‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 62 sur 218 · H RÉVOLUTION DE PALAIS · texte numérisé non relu

H RÉVOLUTION DE PALAIS

qui troublait la paix de la maison royale , et qu'il était juste de Téloigner de Tespoir du ministère. Le duc d^Orléans en rougit deux fois. Il sentit que ces paroles s'adressaient à lui, et elles lui firent connaître que la reine n'était pas abandonnée *... » Et lorsque la reine eut ordonné de sceller cette déclaration, « M"" de Ghevreuse rougit à son tour, dit M"* de Motteville qui nous fait assister à la scène, et je connus à son visage qu'elle voyait avec beaucoup de peine le coadjuteur et même le garde des sceaux de Ghàteauneuf exclus de pouvoir joindre le ministère h la calotte rouge... Cette cérémonie achevée, les princes s'en allèrent. Le duc d'Orléans avait de la douleur et de la tristesse dans le cœur, et le prmce de Gondé était content. Ge qui fâchait le duc d'Orléans à l'égard du coadjuteur lui donnait de la joie. » Le soir même, la reine faisait redemander les sceaux à Ghàteauneuf, pour les confier au président Mole, et elle rappelait dans son conseil le chancelier Séguier qu'elle avait autrefois sacrifié aux ressentiments de la Fronde. Cette révolution de palais surprit et irrita au dernier point les frondeurs. Ils se réunirent chez le duc d'Orléans, et le prince de Gondé s'y rendit de son côté comme s'il n'eût participé en rien au coup d'État *.Yoici comment M''* de Motteville raconte ce coup de théâtre qui faillit à tourner au tragique : « La nouvelle de la disgrâce de cet homme (Ghàteauneuf) étant venue au Luxembourg, le duc d'Orléans en fut troublé d'une

i Mémoires de M^^ de Motteville,

s La duches«e de Nemours dit que Conde resta tout simpleiiM&t indifférent à cette décision, mais c*est une grave erreur.

COLËRK I>KS FRONDEURS. 187

manière toute terrible, et sa colère pensa causer d'étranges effets. Il fulmina contre la reine et jura qu'elle se ressentirait de cet affront. Le coadjutéur^ ou Montrésor par son ordre, ou tous deux ensemble, dirent à ce prince que, puisque la reine avait osé faire des coups de régente, il devait en faire de lieutenant général du royaume. Ils proposèrent de faire prendre les armes aux bourgeois. Le duc de Beaufort offrit son crédit pour ce dessein. Ils dirent qu'il fallait animer la canaille, qu'il fallait aUer au Palais-Royal enlever le roi, aller chez le premier président lui ôter les sceaux de force, et, s'il faisait quelque résistance, le tuer et le jeter par les fenêtres. Enfin, tout ce qui se peut imaginer de plus cruel, de plus violent, même contre la personne de la reine, fut proposé en cette occasion. Selon les apparences, l'exécution en fut ardemment désirée par le coadjuteur. Et sans doute que Chàteauneuf aussi eiit des mouvements 'fort criminels, ces deux hommes étant remplis l'un et l'autre des plus violentes passions qui puissent occuper le cœur humain.» ^

Lorsque le coadjuteur en vint à proposer de nouvelles barricades, Coudé lui répondit en souriant qu'il n'aimait pas « la guerre des pavés et des pots de chambre » , et Beaufort, à la grande surprise du duc d'Orléans et du coadjuteur, fit volte-face et se rangea à son opinion. Les amis de Gondé n'avaient pas eu de peine à le détacher des frondeurs en lui prouvant que ceux-ci lui avaient caché plusieurs clauses de leur traité avec les princes. Le lendemain, 4 avril, Çondé alla trouver son frère le prince de Conti , le railla

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de son amour et lui raconta impitoyablement tout ce que la chronique scandaleuse lui avait appris des visites nocturnes du coadjuteur à M*'* de Chevreuse. Puis, jetant brusquement le masque, sans prévenir aucun de ses parents et de ses amis^ il envoya le président Viole, son familier, à la duchesse de Che«vreuse pour lui annoncer la rupture du mariage projeté entre sa fille et le prince de Gonti. Bien que Ton n'ait jamais su d'une manière nette et positive ce qui avait pu déterminer M. le Prince à en venir à cette extrémité, la reine et Mazarin avaient trop d'intérêt à ce que cette union n'eût pas lieu pour que l'on ne fasse pas remonter jusqu'à eux toutes les manœuvres pour la traverser. Ajoutez que M** de Longueville, qui avait régné jusqu'alors sans par* tage sur le cœur du prince de Gonti, eût été supplantée par M'"" de Ghevreuse et qu'elle n'épargna rien pourprovoquer cette rupture; qu'enfin, le grand Condé, qui avait le défaut d'aimer un peu trop l'argent, n'était pas fâché de faire rentrer son frère dans la vie ecclésiastique. Le duc d'Orléans et le coadjuteur ressentirent vivement l'affront; la duchesse de Ghevreuse et sa fille en furent transportées de colère et se répandirent en violents propos contre Condé qu*elles avaient tiré de prison, et qui leur témoignait sa reconnaissance par un tel outrage. Elles ne parlaient de rien moins que de le faire poignarder ou de le faire arrêter de nouveau.

La scandaleuse liaison du coadjuteur avec M"* de Ghevreuse avait été formée, qui le croirait? par la mère de cette princesse ; la politique y avait eu bien plus de part que Tamour.

M*** DE CUEYRËUSE ET LE GOADJUTEUR. 189

Il existe une fort curieuse lettre de Mazarin qui ne saurait laisser aucun doute sur ce point. Voici ce que, du lieu de son exil, il écrivait à la reine, peu de jours avant qu'il fût informé de la rupture du mariage : «Gomme je disais un jour à M"* de Chevreuse que je ne voyais pas comment la reine se pourrait assurer de Tesprit du coadjuteur, lorsque les princes furent arrêtés, et que je craignais fort qu'il manquerait bientôt, elle me fit confidence qu'elle le tiendrait par le moyen de sa fille, qui se conduirait en sorte à l'égard du coadjutcur, qu'elle lui donnerait de l'amour et le retirerait de celui qu'il avait pour M"* de Guémené, ce qu'elle m'a confirmé plusieurs fois. Et, en effet, ladite dame l'a gouverné par là, ayant laissé la bride à sa fille, en sorte qu'elle donnait des rendez-vous, chez M"* de Rhodes, au coadjutcur, qui ne laissait pas de la voir tous les jours à des heures indues à Thôtel de Ghevreuse. De façoil que les médisants se sont empressés à dire que le mariage avec le prince de Gonti ne pouvait faire qu'il ne fût très-bon, puisque le prêtre y avait passé ^ »

On peut juger des transports de rage ducoadjuteur lorsqu'il apprit que le prince de Conti, en lui rendant sa maîtresse, reprenait en même temps ses prétentions au chapeau qu'il lui avait cédé. Ne voyant jour pour le moment à aucune espérance, il résolut de quitter momentanément la scène , et de se retirer dans son cloître, au moment de la semaine sainte, qui, nous dit-il dans ses Mémoires, lui ser-

• Maznrin à ta reine y Br<\!h. avril 16."»!.

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