INTRIGUES DE MÂZARIN CONTRE RETZ
existé que dans sa riche imagination et pour amener un mot spirituel.
Pendant ce temps-là, Mazarin n'avait rien négligé de son côté pour diviser les frondeurs, pour discréditer le coadjuteur dans Tesprit du duc d'Orléans, pour le brouiller avec M"* et M"* de Ghevreuse. « Mais le coadjuteur, dit M™' de Motteville, avait à lui seul une si grande cabale, une âme si hardie, un cœur si rempli de passions et un génie si puissant pour se faire aimer de ceux qui le connaissaient, qu'il était assez difficile au ministre de Tempècher d'entrer dans le cœur du duc d'Orléans, et par conséquent impossible de leur refuser à tous ce qu'ils voulaient déterminément. » Mazarin n'échoua pas moins dans une tentative pour détacher M"* de Ghevreuse du coadjuteur. Gomme il n'ignorait pas les relations de la jeune princesse avec le prélat, il dépécha auprès d'elle le duc d'Aumale, qui « était beau comme un ange » , afin qu'il la séduisit. Mais Retz s'aperçut bientôt du manège , et, tout prince de la maison de Savoie qu'était M. d'Aumale, il le fit éconduire par M*" de Ghevreuse avec de telles railleries que, pour se venger, le prince tenta de faire poignarder son heureux rival. Le coadjuteur courut bientôt un plus sérieux danger. M"' de Guémené, outrée d'être négligée pour M'*"" de Ghevreuse et M"' de Brissac, offrait à Mazarin d'attirer chez elle l'inconstant prélat, de l'enfermer dans une serre d'orangers et de le lui livrer. Mais le cardinal refusa, de peur d'une sédition si l'on faisait ainsi disparaître l'idole du peuple.
Sans se douter de ce qui se tramait si près de lui,
m^ PRINCES ET LE PARLEMENT. 157
Mazarin, quinze jours à peine après son arrivée à Paris, partait (4" décembre) pour la Champagne, afin de tenter un vigoureux effort pour rejeter Tennemi hors du territoire. Il avait fait marcher en avant les troupes quMl avait conduites en Guyenne; elles étaient destinées, sous les ordres du maréchal du Plessis, à s'emparer de nouveau de Rethel.
A peine était-il parti, que le coadjuteur prit la résolution, dans un conseil secret tenu chez la palatine, « de ne pas le laisser respirer et de l'attaquer dès le lendemain de l'ouverture du Parlement» . Un conseiller annonça à la compagnie qu'il avait reçu la veille, le jour même du départ du cardinal, une requête de la jeune princesse de Gondé, pour demander que les princes prisonniers fussent jugés ou mis en liberté. Le Parlement décida que cette requête serait remise .au procureur général, et qu'il serait délibéré sur TafTaire à cinq jours de là. Au jour désigné arriva une lettre signée des trois princes prisonniers tendant aux mêmes fins que celles de la requête. La reine, prise à l'improviste et se disant malade, enjoignit au Parlement de suspendre la délibération jusqu'au rétablissement de sa santé. Mais le Parlement, travaillé par le coadjuteur et les émissaires des princes, n'accorda qu'un délai de quatre jours. La demande des prisonniers fut accueillie avec faveur, et, les esprits s'échaufTant, plusieurs propositions furent soulevées contre Mazarin, que l'on traitait « d'étranger » et de cause unique de tous les maux du royaume (15,17 et 18 décembre). Le jour même où éclataient ces violentes déclamations contre le ministre absent, un courrier extraor-