‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 33 sur 218 · LE CUAPEAU DU ROI DE POLOGNE · texte numérisé non relu

LE CUAPEAU DU ROI DE POLOGNE

voulait l'entendre, « qu'il pouvait être fait cardinal sans la nomination du roi ». Et voici comment il expliquait cette combinaison. Marie de Gonzague, la nouvelle reine de Pologne, pouvant disposer pai* le roi son mari d'une nomination au cardinalat, Tavait cédée à sa sœur, Anne de Gonzague, princesse palatine, afin qu'elle pût en tirer profit, et celle-ci, moyennant 100,000 écus, l'avait cédée à son tour à la princesse douairière de Condé, en faveur de son fils, le prince de Conti. C'est cette nomination que Retz se flattait d'obtenir de la princesse, moyennant qu'il s'engageât à procurer la liberté des princes ^. L'affaire n'eut pas de suite, mais elle parut alors avoir assez de consistance pour donner les plus vives inquiétudes à Mazarin.

En attendant le moment d'éclater, Retz préparait sourdement ses batteries. « Quoique M. le coadjuteur affecte de paraître bien disposé, écrivait Le Tellier à Mazarin (29 septembre), si est-ce qu'il travaille incessamment à assembler des matériaux pour brouiller. M. le maréchal de L'Hospital (gouverneur de Paris) m'a assuré qu'il entretenait toujours correspondance avec les gens des ports Saint-Paul et autres de Paris. M. le garde des sceaux m'a confirmé que M. le coadjuteur n'oubliait rien pour mettre les choses en état de brouiller quand il voudrait... On me dit qu'il avait été trois fois la nuit au moùastère des filles de Sainte-Marie pour communiquer avec

M"* de Longueville *. »

1 Lettre de Le Tellier à Mazca'in, du 29 septembre 1650. * Fille du duc de Longueville, depuis duchesse de Nemours, auteur des Mémoires si connus sur la Fronde.

i!26 CORRESPONDANCE DE MAZARIN.

La paix avec Bordeaux fut signée le 1'' octobre aux conditions proposées par le duc d'Orléans. Afin de n*avoir pas à céder sur la liberté des princes. Mazarin sacrifia le duc d'Épernon. Mais si Bordeaux avait fini par se soumettre , Paris était loin d*ètre rentré dans le calme. Les chefs de la Fronde et Retz à leur tète y entretenaient une sourde agitation; c'était chaque jour une pluie de pamphlets contre le ministre absent. « A propos de rien, il sortait (du Parlement) comme un tourbillon de voix, qui semblait mêlé d'éclairs et de foudres, contre le nom de Mazarin ^ »

Pendant ce temps, le premier ministre entretenait une correspondance active avec Le Tellier et les autres secrétaires d'État qui étaient restés à Paris. Sa plus grande préoccupation, celle qui obsédait lo plus son esprit, et qui lui inspirait les plus sérieuses craintes, c'était le l'.oadjuteur. De tous ses ennemis, c/était celui qui lui paraissait le plus redoutable*. Aussi que de précautions, que d'instructions, que de combinaisons pour le miner et le détruire ! « Là et à Fontainebleau, écrivait Colbert à Le Tellier ', un prendra résolution sur toutes choses et particulièrement sur la pensée de M"' de Chevreuse pour ramener Tesprit du coadjuteur. Seulement Son Eminence croit, comme il n'est que trop visible, et ce serait une folie d'en douter, que c'est un esprit qui n'est pas capable d'une bonne conduite, qui a les dernières mauvaises intentions, auxquellesildemeure constamment attaché, quoiqu'il ait donné en diverses

* Mémoires de Hetz,

• Dniirg. 4 octobre 16.*»0.

CRAINTES DE IfAZARlN. 127

occasions les dernières assurances du contraire, et qu'il n'en peut jamais donner de plus pressantes, et il est très -certain qu'on ne s'y peut jamais fier. Ainsi, il vaut beaucoup mieux chercher par toutes sortes de moyens celui de rendre sa malice inutile, en lui ôtant le pouvoir de l'exercer, que d'augmenter ce même pouvoir en lui faisant de nouvelles grâces et de nouveaux bienfaits. Son Eminence vous conjure de travailler sur ce fondement. »

Le plus vif sujet de crainte pour Mazarin, c'était que le roi de Pologne ne céd&t à la princesse douairière de Condé la nomination à un chapeau de cardinal dont il pouvait alors disposer, et que le coadjuteur ne vint à s'en emparer. Dans cette appréhension, Mazarin voyait déjà le coadjuteur premier ministre, et, pour détourner le péril, conseillait de l'envoyer à Rome dès qu'il serait revêtu de la pourpre.

« Son Eminence no doute point, écrivait Colbert à Le Tellier, que M"' la princesse douairière n'achète la nomination du roi de Pologne de M"' la princesse palatine, toutes les fois qu'elle croira faire par là un effet considérable pour la liberté de ses enfants. Si cela arrive, il faudra faire tous les efforts pour envoyer le coadjuteur à Rome, puisqu'il sera fait cardinal sans la participation du roi '. »

Les terreurs de Mazarin allaient chaque jour en augmentant, et il faisait appel à tous les moyens pour se débarrasser d'un tel ennemi. Voici quelques passages vraiment caractéristiques d'une dépêche

< Lettre du 4 octobre^

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