‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 37 sur 218 · PROJET D*ASSASS1NAT CONTRE MA2ARIN · texte numérisé non relu

PROJET D*ASSASS1NAT CONTRE MA2ARIN

minait vers Paris, il se plaignait amèrement de Tétroite liaison deM'^Me Chevreuse avec lecoadjuteur et de Tappui qu'elle lui prêtait dans ses prétentions au cardinalat... « Si M""' de Chevreuse, lui disait-il, ne cherche que le repos, comme dit M. le garde des sceaux, elle le peut bien avoir plus honorablement, et avec plus de sûreté, et avec de très-grands avantages pour sa maison dans les bonnes grâces de la reine, et non pas en s'opiniâtrant à vouloir (contre son devoir, ayant promis à la reine et à moi que, le coadjuteur manquant, elle serait sa plus grande ennemie) demeurer étroitement unie avec lui, lorsqu'il n'oublie rien pour se faire connaître le plus méchant homme du monde et pour mettre tout le royaume sens dessus dessous, et certainement personne ne peut être plus éloigné du repos que celle qui voudra être liée avec l'esprit le plus étra^nge et le plus inquiet qui soit peut-être au monde. »

S'il faut en croire Mazarin dans une autre lettre en date du même jour, le coadjuteur aurait formé à cette époque le projet de l'assassiner pour se rendre maître du pouvoir. Mazarin ne fournit aucune preuve de son accusation, mais, pour qui a scruté le caractère de Retz, elle n'a rien que de fort vraisemblable. « Il est d'autant plus nécessaire d'employer toutes sortes de moyens pour reconnaître le fond de l'&me de ce prince (du duc d'Orléans), écrivait Mazarin à Le Tellier \ qu'on m'a déjà donné deux avis par des lettres que j'ai reçues, sans nom, que je prisse bien garde à mon retour, car le coadjuteur

< Chàtellerault, 24 octobre 1650.

132 ACCUSATION PORTÉE CONTRE RiSTZ.

n'avait pas seulement conseillé de prendre quelque résolution violente àmon égard , mais qu'il [le] lui avait même persuadé, lui faisant croire que, par cette voie, il établirait le calme dans le royaume, qui n'était agité que par la haine que les peuples et les parlements avaient contre moi ; il ferait la paix générale que j'empêchais parce que ma subsistance ^ dépendait du trouble; n'aurait plus aucune jalousie de la liberté des princes, puisqu'ils seraient en sa puissance , et enfin que, par ce coup, il mettrait les choses en état que tout dépendrait de lui. Je vous dis librement, ajoute Mazarin, que je suis aussi persuadé qu'un tel discours pourrait avoir été fait à Son Altesse Royale, comme qu'elle soit incapable *, quelque chose qu'on lui puisse dire, de donner jamais les mains à une telle méchanceté. Mais ce que le chevalier de Sévigné * a écrit à Ménage à Angers, comme chose qu'il marque avoir sue du coadjuteur, donne lieu de se méfier. Son Altesse Royale m'a avoué beaucoup de fois que celui qui lui avait proposé le premier à Amiens de se défaire de feu M. le cardinal fut M. de Retz, et, comme on croit le coadjuteur beaucoup plus méchant que son frère, on ne lui fait pas tort do croire qu'il est capable de faire de semblables propositions. »

Des deux côlés on se croyait capable de tout, peutêtre sans trop se calomnier.

Le Tellier, dans un entretien avec le duc d'Or-

' Mon existence.

* Italianisme de Mazarin.

* Le chevalier Renaud de Sévigné, oncle de M** de Sévigné, qui avait commandé le régiment de Corinthe.

Page 1