestations d'amitié», l'assurant c( même qu'il ne penserait jamais à cette dignité... » Et pourtant, poursuit Colbert, Son Éminence n'ignore pas que, depuis longtemps, «M. le coadjuteur négocie avec le nonce, et qu'il fait entendre au pape, par son moyen, que, s'il pouvait parvenir à cette dignité, il pousserait sans crainte Son Émi^

• Louis de la TrémoiUe, ami du coadjuteur.

' OPINION DE HAZARIN SUR RETZ. iil

nence, et que, sur cette espérance, le pape est tout disposé à le promouvoir, aussitôt qu'il en aura pu obtenir la nomination ; ce qui doit empêcher la pensée de M. le garde des sceaux de la lui accorder, puisque, aussitôt que cela serait, sa promotion s'ensuivrait indubitablement. » Plus tard, l'événement prouva que Mazarin y voyait beaucoup plus juste que Çhàteaimeuf .

Le coadjuteur « est un homme dont ou ne peut douter de la mauvaise volonté, tant envers l'État et la monarchie qu envers la personne particulière de Son Eminence, disait Colbert dans cette même dépêche. Il est comme un vaisseau dont les voiles sont tendues : s*il a peu de vent, il fait peu de chemin; s'il en a beaucoup, il en fait k proportion ». Si le coadjuteur « ayant la volonté de mal faire, n'est armé que d'un canif, il ne fait de mal qu'autant que ce canif en peut faire ; mais si vous lui donnez un pistolet ou une épée, il les emploiera et fera beaucoup plus de mal qu'avec un canif. Je me sers des mêmes comparaisons dont s'est servi Son Eminence; ainsi il faut absolument reculer cette proposition et l'éluder avec le temps, si Ton en peut trouver les moyens; et cela consiste en deux personnes, Son Altesse royale et M"' de Chevreuse. »

Colbert engageait Le Tellier à sonder les dispositions de M"® de Chevreuse et à lui déclarer en même temps que le cardinal savait à quoi s'en tenir sur « les mauvaises intentions du coadjuteur » et sur le peu de sûreté de ses paroles; « qu'à moins de se perdre absolument », il ne pouvait « lui accorder ce qu'il demandait » , mais qu'il donnai t « carte bhmeho »

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