SES INSTRUCTIONS CONTRE LE GOAIUUTEUR
remontrances seraient faites au roi et à la reine régente sur Temprisonnement des trois princes et pour demander leur liberté ». L*arrêt ajoutait (cque le duc d*Orléans serait prié d'employer son crédit et autorité pour obtenir ce que Ton demandait avec tant de justice » .
Le cardinal, avant son départ, et dans la crainte des menées du coadjuteur et du duc de Beaufort, avait donné des instructions secrètes pour qu'on les contraignit à quitter Paris ; mais, avec le crédit dont ils jouissaient dans le peuple, la chose n'était pas facile, et les secrétaires d'État n'osèrent la tenter. « Nous n'avons pas jugé qu'il fût bon, écrivait Le Tellier à Mazarin le 9 décembre, de parler d'envoyer un ordre à MM. de Beaufort et le coadjuteur de sortir de Paris, parce qu'ils n'y obéiraient pas, et que Monsieur ne serait pas en état de le leur faire faire, outre que ce serait leur donner plus d'occasion de faire approuver parmi le monde ce qu'ils font sans aucun prétexte. )>
Mazarin était tenu au courant de tous les faits et gestes du coadjuteur, sauf pourtant du traité qu'il préparait dans l'ombre avec la palatine. Il n'ignorait pas toutefois leurs entrevues nocturnes, mais il n'avait pu pénétrer plus avant, tant le secret avait été bien gardé. Le coadjuteur ne cessait de se plaindre hautement de la translation des princes. « Les plus aveugles verront bien, écrivait Mazarin à Le Tellier ', que cette translation contre laquelle parle le coadjuteur est un pur prétexte, et que, quand
* Reims, 6 décembre 1650.
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ils seraient à Marcoussis, il ferait la même chose, étant le cardinalat refusé et non ladite translation qui le fait agir. »
Lorsque la première requête pour la liberté des princes eut été présentée au Parlement, Le Tellier écrivait à Mazarin que le coadjuteur était bien aise qu'elle eut été produite, a II affecte, dit-il, de la vouloir favoriser pour faire appréhender à la cour, qu'il s'unisse avec les amis des princes et obliger la reine à le rechercher d'accommodement en lui accordant ce qu'il désire \ »
Mazarin, informé par ses espions des nombreuses visites que Retz rendait la nuit à Anne de Gonzague, ordonna à Michel Le Tellier de tâcher d'en découvrir le motif secret, soit par le duc d'Orléans, soit de toute autre manière. « Je parlai en particulier à Monsieur, lui répondit Le Tellier, sur les avis qui ont été donnés à Votre Éminence des visites fréquentes que rend M. le coadjuteur à la princesse palatine, de l'heure et de Thabit auxquels il va, de l'offre qu'il faisait de se lier, même par écrit, avec les princes, et de ce qu'il avait dit que, si le Parlement allait bien. Monsieur deviendrait frondeur. Je lui indiquai même les moyens de découvrir ces visites du coadjuteur. i> .
Ce qu'il y eut de piquant, c'est que le duc d'Orléans feignit de les ignorer et qu'il laissa Le Tellier persuadé qu'il n'en savait pas le premier mot. Le Tellier ayant dit au prince que le coadjuteur se proposait de faire un tiers-parti composé de Son Altesse
I Lettre du 9 décembre 1630.
LE COADJUTEUR AU PARiiEMENT. 161
Royale, du Parlement et du peuple, Gaston, pour détourner son attention, lui répondit c< que cela pouvait être plus vrai, parce que le coadjuteur lui avait paru toujours éloigné de s'accommoder avec les princes y> .
Dans une lettre, en date du 19 décembre. Le Tellier avait annoncé à Mazarin que le coadjuteur avait pris la parole contre lui au sein du Parlement, a II a fort exagéré, lui disait-il, qu'il est désintéressé et sans prétention aucune, et qu'il n'agit que pour le bien de TÉtat et le repos du peuple. »
Et lorsque, le 20 du même mois, le coadjuteur eut demandé au Parlement que les princes fussent transférés dans un lieu plus salubre et que l'on travaillât à la réconciliation des partis, afin de former une ligue puissante contre le favori victorieux, ce jourlà même Le Tellier écrivait au cardinal pour lui annoncer que la reine, informée de ce que le coadjuteuravait dit dans le Parlementcontre son ministre, était fort irritée contre lui et qu'elle avait fait prier le duc d'Orléans de ne plus . recevoir ses visites, mais que le prince avait fait la sourde oreille. Michel Le Tellier ajoutait que le coadjuteur attendait avec impatience le retour de Son Éminence, afin de la forcer à un accommodement, sous le coup des délibérations du Parlement en faveur des princes. Dans une autre lettre, en date du 21 décembre, il disait au cardinal que le duc d'Orléans s'était excusé auprès de la reine de recevoir chez lui le coadjuteur, sous prétexte qu'il faisait tous ses efforts «pour le retenir et l'empêcher de faire du mal ». Il ajoutait que le prince, afin d'obtenir le