‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 68 sur 218 · OFFRE DU CARDINALAT FAITE 'A RETZ · texte numérisé non relu

OFFRE DU CARDINALAT FAITE 'A RETZ

a La reine , poursuit-il , se mit en colère , elle me dit que Dieu protégerait et ses intentions et Finnocence du roi son fils, puisque tout le monde Tabandonnait. Elle fut plus d*un demi-quart d^heure dans de grands mouvements dont elle revint après assez bonnement. Je voulus prendre ce moment pour suivre le fil du discours que je lui avais commencé; elle m'interrompit en me disant : a .... Je fais tout pour vous ; je vous ai offert place dans le conseil, je vous offre la nomination au cardinalat; que ferez-vous pour moi? — Si Votre Majesté, Madame, lui répondis-je, m'avait permis d'achever ce que j'avais tantôt commencé, eUe aurait déjà vu que je ne suis pas venu ici pour recevoir des grâces, mais pour essayer de les mériter. » Le visage de la reine s'épanouit à ce mot. « Et que ferez-vous ? me dit-elle fort doucement. — Votre Majesté me permet-elle, lui.répondis-je, de dire une sottise? parce que ce sera manquer au respect que Ton doit au sang royal. — Dites , dites , reprit la reine, même avec impatience. — J'obligerai, Madame, lui repartis-je, M. le Prince de sortir de Paris devant qu*il soit huit jours, et je lui enlèverai Monsieur dès demain. » La reine, transportée de joie , me tendit la main en me disant : a Touchez là , vous êtes après-demain cardinal , et , de plus, le second de mes amis, »

« Elle entra ensuite dans les moyens; je les lui expliquai. Us lui plurent jusques à l'emportement. Elle eut la bonté de souffrir que je lui fisse un détail et une manière d'apologie du passé. Elle conçut ou elle fit semblant de concevoir une partie de mes

SOâ LK COADJUTKUR ET MIRABEAU.

raisons ; elle combattit les autres avec bonté et douceur; elle revint ensuite à me parler du Mazarin, et à me dire qu elle voulait que nous fussions amis. Je lui fis voir que je me rendrais absolument inutile à son service , pour peu que Ton touchât cette corde ; que je la conjurais de me laisser le caractère de son ennemi. « Mais vraiment, dit la reine, je ne crois pas qu'il y ait jamais eu une chose si étrange : il faut, pour me servir, que vous demeuriez ennemi de celui qui a ma confiance? — Oui, Madame, lui répondis-je,ille faut,... Ton est tombé dans un temps où un homme de bien a quelquefois honte de parler comme il y est obligé... » Non-seulement la scène est vraisemblable, mais, sauf le point du ministère, elle porte avec elle tous les caractères de la vérité. Plus tard, Mirabeau, dans ses entrevues secrètes avec Marie-Antoinette, lui donnait l'assurance de son plus entier dévouement, tout en se réservant le droit de tonner contre la cour, afin de ne rien perdre de sa popularité. H s'était inspiré sans aucun doute de la lecture des Mémoires de Retz * aussi bien que de la nécessité des circonstances.

Dans cette entrevue, la reine ehgagea le coadjuteur à se concerter avec la palatine, alors fort mécontente du prince de Condé, sur les négociations à entamer avec le cardinal. Elle lui assura que c'était Mazarin lui-même qui avait proposé de le nommer au cardinalat. Elle se plaignit amèrement des insolences et des bravades de Condé. « Devant qu'il soit

< Plus d*une fois Mirabeau, dans sa Correspondance avw le comte de La Marck, fait allusion aux MémoireB de Retz qui devaient être uni de ses lirres de chevet.

MOT CHËVALëRRSQUK DE RETZ. :â03

huit jours, Madame, reprit le coadjuteur, M. le Prince ne vous bravera plus. Votre Majesté veut attendre des nouvelles de M. le cardinal pour effectuer ce qu'elle me fait Thonneur de me promettre ; je la supplie très-humblement de me permettre que je n'attende rien pour la servir. »

Sur ce mot chevaleresque, le coadjuteur sortit de Toratoire, mais elle le rappela. « Souvenez-vous bien, lui dit-elle, que c'est M. le cardinal qui m*a fait instance de vous donner la nomination. — Je m'en sens très-obligé, lui répondit le coadjuteur, et je lui en témoignerai toujours ma reconnaissance, en tout ce qui ne sera pas contre mon honneur. Mais Votre Majesté sait ce que je lui ai dit d'abord, et je la puis assurer que je la tromperais doublement si je lui disais que je la puis servir pour le rétablissement de M. le cardinal dans le ministère. » La reine rêva un peu et dit au coadjuteur d'un air assez gai : ((Allez, vous êtes un vrai démon. Voyez la palatine ; bonsoir. Que je sache la veille du jour que vous irez au palais. » Retz n'emportait qu'une promesse dont l'exécution était subordonnée aux services qu'il rendrait à la reine et à Mazarin. Lorsqu'il affirme qu'il se prononça si ouvertement, dans ces premiers pourparlers, contre le retour du cardinal, il en impose évidemment à ses lecteurs, car il résulte de plusieurs lettres de Mazarin que ce fut lui-même, dès le début, qui fit des offres de faciliter ce même retour. Ce ne fut qu'un peu plus tard qu'il fit volte-face. Il a donc fait une confusion volontaire de dates pour mettre à couvert sa bonne foi.

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