‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 31 sur 218 · LE CHATEAU DE MARCOUSSIS · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE MARCOUSSIS

raisons spécieuses, essaya de le détourner du projet de donner aux princes une nouvelle prison. Il pressait même vivement le duc d'Orléans de se rendre maître de leurs personnes. Enfin, pour tout concilier, le duc, cédant aux conseils du coadjuteur, les fit diriger sur Marcoussis, château fort situé à six lieues de Paris et protégé contre les incursions de Tennemi par la Seine et la Marne. Le 10 septembre, Le Tellier rendait compte à Mazarin de l'attitude du coadjuteur dans cette affaire : « M. de Beaufort et le coadjuteur publient partout qu'ils ont empêché Téloignemenl des princes pour faire connaître leur crédit. . . Auparavant que Ton eût parlé de tirer les princes du bois de Yincennes, M. de Beaufort et le coadjuteur n'étaient pas en trop bonne intelligence et commençaient fort à se brouiller. La chose était venue à ce point que Son Altesse royale m'avait avoué que M. de Beaufort lui avait dit qu'il ne fallait pas toujours croire M. le coadjuteur, parce qu'il était un peu fou, mais qu'ils s'étaient réunis en cette occasion pour empêcher Téloignement des princes. »

Mazarin avait donné pour instructions à Le Tellier de no rien négliger afin de ruiner le coadjuteur dans Fesprit du duc d'Orléans. <( Je dois assurer Son Éminence, lui répondit Le Tellier, à quelques jours de là, que sans avoir reçu l'ordre qu'elle m'a donné par sqn Mémoire du 28 du mois passé, de travailler à décrier M. le coadjuteur dans l'esprit de Son Altesse royale, je n'en ai perdu, ni perds, ni perdrai aucune occasion... Je n'y ai rien omis de ce que j'ai cru y pouvoir servir, et j'agirai de même à l'avenir avec tant d'application que je n'aurai pas aucun reproche

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d'avoir rien laissé échapper pour y réussir ^ » Mazarin, qui n'avait aucune envie de conférer à son plus dangereux ennemi une dignité égale à la sienne, et qui, en môme temps, ne voulait pas le désespérer, avait écrit à Le Tellier de donner à entendre au coadjuteur, par l'entremise de M"* do Chevreuse, que l'affaire du chapeau ne pouvait se traiter par lettres ; que la reine ne pourrait se prononcer sur cette grave question qu'après son retour à Paris et que d'ici là il dépendait du coadjuteur de se la rendre ou non favorable.

Voici comment Le Tellier rendait compte de sa mission à Mazarin (10 septembre) : « On a vu par mes mémoires précédents que j'ai différé de faire réponse à M"** de Chcvreuse sur les intérêts de H. le coadjuteur, parce que j'estime que l'espérance qu'il avait d'être nommé par Sa Majesté au cardinalat était capable de l'obligera tenir une bonne conduite. J'ai tiré de longueur autant que j'ai pu, mais il m'a été impossible de me défendre de lafTaire de mardi dernier, à cause de l'appréhension que M"^ de Chevreuse m'en faisait, me disant que M. le coadjuteur l'en pressait extraordinairement. Elle me donna

rendez-vous chez M. le garde des sceaux Elle

demeura d'accord que M. le coadjuteur avait manqué de gratitude envers la reine pour la coadjutorerie de Paris ; qu'elle savait que ceux qui s'étaient liés avec lui dans l'affaire de Paris, s'en étaient séparés par l'horreur qu'ils avaient eue des étranges propositions qu'il leur avait faites et de la mauvaise disposition

*■ Lettre du 10 septembre 1650.

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