COMPLOT POUR DÉLIVRER LES PRINCES
qu'il voyait souvent la nuit. Le cuadjuteur eut bientôt pris son parti et ne négligea rien pour entraîner le duc d'Orléans dans le complot, car il était impossible que Ton pût rien faire sans son consentement. Retz lui peignit avec éloquence les maux causés par lAazarin, les ravages et les misères de la campagne, la dissipation des finances, le refus de la paix générale, l'usurpation de toute l'autorité et de la disposition des emplois et des grâces, la guerre civile entretenue par la seule présence du ministre. Il fit ensuite comprendre au prince que si Mazarin le dépouillait ainsi de toute autorité, tandis qu'il était encore lieutenant général du royaume, ce serait cent fois pis après la majorité du roi. a Le seul moyen de porter remède à tous ces maux, lui dit enfin le coadjuteur, c'est que Votre Altesse Royale procure la liberté de MM. les princes et qu'elle forme avec eux une étroite union qui la rendra invincible ^ » Entraîné par ces considérations générales et personnelles, le duc d'Orléans remit au coadjuteur ses pleins pouvoirs pour diriger cette affaire et la conclure, et dès le soir même celui-ci s'entendit avec le mestre de camp Amauld, le représentant des princes, pour préparer les préliminaires du traité \ Les princes envoyèrent leurs procurations à la princesse palatine. C'était elle et M""* de Rhodes qui avaient conçu la première idée d'une alliance entre les princes et les frondeurs. Anne de Gonzague était cette belle princesse palatine dont Bossuet a prononcé l'oraison funèbre, et
* Histoire de la priiton et de la liberté de M. le prince, par Claude Joly, chanoine de Notre-Dame de Paris.
• Ibidem,