RÉPONSE DE LE TELUER
pas que Son Éminence ne dise que j'ai Tesprit inquiet; qu'elle ne me reproche d'avoir songé à brouiller, lors même que tout était calme et que personne n'avait cette pensée; qu^elle ne m'accuse d*ètre ambitieux et peu endurant, et que tout cela ne lui fasse désirer de prendre de grandes précautions contre moi. Je suis prêt à donner à Son Éminence, ajouta le coadjuteur, toutes les garanties qui pourront dépendre de moi, afin que je parvienne à mon but; mais si Son Éminence ne s'en peut contenter, dit-il en finissant et d'un ton résolu, il y a bien du mal à faire, con^me de soutenir la noblesse, de faire remuer le Parlement, de demander la tenue des États généraux. »
Le Tellier joua la surprise et s'écria : « N'avezvous pas déclaré, monsieur, à plusieurs reprises, à M"* de Chevreuse, depuis le voyage de Bordeaux, que vous ne désiriez point être cardinal et que vous n'y songeriez jamais? N'en avez-vous pas donné parole positive à MM. 4e Laigues et de Noirmoutier? Parmi les choses que vous venez de me dire, monsieur, poursuivit Le Tellier d'un ton ferme, il en est une fort importante, que vous avez omise et qui serait de nature à empêcher Son Éminence de vous accorder la nouvelle grâce que vous souhaitez, c'est le pcii de gratitude dont vous avez fait preuve envers la reine, après avoir reçu d'elle la coadjutorerie. Il n'y a guère apparence que Son Éminence puisse espérer que vous en montreriez davantage pour le chapeau, le présent étant bien moindre que celui de la coadjutorerie. Vous savez d*ailleurs mieux que personne, monsieur, que vous n'avez tenu
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aucune des paroles que vous aviez données vousmême ou par vos amis, ensuite des accommodements qui ont été faits avec vous, et qu'un homme capable de manquer tant de fois à ses engagements ne saurait plus donner d'assurances auxquelles on se pût fier. Quant au mal à faire, je no crois pas que ce soit chose bien malaisée. Je n'ai pas Thonneur d'être coadjuteur de Paris, et je suis le moindre des hommes, mais si je m'y voulais appliquer, je penserais y pouvoir réussir; peu de gens sont capables de faire du bien, tous le sont de faire du mal, etc. »
Le coadjuteur essuya ce déluge de reproches sans en paraître ému le moins du monde. 11 se contenta de répondre à Le Tellier : « Après ce que j'ai fait et en être venu si avant, je ne puis plus me contenter de reprendre ma fonction épiscopale, et il faut voir ce que la Fortune voudra de moi. Je vous ai confié, monsieur, comme à un confesseur, tout ce que je vous ai dit, pensant que Vous êtes homme d'honneur et que vous.n'en abuserez point, car il m'importe, s'il arrive quelque manquement, qu'on ne croie pas que ce soit par considération de mon intérêt ni que j'aie eu la moindre prétention. »
Le Tellier lui promit de garder le secret, et il n'eut rien de plus pressé que de le confier au cardinal et à la reine en les suppliant toutefois de ne pets le violer, afin de prévenir une catastrophe inévitable en cas d'indiscrétion. Il disait à la fin de sa lettre * que les frondeurs étaient capables de se livrer aux dernières violences pour faire réussir leurs affaires.
* Le TeUier à Mazarin. 30 octobre 1650.