OUVERTURES DE RETZ AU PAPE
duite^ durant ce temps, donnant satisfaction à Sa Majesté, il la trouvera assurément bien disposée. Au surplus, comme c'est elle qui lui a donné crédit dans l'esprit de Son Altesse royale, elle peut aussi, dans une occasion comme celle-ci, ou Vy perdre entièrement ou le décréditer, et M. le cardinal attend cet effet de son amitié , puisqu'il croit qu'elle lui a donné préférence à toute autre personne et même au coadjuteur, etc.. »
Enfin, Colbert donnait pour dernières instructions à Le Tellier, d'agir « avec force et vigueur » sur l'esprit du duc d*Orléans, afin qu'il ne favorisât pas les prétentions du coadjuteur au cardinalat, attendu que celui-ci « avait donné parole positive de n'y jamais prétendre ».
Ce qui prouve à quel point Mazarin était merveilleusement servi par sa police secrète, à l'étranger comme en France, c'est qu'il avait pu découvrir depuis quelque temps les négociations secrètes que Retz avait entamées avec la cour de Rome, afin de sonder ses dispositions à son égard, dans le cas où il viendrait à être nommé cardinal. Retz, dans ses Mémoires, parle des ouvertures qu'il fit au pape pour cette affaire, mais en changeant les dates. Les circonstances semblaient lui être aussi favorables que possible, s*il eût obtenu sa nomination. L^habile ministre du pape, le cardinal Panzirolo, lorsqu'il était nonce extraordinaire pour la paix d'Italie, avait eu fort à se plaindre de Mazarin, alors son secrétaire, . qu'il accusait d'avoir communiqué secrètement ses dépêches au gouverneur de Milan. Depuis qu'il était arrivé à la tète des affaires , son inimitié n'avait fait
114 LE CARDINAL PANZIROLO.
que s'accroîti'e contre le ministre favori d'Aime d'Autriche, toujours disposé à sacrifier sans ménagement les intérêts de Rome à ceux de la France. La haine d'Innocent X contre Mazariu n'était pas moins profonde que celle de Panzirolo. Il savait tout ce que Mazarin lui avait suscité d'obstacles pour empêcher son avènement au pontificat; il l'accusait de plus d'avoir trempé, de concert avec le cardinal Antoine Barberini, dans l'assassinat d'un de ses neveux ; enfin, le plus grand sujet de l'aversion du pape contre le ministre français, c'était sa politique intraitable à l'égard delà cour de Rome. On peut juger si les ouvertures du coadjuteur furent bien accueillies par Innocent et par son premier ministre. Panadrolo lui fit tenir, par le vicaire général des Augustins^ qui devait passer par Paris avant d'aller en Espagne, une lettre dans laquelle il lui donnait l'assurance que, s'il obtenait sa nomination, « le pape ferait la promotion sans aucun délai ». La parfaite exactitude des détails que nous donne Retz sur ce point est confirmée par Mazarin dans ses instructions contre lui : « Le coadjuteur a promis au pape de me sacrifier. »
Malgré ces assurances , Retz hésita pendant quelques temps à prendre un parti, car il n'ignorait pas de quelle manière honteuse avait été joué l'abbé de la Rivière , et il craignait d'être victime ainsi que lui d'une fourberie de Mazarin. Comme la nomination au cardinalat pouvait toujours être révoquée suivant le caprice de la reine ou de son favori, il appréhendait qu'on ne lui retirât sur-le-champ d'une main ce qu'on lui aurait donné de l'autre, et il se
LA PRINCESSE DE ROSSANO. il5
voyait réduit d'avance au dernier degré d'humiliation.
Cependant, comme il était encore plus audacieux que prudent, il fmitpar s'abandonner à son ambition, et il dépêcha un courrier à Rome pour renouveler toutes ses offres de dévouement à la cour de Rome et ses promesses de faire une guerre à outrance à Mazarin. « Panzirolo lui donna toutes les assurances imaginables » , et Retz se mit en même temps en relation avec la belle princesse de Rossano, quelque peu sa parente, et alors en grand crédit auprès du pape, dont elle avait épousé un des neveux , un Pamfili, lequel avait renoncé pour cette alliance au cardinalat. Nous verrons plus loin de quelle galante façon le coadjuteur se comporta avec la princesse pour se la rendre favorable.
Pendant l'expédition de Bordeaux, les Espagnols avaient repris l'offensive dans le nord et s'étaient emparés de la Capelle; Tu renne était entré dans Rethel et on avait vu des détachements de sa cavalerie aux portes de la Ferté-Milon. A ces nouvelles, aiTivées coup sur coup, une véritable panique régna dans Paris. Les partisans de Mazarin craignirent que les princes prisonniers à Yincennes ne fussent enlevés par un coup de main, et résolurent de les transférer dans une forteresse plus sûre. Chaque parti se les disputait comme un gage précieux. Afin de les soustraire à un coup de main des frondeurs, et de pouvoir en disposer à leur gré, les mazarins étaient d'avis qu'il fallait les transférer au Havre. Les frondeurs, afin de les avoir sous la main, faisaient tous leurs efforts pour qu'ils fussent conduits à la Bastille. Le Tellier sonda l© coadjuteur,' et celui-ci, par mille