ACCUSATION DE HAZARIM CONTRE RETZ
liation entre le prince de Condé et le coadjuteur, il faisait dire à la princesse palatine que ce dernier lui faisait faire tous les jours, au sujet du prince, des « propositions indignes non-seulement d'un ecclésiastique, mais d'un chrétien ». En d'autres' termes, Mazarin accusait Retz de lui conseiller de se défaire de Condé. Le cardinal, enflé de sa victoire sur les Bordelais, espérait avoir raison non moins facilement des frondeurs, qu'il accusait d'avoir favorisé la révolte de la Guyenne, d avoir détourné le duc d'Orléans de ses devoirs et d'avoir voulu s'emparer de la personne des princes.
Bien que Retz, comme nous l'avons dit, ait affirmé sur tous les tons que, pendant l'expédition de Bordeaux, il se comporta très -loyalement à l'égard de la cour, qu'il servit avec dévouement les intérêts de la reine, qu'il compromit sa popularité, qu'il courut mille périls en passant pour mazarin, tout ce qu'il nous dit n'est qu'une habile transition pour expliquer et pour justifier sa conduite ultérieure. Nous savons à quoi nous en tenir par les correspondances ministérielles, dont les dates lui donnent constamment les plus cruels démentis. Retz, il faut bien le dire, était fort bien renseigné d'ailleurs sur les sentiments hostiles dont le cardinal était animé contre lui; il savait d'une manière certaine, par M"* de Lesdiguiëres, que Mazarin avait le projet do le faire arrêter. Ce qui est certain, c'est que le mi* nistre avait conseillé à Le Tellier de faire en soiie que le duc de Beaufort et le coadjuteur quittassent Paris avant son arrivée. Le Tellier ne pensa pas que la chose fût praticable».. « Nous n'avons pas
CONSEIL DONNÉ A RETZ pE QUITTER PARIS. 143
jugé qu'il fût bon, écrivait-il à Mazarin, d'envoyer un ordre à MM. de Beaufort et le coadjuteur de sortir de Paris, parce qu'ils n'y obéiraient pas, et que Monsieur ne serait pas en état de le leur faire faire, outre que ce serait leur donner plus d'occasions de faire approuver parmi le monde ce qu'ils font sans aucun prétexte *. » Le maréchal de Yilleroi , de son côté, agissant d'après les instructions de Mazarin, avait écrit à M"* de Lesdiguiëres de dire au coadjuteur « qu'il ferait très-bien de se retirer et de ne pas attendre le retour du roi » . Le même avis avait été donné à Retz par le grand prévôt, qui était do ses amis. Le coadjuteur, il est vrai, n'avait rien négligé pour s'exposer aux représailles du ministre; mais, innocent ou coupable, il s'agissait de prévenir ses coups, de se mettre en état de défense et de prendre l'offensive.
Pendant la marche du cardinal, la princesse pala* tine, Anne de Gonzague, esprit supérieur et d'une habileté consommée dans les négociations diplomatiques, avait embrassé étroitement la cause des princes, au triomphe de laquelle elle était personnel* lement très-intéressée à cause de son amant en titre, le chevalier de la Yieuville, fils du nouveau surin-* tendant. Elle fit sonder le coadjuteur et lui fit faire les premières ouvertures pour l'amener à consentir à la liberté des princes. Avant de prendre un engagement sur ce point, qui lui offrait une perspective de vengeance assurée contre Mazarin, en cas d'échec, le coadjuteur résolut de faire une dernière tentative
* Lettre du 9 décembre 1650.
14i ANNE DE GONZAZUU KT LE COADJUTBOR.
pour emporter le chapeau. Il suppose, lui, que ce fut la première et, dans l'embarras où il se trouve de justifier sa conduite pendant la guerre de Bordeaux, il supprime d'un trait de plume toutes ses négociations antérieures pour obtenir la pourpre. Après tant de protestations faites à Mazarin de ne vouloir à aucun prix poursuivre le cardinalat par la guerre civile, voici ce que Retz a imaginé pour expliquer au lecteur son évolution. Afin de jeter un voile sur l'ambition qui le possède nuit et jour, il suppose qu'un de ses amis intimes, M. de Caumartin, vient le presser de songer au chapeau en lui faisant valoir toutes les raisons possibles de déclarer ses préten* tions et de mener vivement Taf faire. Les explications qu'il donne sont d'une merveilleuse dextérité ; l'art des transitions ne saurait être poussé plus loin. Malheureusement il n'y a pas un mot de vrai dans le charmant récit de notre conteur. <( Il y avait longtemps, dit-il, que Caumartin combattait Topiniàtreté que j'avais à ne vouloir pas songer à la pourpre, et il m'avait représenté plusieurs fois que la déclaration que j'avais faite sur ce sujet avait été plus que suffisamment remplie et soutenue par le désintéressement que j'avais témoigné en tant d'occasions; qu'elle ne devait et ne pouvait avoir lieu tout au plus que pour le temps de la guerre de Paris, sur laquelle je pouvais avoir pris quelque fondement de parler et d'agir ainsi ; qu'il ne s'agissait plus de cela ; qu'il ne s'agissait plus de la défense de Paris; qu'il ne s'agissait plus du sang du peuple; que la brouillerie qui était présentement dans TLtat était proprement une intrigue de cabinet entre un prince du