‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 56 sur 218 · L* ASSEMBLÉE DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

L* ASSEMBLÉE DU CLERGÉ

chapeau pour le coadjuteur, se proposait d'offrir à la reine que le prélat se retirerait à Rome pendant dixhuit mois dès qu'il l'aurai l obtenu. Le Tellier répondit au prince « que tout ce qui serait proposé pour le chapeau de cardinal ne servirait de rien ». Cette réponse si nette n'était pas de nature à calmer l'irritation du coadjuteur. A ces nouvelles tentatives du duc d'Orléans pour que la reine et le cardinal donnassent satisfaction à Paul de Gondi, Mazarin écrivait de Reims à Le Tellier le 2i décembre : a . . . S'il n'y avait pas autre raison, pour ne juger pas à propos mon retour à Paris que celle de devoir être pressé par Son Altesse Royale à l'accommodement avec le coadjuteur et M. de Beaufort, et que, faute de ce faire, elle s'emportât et se déclarât contre moi, il me semble que cela ne serait pas beaucoup à craindre. Son Altesse Royale est très-bien informée des sentiments que la reine a là- dessus, et que quelque bonté que Sa Majesté ait pour moi, elle ne défère pas toujours à mes conseils, comme véritablement, sans aucun déguisement et sans faire de finesse, je suis assuré que, quelque chose que je puisse faire, je ne pourrais jainais persuader à la reine de satisfaire le coadjuteur, pendant qu'après avoir menacé qu*il ferait le mal , si on ne le faisait cardinal, il n'oublie rien pour tenir sa parole. i>

Mazarin ayant appris que le coadjuteur avait porté la parole contre lui, non-seulement au sein du Parlement, mais dans l'assemblée du clergé, dont lui, Mazarin, était premier président, en fut outré de colère et exhala ses plaintes dans une lettre à Le Tellier, en date de Reims, 26 décembre : « Je vous

PLAINTES r>K IUZABI.\ CONTRI! RETZ. lo.l

avoue, lui disait-il, que je ne sais pas comment le coadjuteur a perdu la honte à im tel point que, quand il ne voudrait pas avoir égard au roi, attaquant son premier ministre, parce que Sa Majesté a refusé de satisfaire à ses prétentions qu'il poursuivait en menaçant, il n'ait considéré qu'il ne se sau' rait jamais laver, étant ecclésiastique, comme il est, de poursuivre un cardinal, premier président de l'assemblée du clergé... Jl n'a et ne peut avoir aucun droit d'inspection sur une personne qui a ce caractère, puisqu'il ne l'a pas à l'égard des évèques, que le roi même ne lui donne, quand il est contraint de faire faire leur procès,... etc. Il faudrait, ajoute Mazarin poussé à bout, il faudrait, à mon avis, parler nettement contre le coadjuteur et M. de Beaufort, car il serait bien étrange que ces gens-là pussent impunément attaquer le roi et ses serviteurs, et que Sa Majesté et les gens bieu intentionnés ne pussent avec justice et raison dire leurs vérités pour on ' iufonner le public, qui pourrait être abusé, n'oubliant rien de toutes les méchancetés qu'ils ont faites, tâchant de remuer toutes sortes de personnes, de quelque condition que ce puisse être, les intérêts par lesquels ils agissent, l'ingratitude à tous It's bienfaits reçus, la piélention du coailjuteur au cardinalat et les menaces faîtes publiquement de se Venger si on ne le contentait, sa vie et ses mo'urs tout à fait contraires à la profession d'archevêque,... et enfin tout ce qu'on peut dire, sans se départir de la vérité, contre ces gens-là pour les rendre odieux au peuple, sans oublier en passant de dire que l'on voit bien par quel principe ces gens-là agissent,

\6A LËTTRl:; DE MAZARIN A NOIRMOUTIEK*

témoignaut à présent grande disposition en faveur des princes y pour la prison desquels ils ont ci-devant fait des feux de joie daus Paiis ; et le déplaisir de leui* translation n*a autre raison que de se voir hors d'espérance de s'en rendre les maîtres, comme chacun sait qu'ils n'ont rien oublié pour en venir à bout, et si les princns eussent trouvé leur compte à ce changement;... etc. »

Dès que la nouvelle de la déclaration du coadjuleur en faveur de la liberté des princes (20 décembre) et des paroles qui l'accompagnaient, parvint à Mazarin, il écrivit sur-le-champ la lettre suivante au marquis de Noirmoutier, un ami de Retz : « M. le coadjuteur a levé le masque. Il a fait sa déclaration contre moi en plein Parlement, et il faut sans doute que je sois bien criminel et bien incapable, puisque le respect qu'il doit au roi et à l'Église, ni les obligations qu'il a à la reine, ne l'ont pu empêcher, ayant le caractère qu'il a, de déclamer contre un cardinal qui a l'honneur d'être premier ministre. Je veux croire que ce n'est ni passiou, ni intérêt, ni ambition, qui l'ont porté à cela,, mais le seul zèle qu'il a pour le service de Leurs Majestés et pour le bien de l'État. Et, à la vérité, après tant de crimes que j'ai commis, dont ceux de cette année ont fait assez voir que j'étais incorrigible, quelque amitié qu'il m'eût jurée si solennellement, comme vous savez, je ne devais pas prétendre qu'un homme, qui ne vise qu'à relever la monarchie et l'autorité royale, me laissât en repos. Je suis marri de ne pouvoir faire pour lui la prière du saint d'aujourd'hui (saint Etienne;, parce qu'il îi'ignore pas ce qu'il faii.

RETZ FAVORI DU DUC d'ORLÉANS. 165

Je ne laisserai pas pourtant de prier Dieu de tout mon cœur de lui insinuer une meilleure conduite. Je m'assure que vous en serez ravi, n'y ayant personne qui sache mieux que vous s'il a raison en ce qu'il fait... y> La lettre est digne, malicieuse, pleine d*une fine ironie. Lorsqu'elle passa, comme il est probable, sous les yeux de Retz, il dut en sentir vivement les pointes.

Cependant les choses s'envenimaient et s*aigrissaient. Le Tellier, à la date du 37 décembre, mandait à Mazarin que le duc d'Orléans lui avait déclaré « qu'il ne voulait pas, pour un chapeau, rompre avec Sa Majesté ni causer du trouble dans l'État » ; mais que le prince, par-dessous main, était entièrement sous l'influence de son favori, qu'il était bien décidé à demander pour lui ce même chapeau et à se déclarer contre le ministre en cas de refus. Le Tellier ajoutait que le coadjuteur, dans un moment d'abandon et de colère, avait déclaré à un ami du garde des sceaux « qu'il le faUait considérer comme un homme qui porte un flambeau ardent à la main pour mettre le feu par tout le royaume; que sa sûreté l'obligeait à cela parce qu'il n'en pouvait trouver qu*en chassant Son Éminence».

Dans une autre lettre, en date du 28 décembre, Le Tellier annonçait au cardinal que ie duc d'Orléans paraissait fort radouci à son égard, mais ce n'était qu'un piège pour engager Mazarin à rentrer sans crainte à Paris. « J'eus Thonneur de faire savoir à Votre Éminence, lui disait-il,... que Monsieur avait paru assez gai chez la reine, et nous avait dit séparément, à M. le garde des sceaux, à M. le mare-

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